Séquence 2
L'Amitié et la Servitude volontaire :
deux essais humanistes
Oeuvres intégrales n°1 et n°2
« De l'Amitié », Ch XXVII, Essais, Montaigne, 1580-1592. Ed de Minuit ISBN 2910233782 TEXTE ACCESSIBLE EN ANCIEN FRANÇAIS SUR WIKISOURCE (NB trois couleurs pour les trois éditions)
Traité de la Servitude Volontaire ou Contre-Un, Etienne de La Boétie, 1543. Ed de Minuit ISBN 2910233944 TEXTE ACCESIBLE EN FRANÇAIS MODERNISÉ SUR WIKISOURCE
Étudier le genre de l'essai
Étudier un mouvement littéraire et culturel du XVI es : l'humanisme
Prolonger les réflexions initiées par les humanistes
Approfondir les méthodes d'écrit (invention, commentaire, dissertation)
Réfléchir aux principes républicains et à la question de la démocratie
Lectures cursives conseillées, non obligatoires (j'ai peur que ça fasse trop (que saint Brighelli me pardonne...) :
Gargantua, Pantagruel, François Rabelais, 1532-1534. (un récit humaniste comique, facile à lire, difficile à classer : roman, apologue ?)
Qu'est-ce que les Lumières ?, Emmanuel Kant, 1784. NB Edition conseillée : Les Mille et Une Nuits. Un manifeste de la philosophie des Lumières cinq ans avant la Révolution Française, de nombreux points communs avec la philosophie humaniste, mais aussi des spécificités. Vous pouvez lire ici une présentation de l'oeuvre dans cette édition.
La Fabrique du Crétin, Jean-Paul Brighelli, 2005, un pamphlet contre « la mort programmée de l'école » laïque, gratuite et obligatoire. L'éducation étant au centre des préoccupations humanistes il est fort utile de s'interroger sur la forme « moderne » de l'éducation, véhiculée par l'école. Vous pouvez lire ici une présentation de l'oeuvre..
|
Texte présenté à l'oral |
Problématique |
Plan résumé |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Frise chronologique
réalisée par Kevin Boyer et Guillaume Zagini
Cliquez
sur les mots présents sur cette frise pour obtenir des
informations supplémentaires par Wikipedia
DEVOIR MAISON N°2
pour lire le texte cliquez sur le lien
TEXTE B : « De l'Amitié », Essais, Livre I, chapitre XXVIII, 1595.
TEXTE C : Essais, Livre I, chapitre L, Michel Eyquem de Montaigne, 1595.
TEXTE D : Arthur SCHOPENHAUER Aphorismes sur la sagesse dans la vie, 1886.
TEXTE E : Définition de l'essai dans un manuel de 1ère. « Une approche des Essais de montaigne », Lettres & Langue, Hachette Education sous la direction de Line Carpentier, p.382, 2005 (le texte n'existe pas en ligne)
ETUDE DU CORPUS / QUESTION /4
La définition de l'essai donnée dans le texte E rend-elle compte des caractéristiques communes aux textes de Montaigne de La Boétie et de Schopenhauer que comporte le corpus ?
COMMENTAIRE :
Vous ferez le commentaire de l'extrait « de l'Amitié » de Montaigne.
DISSERTATION :
Dans ses Essais Montaigne dit vouloir écrire « non pour établir la vérité mais pour la chercher ». Selon vous, est-ce la vocation de tout essayiste voire de tout écrivain ?
LECTURE ANALYTIQUE N°1 La rencontre de Montaigne et La Boétie
« ce que nous appelons ordinairement amitié ...ni qui fut sien ou mien »
texte accessible sur Cyberphilo
Comment et pourquoi le récit autobiographique intervient-il dans l'essai « De l'Amitié » de Montaigne ?
