SÉQUENCE 6 L'APOLOGUE
I CORPUS DES EXTRAITS ÉTUDIÉS POUR "L'APOLOGUE" ET QUESTION SUR LE CORPUS
II RÉPONSE AUX QUESTIONS PRÉALABLES
IV PLAN DU COURS SUR L'APOLOGUE EN 1STG1 (VOIR ÉTUDE DE LE MONDE COMME IL VA)
I CORPUS DES EXTRAITS ÉTUDIÉS POUR "L'APOLOGUE" ET QUESTION SUR LE CORPUS
L'apologue : corpus avec questions.
« Parabole des vignerons et allégorie de la pièce de monnaie », Evangile selon Saint Marc, 12, 1-17.
Fable « Le lion irrité contre le cerf... »,1499, et courte biographie d'Abstemius
« Les obsèques de la Lionne », Fables, La Fontaine, VIII, 14, 1668-1693 Delagrave p.235
« L'Eldorado » Candide, chap. XVIII, 1759 p.242
« Fable ou histoire », Les Châtiments, Victor Hugo, 1856 p.244
Textes complémentaires : « L'âne vêtu de la peau du lion », « Le Loup devenu berger », Fables, La Fontaine, 1668-1693.
Questions :
Quel thème unit le corpus ? S'aider des champs lexicaux. À quelle oeuvre travaillée en classe ce thème pourrait-il nous renvoyer ?
Les textes du corpus appartiennent-ils au même genre ?
Quels registres apparaissent dans les textes de ce corpus ?
Dans quelle mesure le contexte historique et littéraire de ces textes éclaire-t-il leur sens ?
Quels destinataires ont ces textes ? Comment réussissent-ils à les « instruire » et à leur « plaire » ? Quel effet ces textes ont-ils sur vous ?
1 « Parabole des vignerons et allégorie de la pièce de monnaie », Evangile selon Saint Marc, 12, 1-17.
texte accessible sur Internet : site Lire la Bible, http://www.bibliques.com/ev/mc6.htm
2 Fable « Le lion irrité contre le cerf... »,1499, et courte biographie d'Abstemius
textes accessibles sur Internet :
site études littéraires : http://www.etudes-litteraires.com/la-fontaine-obseques-de-la-lionne.php
site Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Abst%C3%A9mius
3 « Les obsèques de la Lionne », Fables, La Fontaine, VIII, 14, 1668-1693 Delagrave p.235
texte accessible sur Internet :
site études littéraires : http://www.etudes-litteraires.com/la-fontaine-obseques-de-la-lionne.php
site A la découverte de Jean de La Fontaine : http://www.lafontaine.net/lesFables/afficheFable.php?id=160
4 L'Eldorado » Candide, chap. XVIII, 1759 p.242
texte accessible sur Internet : site ABU : http://abu.cnam.fr/cgi-bin/go?candide3,340
5 « Fable ou histoire », Les Châtiments, Victor Hugo, 1856 p.244
texte accessible sur Internet : site Lycos jccau : http://membres.lycos.fr/jccau/ressourc/hugo/extraits/ext303.htm
Lecture analytique des « Obsèques de la lionne »
Autre accroche possible (vers le thème et la stratégie de feinte du Cerf) Situation problématique dans laquelle s'est trouvé un courtisan de Louis XIV, un jour. Le roi lui demande de dire quelque chose sur lui, Louis XIV. Le courtisan se sort de cette situation délicate en feintant « Sire, le roi n'est pas un sujet », sans aller jusqu'au mensonge, contrairement au cerf de la fable.
