SÉQUENCE 4 « DIALOGUER, POUR QUOI FAIRE ? »
L'ARGUMENTATION : DÉLIBÉRER CONVAINCRE, PERSUADER
LE DIALOGUE (DÉLIBÉRATIF)
En guise d'introduction :
Dialoguer, et dialoguer par écrit, est doublement nécessaire à l'heure actuelle. D'abord, le dialogue délibératif constitue un tiers de l'objet d'étude « l'argumentation : convaincre, persuader, délibérer » (il nous restera encore l'apologue à étudier, l'essai ayant été fait à travers « De l'Amitié » de Montaigne). Le bac est bientôt, il faut donc l'apprendre vite. Ensuite, le Lycée est bloqué et comme les tensions montent, le dialogue devient essentiel. Par Internet, élèves et professeurs peuvent maintenir un contact et continuer à travailler ; qu'on soit pour ou contre le CPE, pour ou contre le blocus du Lycée par une partie des grévistes, camper sur ses positions et s'enfermer dans le silence n'est pas la meilleure solution.
Alors, à quoi sert d'écrire des dialogues à fonction argumentative ? Ces dialogues peuvent être autonomes, dans le cas des « entretiens » des « interviewes » ou des « dialogues philosophiques », mais ces dialogues peuvent aussi être insérés dans d'autres genres, le théâtre en particulier, ou le récit, quand la narration fait une pause et qu'on a affaire à une scène. A quoi servent-ils ?
Leur première fonction est argumentative, encore faut-il définir la part réservée aux procédés pour convaincre et persuader ou délibérer.
Délibérer c'est peser le pour et le contre afin de prendre une décision, afin de choisir ce qu'on va faire, ou dire, ou penser. Souvent la délibération prend la forme d'un débat entre deux interlocuteurs d'avis opposés, mais elle peut aussi prendre la forme d'un dilemme (un débat intérieur). C'est souvent le cas dans les tragédies.
Convaincre, c'est emporter l'adhésion de son destinataire en touchant sa raison, grâce à des arguments logiques et des exemples pertinents.
Persuader, c'est emporter l'adhésion de son destinataire en touchant sa sensibilité, grâce à des procédés rhétoriques efficaces créant la pitié, l'indignation, la révolte ou au contraire le désir.
Mais un dialogue peut avoir une fonction argumentative et d'autres fonctions en même temps. Très souvent les dialogues ne vont pas se contenter de peser le pour et le contre, ils vont attaquer par tous les moyens d'autres thèses, ou des personnes, ou des institutions. Dans ce cas-là, leur fonction est polémique : c'est-à-dire qu'ils servent à mener en combat, pour ou contre quelqu'un ou quelque chose. Mais les dialogues peuvent aussi servir à déclencher le rire, la pitié, l'intérêt du spectateur pour une histoire racontée etc. Étudier ces fonctions revient, en général à étudier le registre du texte (comique, pathétique, dramatique, tragique, parodique, burlesque...) Quand un texte a plusieurs fonctions, il faut chercher laquelle est la plus importante, et se demander si et comment les autres fonctions sont mises à son service. Par exemple, dans le dialogue de Panurge et Pantagruel, comment le comique est-il mis au service de l'argumentation ?
Le premier texte qui sera présenté à l'oral du bac est celui de Rabelais, auteur humaniste du XVI es. La lecture analytique n°1 sur ce texte montre ce que le dialogue délibératif de Panurge et de Pantagruel a de ridicule et de puissant philosophiquement malgré tout.
Le deuxième texte qui sera présenté à l'oral du bac est celui de George Semprun, auteur contemporain d'origine espagnole, vivant à Paris. C'est un survivant de Buchenwald, où il a été déporté en tant que résistant communiste. La lecture analytique n°2 de ce dialogue délibératif inséré dans un témoignage nous permettra de faire un lien entre deux objets d'étude : le dialogue (et l'argumentation, évidemment) et l'écriture biographique. On y verra également le registre didactique.