Introduction
Lorsque Michel Eyquem de Montaigne entreprend, à la mort de son père, de renoncer à ses fonctions de magistrat et de de noter ses pensées au fil de ses lectures et des événements qui rythment sa vie quotidienne, il a 35 ans. Pour l'époque, en 1568, c'est l'âge mûr. Il mourra 24 ans plus tard, en 1592, après avoir publié ses « essais » en trois fois. La première publication est celle du livre I de ces essais, elle date de 1580 ; Montaigne a eu le temps de participer au rapprochement entre catholiques et protestants dans le contexte horrible des guerres de religion. L'essai « De l'Amitié » tient une place centrale dans ce livre, au sens propre (c'est le 28 ème essai sur les 57 que comporte le livre au total) et surtout, au sens figuré. En effet, dans cet essai consacré à l'amitié en général, il évoque son amitié avec l'humaniste Étienne de La Boétie, auteur d'un essai politique révolutionnaire Le Discours de la Servitude Volontaire. L'ensemble de l'essai de Montaigne est un hommage qu'il lui rend et qui devait servir de préface à la publication du Discours de la Servitude Volontaire, qui sera finalement remplacé par une oeuvre moins polémique et donc moins épineuse dans le contexte des guerres de religion, les Sonnets d'Etienne de La Boétie. On constate au premier coup d'oeil que l'extrait dans lequel il évoque leur rencontre est un passage crucial. En effet, il a connu de nombreuses réécritures, marquées par les lettres [B], correspondant aux modifications apportées par Montaigne à l'occasion de la seconde édition des Essais en 1588 et [C] correspondant aux modifications apportées par Montaigne jusqu'à sa mort, en 1592, modifications qu'on peut lire dans le « manuscrit de Bordeaux » qui a servi à la troisième et dernière édition, posthume, des Essais, en 1592. Toutes ces réécritures augmentent la part de récit autobiographique dans l'argumentation.
On peut donc se demander comment et pourquoi le récit autobiographique intervient-il dans l'essai « De l'Amitié » de Montaigne.
I LES SIGNES DE LA PRÉSENCE DU RÉCIT AUTOBIOGRAPHIQUE DANS L'ARGUMENTATION DE L'ESSAI
Caractéristiques de l'écriture narrative : Opposition des temps : présent d'énonciation et de vérité génrale pour l'argu / tps passé pour le récit (imparfait pour actions duratives & passé simple pour actions ponctuelles) ; opposition du type de connecteurs utilisés : conn. logqs contre conn temporels
Caractéristiques de l'écriture autobiographique :
aspect rétrospectif : champ lexical du temps acoulé « ayant si peu à durer car nous étions tous deux hommes faits, et lui plus de quelques années » ; l'auteur fait un va-et-vient entre le passé vécu et le présent de l'écriture « nous nous cherchions (imparfait)... je crois par quelque ordonnance du ciel » (présent d'énonciation)
écriture à la première personne, abondance d'indices personnels : pronoms sujets et objets, au singulier comme au pluriel (je/moi; nous) ; adjectifs possessifs (mon,notre)
II LE PREMIER RÔLE DU RÉCIT AUTOBIOGRAPHIQUE : PALLIER AU CARACTÈRE INDICIBLE ET INCROYABLE DU SENTIMENT ET DU LIEN DÉCRIT PAR L'ESSAYISTE
Signes du caractère indicible et incroyable du sentiment et du lien décrit (l'amitié qui, dès le titre, est le sujet de l'essai) : preuve = nombreux procédés stylistiques typiques de l'écriture maniériste (les gongorismes)
adjectifs avec préfixes privatifs « inexplicable »
modalisateurs « je ne sais quel(le) » *2
négations « je sens que cela ne se peut exprimer » « rien dès lors ne fut plus proche » « cette-ci n'a point d'autre idée que d'elle-même »
métaphores : spatiale « au-delà de tout mon discours et de ce que j'en puis dire », alchimique : quintessence de tout cela (toutes les considérations)
hyperboles « des rapports que nous oyions l'un de l'autre... qui faisaient plus d'effort que ne porte la raison des rapports » « ce n'est pas une spéciale considération, ni deux, ni trois ni quatre ni mille » (accumulation et gradation soulignant l'hyperbole)
2 ) Rôle palliatif joué par le récit autobiographique : preuves
étude génétique du texte : La version[A] et la version [B] insistent sur l'impossibilité de caractériser le sentiment et le lien vécus. Dans les procédés que nous venons de relever, la plupart sont dans ces deux versions. Au contraire, on les trouve moins nombreux dans la version [C] qui la décrit de manière assez précise. Ainsi cette version donne la chronologie de cette amitié en trois étapes : d'abord l'intérêt réciproque sur la foi de témoignages de connaissances communes, ensuite la « première rencontre, en une grande fête et compagnie de ville » et enfin la proximité physique et affective « nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obligés entre nous ». Quelques détails situent nettement le cadre spatio-temporel : « la publication par La Boétie d'une « Satire latine », l'écart d'âge et l'allusion à la mort précoce de La Boétie « amitié ayant si peu à durer ». Tous ces indices peuvent être authentifiés en étudiant la biographie des deux hommes. L'amitié vécue est donc caractérisée dans la version [C] bien plus autobiographique qu'argumentative, elle contredit donc l'argumentation qui, elle, semble affirmer qu'une telle amitié ne se peut définir.