Contrairement à d'autres écrivains classiques, comme Racine par exemple, La Fontaine a toujours été distant du pouvoir, même à la fin de sa vie, quand il a cessé d'être un libertin contestataire. Certes ses Fables, publiées en 3 fois entre 1668 et 1694, sont dédicacées à la famille royale et même l'une d'elle, la fable 4 du livre VIII, publié en 1678, « le pouvoir des fables » compare Louis XIV à Hercule, comme le voulait la propagande de l'absolutisme royal à l'époque (voir les statues de Puget ou du Bernin). Mais d'un autre côté, ses Fables font aussi fréquemment la satire du roi et de sa Cour, notamment dans une autre fable du même livre VIII, « les Obsèques de la Lionne ». Cette contradiction permet de comprendre son idéal de « l'aurea mediocritas » selon la formule du poète latin Horace. Cet idéal aristotélicien de la « médiocrité en or », de la juste mesure, se retrouve dans la fable des Obsèques de la Lionne, inspirée par une fable de l'humaniste Abstemius, où l'art du récit, du dialogue et de la versification est mise au service d'une leçon de flatterie ambiguë.
Comment la Fontaine défend-il la flatterie dans sa fable « Les Obsèques de la lionne » ?
I POUR DÉFENDRE LA FLATTERIE, LA FONTAINE SE SERT D'UNE ARGUMENTATION DIRECTE ET INDIRECTE SOLIDE
Une argumentation directe
thèse explicite formulée dans les quatre derniers vers de la fable : c'est la morale. C'est un conseil comme le montre la tournure injonctive (3 impératifs, 2 futurs exprimant la certitude). Reformulation : éloge de la flatterie (champ lexical (flatter, amuser par des songes, payez par des mensonges)
intervention du narrateur « Je définis la Cour » qui formule explicitement un blâme des Courtisans, à travers des métaphores animales et mécaniques de plus en plus péjoratives « caméléon », « singe » « simples ressorts ». Ce blâme est assorti d'arguments le justifiant « les gens/ Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents/ Sont ce qu'il plaît au Prince, ou, s'ils ne peuvent l'être / Tâchent au moins de le paraître ». Le premier argument est qu'ils sont versatiles, inconstants, donc peu fiables. Le deuxième argument est qu'ils sont serviles. Et le troisième est qu'ils sont hypocrites. On remarque que les arguments sont organisés de manière à rendre le blâme de plus en plus fort.
Dans la morale on peut remarquer que les Rois eux-mêmes sont la cible d'un blâme « ils goberont l'appât » comme des poissons faciles à piéger, bêtes.
Pour être plus saississante la leçon est formulée à la manière d'une maxime que l'on peut mieux mémoriser (antithèses « tristes/gais » « être/paraître » « un/mille », chiasme « prêts à tout, à tout indifférents »
Une argumentation indirecte
à cause de la présence du récit allégorique, qu'il faut interpréter pour comprendre qu'il sert d'exemple. L'allégorie est signalée au premier coup d'oeil par la présence de majuscules signale, et par le caractère généralisant de l'énoncé (emploi de l'indéfini « un tel jour, un tel lieu », emploi du pluriel à valeur universelle « les rois »). Ensuite les animaux sont personnifiés : ils parlent, agissent en êtres humains. Enfin, ils incarnent des types sociaux et moraux. Le Cerf incarne la prudence, car il vit dans les bois et sait échapper aux chasseurs. « Le roi lion » incarne, lui, le roi et son pouvoir absolu. Comme ce récit apparaît avant la morale on peut parler d'exemple argumentatif (contrairement au « Laboureur et ses enfants » où la morale précède le récit, et dans ce cas le récit sert d'exemple illustratif). En effet, si le Cerf n'avait pas menti au Roi et n'avait pas flatté la famille royale, il aurait été « immolé » sur ordre du roi par les Loups qui symbolisent les courtisans les plus cruels obéissant aveuglément aux ordres royaux.
La Fontaine, dans cette fable, oppose deux formes de flatteurs : les Courtisans et le Cerf. Il faut remarquer que le Cerf ne vient ni ne parle de sa propre initiative. Ce qu'il invente est une belle histoire (registre merveilleux : « fleurs, champs Élyséens, saints »), un hommage funèbre (vocabulaire évaluatif mélioratif « digne moitié »), pas une calomnie. Contrairement au flatteur, le Cerf est forcé de mentir, sa vie est en jeu : d'abord ce sont « les prévôts du roi » (la police) du roi qui le menacent s'il ne vient pas, puis la calomnie d'un « flatteur » lui fait risquer la mort.