On voit ce phénomène se concentrer dans la phrase la plus célèbre des Essais, le fameux « parce que c'était lui, parce que c'était moi ». La version 1ère édition comporte une négation totale « si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer » (= pas du tout). L'impossibilité est présentée comme catégorique. L'essayiste ne trouve pas de terme, pas de concept pour traiter cette amitié particulière qu'il étudie au sein de son essai sur l'amitié en général. Cependant l'ajout de l'autobiographe dans la dernière version transforme cette négation totale en négation partielle « si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu'en répondant. « parce que c'était lui, parce que c'était moi » » (= seulement). Ce n'est finalement plus une négation mais un intensif pour souligner le caractère unique de la définition posée, singularité causée par l'originalité du lien et du sentiment vécus dans le passé.
cela confère au texte une dimension lyrique peu fréquente dans un essai (c'est typique de la poésie, pas de l'argumentation, celle-ci exige a priori plutôt la rigueur du raisonnement)
III LE SECOND RÔLE DU RÉCIT AUTOBIOGRAPHIQUE : SERVIR D'ARGUMENT ET D'EXEMPLE DANS UNE DÉMARCHE DÉLIBÉRATIVE ET INDUCTIVE
Le récit autobiographique de son amitié avec Etienne de La Boétie sert d'exemple dans sa définition générale de l'amitié.
Montaigne a donné sa définition générale de l'amitié au début de l'essai (p.3/8 pour moi) « Il n'est rien à quoi il semble que la nature nous aie plus acheminés qu'à la société. Et Aristote dit que les législateurs ont eu plus de soin de l'amitié que de la justice. Or le dernier point de sa perfection est celui que je vais décrire. Car en général toutes celles que la volupté ou le profit, le besoin public ou privé, forge et nourrit, en sont d'autant moins belles et généreuses, et d'autant moins amitiés, qu'elles mêlent autre cause et but et fruit en l'amitié qu'elles-mêmes. »
Dans la description qu'il fait des raisons d'être de son amitié envers E de La Boétie Montaigne insiste sur cette absence de mobile, de justification, de leur lien, c'est un sentiment totalement désintéressé. Tout ce qui précède notre texte dans l'essai de l'amitié sert à distinguer l'amitié telle que la définit Montaigne des autres sentiments et liens qui lui ressemblent : « des enfants aux pères c'est plutôt respect » « d'y comparer l'affection envers les femmes... on ne peut » « et cette autre licence grecque (donc l'homosexualité) ... ne répondait non plus assez à la parfaite union et convenance qu'ici nous demandons ». Le lien que Montaigne décrit dans notre passage a tout ce qui manque aux autres et n'a aucun des défauts que Montaigne reproche aux autres.