Donc malgré la présence d'une morale explicite, quand on interprète l'ensemble de la fable, l'éloge de la flatterie est problématique, il est à nuancer. il faut « flatter les rois », quand c'est nécessaire pour survivre, mais sans devenir pour autant en faire profession et devenir un Courtisan. Pourtant la morale force le trait et fait un éloge sans appel de la flatterie.
Une réécriture habile de la fable d'Abstemius.
D'habitude La Fontaine s'inspire plutôt d'Esope dont il a fait l'éloge et la biographie au début de ses Fables. Mais La Fontaine, ici, a emprunté à la fable du professeur de littérature humaniste Abstémius son récit allégorique et sa leçon.
Toutefois, le traitement qu'il fait de cet emprunt est plein d'ironie. La Fontaine déforme, caricature le propos d'Abstémius pour le mettre en perspective. Abstemius parlait de « feindre » de trouver « une honorable excuse » pas de « flatter », c'est aussi la morale de La Fontaine mais elle est écrite avec ironie, il faut tenir compte de 2 discours opposés sur la flatterie : la morale qui en fait l'éloge et l'intervention du narrateur qui la dévalorise. Le lecteur doit interpréter cela en comparant les Courtisans au Cerf.
II POUR PERSUADER LE LECTEUR LA FONTAINE REND PLAISANTE LA LEÇON GRÂCE À SON ART DU RÉCIT, DU DIALOGUE ET DE LA VERSIFICATION
L'art du récit
incipit in medias res : du vers 1-15 la situation initiale n'est pas décrite par un tableau préalable. Les circonstances, le lieu, les personnages principaux, leur caractère, sont brossé en action, croqués sur le vif. La rapidité des actions qui permettent de placer ainsi la situation initiale est mise en valeur par le connecteur temporel « aussitôt » l'emploi du passé simple « mourut », les verbes d'action « accourut » « fit avertir » « aux cris s'abandonna », et une majorité de vers brefs (14 octosyllabes sur les 15 vers de ce passage)
le discours du fabuliste, sensible au changement de temps (présent d'énonciation) et au changement de mètre (de l'octosyllabe à l'alexandrin) vient interrompre et donc ralentir le récit.
le récit est relancé de manière fluide et simple par un octosyllabe « Pour revenir à notre affaire », et l'on apprend immédiatement quel est l'élément perturbateur « le Cerf ne pleura point », répété aux vers 20 et 23. La simplicité du fait et son caractère logique contraste avec l'exagération emphatique, irrationnelle et burlesque des pleurs de la Cour « Le prince aux cris s'abandonna/Et tout son antre en résonna./On entendit à son exemple/ Rugir en leur patois Messieurs les Courtisans ». Le récit est à la fois prenant et riche de sous-entendus qui font réfléchir.
Les péripéties s'enchaînent ensuite au passé simple : la calomnie d' »un flatteur », « la colère du roi », son refus de l'exécuter lui-même, la mission donnée aux Loups : l'égorger. Le suspense est à son comble quand arrive sans délai l'élément de résolution.
Le Cerf, par son discours, persuade le roi que l'absence des pleurs vient d'une « apparition » de la Reine et de son ordre de ne pas pleurer. Ce faux « miracle » en est un vrai pour le Cerf.
En effet, la situation finale est un retournement positif inattendu de la situation initiale du Cerf dont « la Reine avait jadis / Étranglé sa femme et son fils. » : « Le Cerf eut un présent, bien loin d'être puni », ce qui montre à la fois l'éloge de la flatterie et la satire de la Cour et du Roi.
Le récit est donc bref et met bien en valeur les différentes étapes de l'intrigue et va à l'essentiel, à ce qui fait le mieux ressortir la thèse de La Fontaine, avec toutes ses nuances. Ce récit est donc très persuasif.
L'art du dialogue
Non seulement La Fontaine doue ses animaux de la parole pour les rendre plus vivants et pour faciliter l'allégorie, mais en plus il utilise des types de discours rapportés variés : le discours indirect « Il fit avertir sa Province que tel jour... » « un flatteur soutint qu'il l'avait vu rire » (subordination, verbes de la principale et de la subordonnée au temps du récit, le passé) ; le discours direct « Le monarque lui dit : chétif hôte des bois, tu ris » « Le cerf reprit alors : Sire... votre digne moitié (...) m'est apparue » « Ami, m'a-t-elle dit, laisse agir quelques temps le désespoir du roi » « on se mit à crier : Miracle, apothéose ! » (paroles introduites par un verbe de parole au passé, présence des deux points, paroles au présent d'énonciation, apostrophes, 2de et 1ere personne, proposition incise, points d'exclamation). On remarque que cette variation du type de discours correspond à deux parties dans le texte. Les paroles du roi servent de pivot et mettent en valeur son discours menaçant. La ruse du Cerf n'en ressort que mieux, il a adapté sa façon de parler à celle de son interlocuteur.
Le Cerf est, dans la Fable, une figure du fabuliste : comme lui il manie avec aisance l'art du récit pour persuader le Roi et la Cour de ne pas le « punir ».
Le fabuliste ne se contente pas de faire parler les acteurs de sa fable, il parle lui-même
L'art de la versification
Abstemius a écrit une fable ne prose. Non seulement La Fontaine l'a transformée quant au message, en le rendant plus problématique, mais il l'a aussi versifiée. C'est un véritable poème, malgré la présence d'un récit et d'une argumentation solidement construits.
« vers libre » mais réglé : alternance de vers longs et courts utilisée pour souligner la progression du récit et pour mettre en valeur les interventions du narrateur
nombreuses diérèses, jeux de rimes « li/on » « consolati/ons » « afflicti/ons » (la rime souligne l'antithèse, le pardoxe et la satire véhiculée par ces deux vers : on plaindrait presque le roi d'être victime des pleureuses de service lors de l'enterrement de sa femme)
Enjambements significatifs mettant en valeur la violence, le dérèglement « La Reine avait jadis / Étranglé sa femme et son fils » (enjambement) « Chétif hôte des bois / Tu ris » (rejet mimant le rejet du roi) ; ces phénomènes contrastent avec l'allure tranquille de la fable (peu d'enjambements, césure à l'hémistiche fréquente et marquée v46)
III POUR FAIRE PROGRESSER SON LECTEUR LA FONTAINE LE REND COMPLICE EN L'IMPLIQUANT DANS LE RÉCIT ET L'ARGUMENTATION
L'implication par les procédés oratoires
les tournures injonctives dans le corps et la moralité de la fable « Jugez si chacun s'y trouva » / « Amusez les Rois »
la question rhétorique : « comment eût-il pu faire ? »
utilisation de pronoms incluant le lecteur aux côté du fabuliste « on dirait qu'un esprit anime mille corps » (opposition entre « on » et « Messieurs les Courtisans » « les gens ») et nous « revenir à notre affaire »
L'implication par le recours à l'humour
« La colère du Roi, comme dit Salomon/Est terrible, est surtout celle du roi Lion » (insistance sur la vraisemblance du propos et des personnages met en valeur le caractère fictif, mensonger de la mise en scène) encore plus humoristique « Mais ce Cerf n'avait pas coutume de lire » (comme si un cerf pouvait lire !)
L'implication par le recours à l'ironie
L'ironie suppose et crée une complicité entre celui qui la met en place et le destinataire qui la saisit. Ainsi elle permet une implication du lecteur et son adhésion aux thèses de l'énonciateur.