On trouve dans la narration et la description du lien entre Montaigne et La Boétie la même image que dans la définition générale faite de l'amitié par Montaigne. La première image est celle du « mélange » « En l'amitié de laquelle je parle, elles se mêlent et se confondent l'une en l'autre, d'un mélange si universel que... » (=définition générale) « ce n'est pas une spéciale considération... ni mille : c'est je ne sais quelle quintessence de tout ce mélange, qui, ayant saisi toute sa volonté l'amena se plonger et se perdre dans la mienne ». Cette image qui permet de construire un raisonnement par analogie dans l'argumentation est rendue plus crédible du fait qu'elle se retrouve dans la description concrète d'un cas authentifié par des témoignages concordants (le récit de Montaigne est corroboré par celui de la Satire latine écrite par La Boétie)
2.Le récit autobiographique de son amitié avec Etienne de La Boétie sert d'argument (c'est un exemple argumentatif) dans sa définition générale de l'amitié. L'amitié n'est rien de ce que l'on appelle amitié, elle est ce que Montaigne a connu avec Etienne de La Boétie. Aussi la description de leur rencontre et du lien qui s'est installé entre eux sert-elle de description de ce qu'est l'amitié en général quand elle est au dernier degré de perfection, pure donc. Ses caractéristiques sont :
caractère unique, inexplicable et évident donnant le sentiment d'une prédestination « force inexplicable et fatale médiatrice de cette union »
« Mélange universel des âmes » aboutissant matériellement à l'absence de propriété, partage total ne nuisant spontanément à aucun « ne nous réservant rien qui nous fût propre, ni qui fût sien ou mien » (NB accumulation). D'ailleurs, à sa mort, La Boétie a légué toute sa bibliothèque d'humaniste à Montaigne (un véritable trésor) Conséquence de ce partage visible dans l'écriture : pas de problème de droits d'auteur : Montaigne publie les oeuvres de La Boétie.
Attention réciproque désintéressée (si Montaigne rend hommage à La Boétie, ce n'est pas par intérêt, celui-ci est mort, cela risque même au contraire de mettre Montaigne dans une situation délicate car l'oeuvre de La Boétie a été utilisée par des polémistes protestants dans les guerres de religion, contre la monarchie catholique française, à laquelle Montaigne, lui, est fidèle)
Liberté dans l'union car elle ne dépend de rien : ni de la société ni du corps, ni du temps (contrairement à l'amour ou aux « amitiés molles et régulières » cad créées par « l'occasion »)
Constance (le temps et les difficultés ne la détruisent pas, au contraire, ils l'augmentent) : La fidélité manifestée par Montaigne vis-à-vis de son ami en lui rendant hommage dans le contexte délicat des guerres de religion prouve la possibilité d'une fidélité et d'une proximité spirituelle par-delà la mort.
3.La définition paradoxale de l'amitié qui découle de ce texte est le signe de la démarche inductive et empirique de l'humaniste qu'est Montaigne.
démarche inductive et empirique : Il n'a pas commencé par définir ce qu'est théoriquement l'amitié même s'il cite le philosophe grec de référence sur ce sujet, Aristote (Livre VIII de L'Ethique à Nicomaque) ; il part de son expérience personnelle, de sa connaissance du monde concret pour réfléchir sur des problèmes qui la dépassent.
typique de l'humanisme : Pour parler de l'Homme en général, l'humaniste commence par s'étudier lui-même et par étudier ses proches plutôt que de répéter un discours appris par coeur, sur les bancs d'un monastère ou d'une université. Il respecte le précepte de Socrate (et du temple de Delphes « connais-toi toi-même »). Nourri de lectures gréco-latines qu'il traduit librement, l'humaniste ne se fie pourtant pas qu'aux livres et à leur autorité, il mène une réflexion personnelle à partir des faits, il teste le réel. On peut voir là les bases de la science et de la société moderne. D'ailleurs c'est l'époque où naissent les révolutions théoriques et technologiques qui fondent le monde moderne : Copernic (1473-1543) Galilée (1564-1642) pour la physique, Rabelais pour la médecine (et oui, il est écrivain et médecin, grand médecin) par exemple.