Ironie créée par l'enchâssement des récits. Il y a enchâssement de deux récits fictifs persuasifs : celui des obsèques de lionne par La Fontaine, dont le Cerf est un personnage, et celui de l'apothéose de la Reine, dont le Cerf est l'auteur. Cet enchâssement des récits correspond à l'enchâssement du discours du Cerf à l'intérieur du discours du fabuliste. Tout cela crée une double énonciation. Comme dans une pièce de théâtre, le lecteur en position de spectateur, est seul, avec le Cerf, puis le fabuliste, en mesure de connaître la vérité. Ainsi, les réactions de la Cour et du Roi lui semblent comiques, et la satire est très efficace. Ainsi, quand le Cerf dit que la Reine l'a appelé « Ami » alors qu'il est content de se venger d'elle et qu'elle l'a privé de sa famille, le lecteur comprend l'énormité du mensonge et se moque d'autant plus de la crédulité du Roi et des Courtisans.
Ironie créée par l'opposition entre la satire des Courtisans, flatteurs de profession et la morale qui fait l'éloge de la flatterie, de l'hypocrisie. Le paradoxe créé oblige le lecteur à réfléchir par lui-même, et à trouver un juste milieu. Dans Le Misanthrope de Molière qui traite justement ce problème à travers l'affrontement d'Alceste et des courtisans, Philinte représente, comme le Cerf de notre Fable, un juste milieu.
Pour l'ouverture de la conclusion :
Au sujet du monarque, on pourrait être surpris de l'audace de La Fontaine, mais en fait les remarques satiriques, savamment dispersées, mêlées de plaisanteries, prenaient appui sur des fables traditionnelles où ce discours était convenu. Si le Roi paraît injuste dans Les Animaux malades de la Peste (voir aussi la conclusion de la fable Le Chat, la Belette et le petit Lapin et Le Milan, le Roi et le Chasseur), peu intelligent dans Les Obsèques de la Lionne, sur certains points, cependant, La Fontaine va tout à fait dans le sens du pouvoir : les attaques contre les astrologues et les devineresses s'inscrivent dans une lutte officielle contre les "fausses sciences"; les critiques de la magistrature font écho aux réformes de la justice voulues par le roi (L'Huître et les Plaideurs). Au fond, l'attitude la plus générale de La Fontaine se prononce pour une réserve distante à l'égard de la politique. on est finalement assez loin de l'engagement revendiqué, du militantisme d'un Paul Éluard ou d'un Louis Aragon. Vaut-il mieux adopter la prudence de La Fontaine ou le courage de René Char ?
Lecture analytique de « l'Eldorado »
L'Utopia, de l'humaniste Thomas More, publiée en 1516, était très lue et souvent rééditée. Au Siècle des Lumières, éditions, traductions nouvelles, rééditions, n’ont cessé de se succéder, faisant ainsi de cette œuvre l’un des livres les plus lus de la littérature européenne moderne pendant les Lumières.
L'originalité comme le succès de ce roman ont conduit à des imitations, et cette oeuvre se trouve ainsi à l'origine d'un nouveau genre littéraire auquel on donne précisément le nom d'utopie. Voltaire a souvent recouru à ce genre pour faire passer ses idées subversives de manière plaisante et efficace quelle que soit la censure. En particulier les chapitres XVII et XVIII de son conte philosophique sur l'optimisme, Candide, publié en 1759, fait parvenir le héros éponyme, Candide, en Eldorado, une contrée mythique paradisiaque. Le contraste avec les étapes précédentes de son voyage, souvent réalistes, où les sociétés européennes rivalisent de cruauté et d'intolérance est fort. Dans l'extrait que nous étudions, Candide et son valet Cacambo discutent avec « un vieillard »
Comment et dans quel but Voltaire crée-t-il le monde utopique de l'Eldorado ?
I VOLTAIRE CRÉE UN MONDE FÉÉRIQUE : L'ELDORADO
Présence du surnaturel, donc du registre merveilleux. La réaction de Candide est une image de celle qui est attendue de la part du lecteur. Après avoir vu toutes les horreurs possibles (autodafé, tremblement de terre, guerres) Candide découvre un être et un lieu parfaits . Champ lexical de l'abondance, du plaisir (physique, intellectuel), de la satisfaction.
Cette péripétie féérique insérée dans un récit de voyage est typique du genre de l'utopie. Eldorado, comme l'île de Thomas More, est un lieu non repérable, coupé du monde, fonctionnant en autarcie, donc une utopie au sens initial du mot. Ce terme est composé du préfixe privatif u (qui se prononce ou) et du mot topos qui signifie lieu. Le sens d'utopie est donc, approximativement, "sans lieu", "qui ne se trouve nulle part". En même temps c'est un monde parfait, qui fait rêver. une eutopie. dans l'en-tête de l'édition de Bâle de 1518 d'Utopia, Thomas More utilise, exceptionnellement, le terme d' Eutopia pour désigner le lieu imaginaire qu'il a conçu. Ce second néologisme ne repose plus sur le suffixe privatif u mais sur le suffixe eu, que l'on retrouve dans euphorie et qui signifie bon. Eutopie signifie donc "le bon lieu".
Ce monde féérique est créé par trois procédés qui se complètent : le récit (connecteurs spatio-temporels), la description (présent à valeur descriptive, verbes d'état et expansions du nom) et, surtout, le discours (discours direct, indirect et narrativisé). L'intérêt de ce discours est de montrer une confrontation de points de vue. On a le point de vue de Candide sur Eldorado et celui du vieillard sur les Européens. L'éloge de l'Eldorado est indissociable de la satire de la société et des institutions européennes.
II VOLTAIRE CRITIQUE PAR L'UTOPIE LES DYSFONCTIONNEMENTS DE LA SOCIÉTÉ
Critique de la guerre et en particulier des guerres de conquête (// avec guerres Picrocholines dans Gargantua, qui est aussi un apologue contenant une utopie, celle de l'abbaye de Thélème). Champ lexical de la violence, lexique évaluatif péjoratif exprimant la condamnation de cette violence absurde et dangereuse.
Critique de la colonisation « rapacité » (cailloux et boue = matières premières, en particulier or et diamants)
Critique de la façon dont les pays européens conçoivent la religion faite par la bouche du veillard. Critique du sectarisme, de l'intolérance religieuse (religions intolérantes entre elles, conséquence = violence « brûler les gens qui ne sont pas de leur avis », de la monopolisation de la spiritualité par les prêtres (clergé séculier) et les moines (clergé régulier). Satire des moines : gradation des verbes indiquant une dangerosité croissante.
L'antithèse avec Eldorado est forte et Voltaire y insiste à la fin avec le leitmotive du conte philisophique « Ceci est bien différent de la Westphalie ». Le contraste sert à souligner l'éloge des valeurs qu'incarne Eldorado.
III L'UTOPIE DE L'ELDORADO INCARNE DE MANIÈRE EFFICACE LES VALEURS DE L'HUMANISME DES LUMIÈRES
Un idéal moral incarné par « le bon vieillard » « le bon et respectable sage » : « innocence » (« il rougit » *2), bon sens (modalisateur « apparemment ») et mesure, pas d'ascétisme : confort.
Un idéal artistique : artisanat raffiné, musique
Un idéal politique : refus du joug d'un peuple sur un autre, d'un être sur un autre, prise en commun des décisions même s'il ya un « roi » et des « chefs de famille » ceux-ci « ordonnent, du consentement de la nation » donc en lui demandant son avis. Idéal d'une société unie par leur raison, universelle (« nous sommes tous ici du même avis »).
Un idéal religieux : le déïsme. Cf Wikipedia Le déisme, du latin deus (: dieu) est la croyance en un Dieu créateur, mais pas en son instrumentalisation religieuse. Les déistes ne croient ni aux prêtres, ni à une « Église », ni à des textes sacrés ou des messies. Le déisme consiste donc en l'affirmation, hors de toute révélation religieuse, de l'existence d'un être suprême dont la nature et les propriétés restent inconnaissables. se déclarait déiste, notamment dans son article intitulé « Prière à Dieu ». Le Dieu déiste est universel, il n'y a pas d'intermédiaire entre les êtres et Dieu, ce Dieu est bien supérieur à la « petitesse humaine » et ne s'occupe donc pas de ses affaires, ses cultes, ses rites et autres superstitions. Cette conception d'un Dieu distant se résume dans cette célèbre phrase du français : « L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer que cette horloge existe et n'ait pas d'horloger ».
L'idéal qui est à la base : la tolérance « mes amis », l'ouverture à l'autre symbolisées par le voyage. C'est l'esprit philosophique, raisonnable et optimiste sans perdre sa lucidité, incarné par ce dialogue et mis en valeur par le contraste avec la folie des discours qui sont apparu dans les précédents chapitres (pr ex pour l'autodafé).
Efficacité due au caractère féérique d'Eldorado, mais aussi à l'humour avec lequel l'auteur utilise le point de vue omniscient, ironique vis-à-vis de celui de Candide, pour rendre le lecteur complice de cette fiction allégorique.
CONCLU ouverture : comparer avec la stratégie argumentative de l'article fanatisme ou sur la lecture cursive de Candide ou sur la connaissance d'une contre-utopie (La Ferme des animaux ou Le Meilleur des Mondes ou le monde de Matrix, par exemple)
Lecture analytique de « Fable ou histoire »
Montrez que le titre de ce poème synthétise l'interprétation qu'on peut en faire.
I CE POÈME EST UNE FABLE
Récit allégorique où les animaux incarnent les hommes et où tout a une valeur généralisante. Formule rituelle du conte « un jour »
Constantes du récit : schéma narratif, descriptions rapides, discours direct rendant plus vivant le récit.
Morale implicite
Satire d'un caractère : le tyran, l'hypocrite.
Fable versifiée : alexandrin.
II CE POÈME ENGAGÉ RACONTE LES ÉVÉNEMENTS HISTORIQUES QUI ONT CONTRAINT L'AUTEUR À L'EXIL
Ce n'est pas seulement un récit général c'est aussi un récit particulier qui s'inscrit dans une situation exceptionnelle.
Date d'écriture donnée par Hugo (entre le premier coup d'Etat 2 décembre 1851 et le referendum 2 décembre 1852) : il raconte de manière allégorique la stratégie hypocrite de Louis Napoléon Bonaparte pour s'emparer du pouvoir (passer pour Napoléon III). Métaphore pour cela empruntée aux clichés populaires « le singe » (cf. verbe singer synonyme d'imiter -mal- )
Satire de la société française qui n'a pas résisté à N III (bête et lâche), contraste entre « les bêtes l'admiraient, et fuyaient à grands pas » et « un belluaire vint »
Violence de la satire de NIII
effet de chute du dernier vers
lexique évaluatif très péjoratif
utilisation du registre burlesque
IV Plan du cours sur l'apologue
1 DÉFINITION GÉNÉRALE DE L'APOLOGUE
Récit exemplaire contenant une leçon morale, politique, philosophique ou religieuse.
Souvent fonction critique et/ou didactique.
Argumentation indirecte d'où efficacité pour toucher la cible (éviter censure, éviter que le lecteur ses sentant directement visé refuse d'entendre le message)
Forte présence d'éléments symboliques en particulier allégories.
Cas particuliers : exemplum, fable, utopie et contre-utopie, conte philosophique.
2 DÉFINITION DU CONTE PHILOSOPHIQUE VOLTAIRIEN (utile pour Candide)
Analyser le paratexte -> suggestif
Composition narrative (schéma narratif et actanciel, soin apporté à l'écriture de l'incipit et de la chute)
portée philosophique à dégager
étudier les thèmes apparaissant à travers l'histoire (esclavage, guerre, religion, politique...)
quelle est la thèse : identifier la phrase récurrente, voir que c'est une formulation caricaturale de la théorie de Leibniz et que celle-ci est critiquée par le biais de l'histoire
étudier les registres (ironie et satire, polémique mais aussi parfois pathétique et tragique)