CONCLUSION
On a donc vu que le récit autobiographique intervient de manière très importante dans l'essai « De l'Amitié » de Montaigne et joue deux rôles principaux : il pallie au caractère indicible du sentiment défini et il sert d'exemple argumentatif à l'argumentation menée par Montaigne. Il se montre dans cet extrait un essayiste sensible et touchant. Une telle stratégie argumentative est très efficace : le lecteur est persuadé qu'une telle amitié existe et que tout sentiment n'ayant pas toutes ces caractéristiques ne mérite pas vraiment le nom d'amitié. On mesure là l'exigence que es humanistes avaient avec eux-mêmes et ceux qui les entouraient. Leur aspiration à l'idéal est très forte, aussi utilisent-ils l'utopie, comme Rabelais dans la description de l'abbaye de Thélème, pépinière idéale d'humanistes dans le royaume imaginaire du géant Gargantua ou, l'inventeur du mot utopie, Thomas More, qui mourra pour ses idées. On a du mal aujourd'hui à mesurer l'importance de leur démarche pour la naissance du monde moderne. Une véritable révolution scientifique, spirituelle et sociale s'est opérée à la Renaissance grâce aux humanistes.
LECTURE ANALYTIQUE N°2 Excipit de « de l'Amitié »
de « depuis le jour que je le perdis... » jusqu'à la fin
Lecture linéaire
Citation latine : à remarquer : réécriture en latin des Elégies de Catulle 1er siècle av JC
rappeler comment montaigne a appris le latin cela fait partie des caractéristiques de l'humaniste
Citation ou pastiche ? Les vers cités sont repris littéralement : pas de changement dans les mots ni la syntaxe donc une citation
Mais réorganisation : collage de morceaux de citations : donc un pastiche
Indices du pastiche : récupère 1 vers et 3 distiques de l'élégie 68 « A Manlius » + 1 quatrain de l'élégie 65 « A Ortalus », inversel'ordre dans lequel les distiques de l'élégie « A Manlius » se succèdent. NB : le pastiche était aussi un exercice très fréquent dans les études autrefois : là Montaigne pastiche des classiques étudiés pour les humanités : n°64 appartient aux plus connues, juste après il ya a l'élégie 65 « la chevelure de Bérénice » Attention, ici, pas du tout de visée comique, ironique ou satirique, c'est un exercice de style :
Traite un topos : élégie utilisée par les latins pour célébrer l'amour impossible (Properce, Tibulle), la tristesse de l'exil (Ovide). L'Elégie est remise en honneur à la Renaissance: Pléïade reprend genre cf. Les Regrets, Du Bellay : multiplient les thèmes : fuite du temps, éloge des grands... »)
(...) je pleure mes ennuis / Ou pour le dire mieux, en pleurant je les chante, / Si bien qu'en les chantant, souvent je les enchante
A Ortalus, prénom masculin = lamentation d'un guerrier qui a perdu son compagnon au combat + 68 A Manlius lamentation d'un homme qui a perdu son frère et ne rerouve plus goùt à la vie)
imite le style de Catulle (= la tonalité élégiaque)
- la métrique de l'élégie : distiques élégiaques (valable en latin, pas en français !)
- registre pathétique : chp lex malheur et douleur, antithèse avec chp lex bonheur, apostrophe, questions rhétoriques : théâtralisation de la séparation, s'adresse à son « frère » qui ne peut lui répondre (alors même que ces élégies ont un destinataire ! Théoriquement on est dans le genre épistolaire).
imite la sensibilité de Catulle : élégie = « poésie lyrique, sentimentale, et mélancolique »
2 Rupture brutale :
passage récit -> discours (présent d'énonciation alors que vient d'évoquer un passé regretté), connecteur opposition, humour du contraste « o frater » (emphase)/ »ce garçon de 16 ans » (connotation dévalorisante), humour de l'inclusion soudaine du lecteur « oyons », ton de la conversation modalisateur « un peu »
retour à ce qui était annoncé en intro dans l'incipit : effet de clôture : l'essai de l'amitié a bien servi de préface, de cadre à une réédition des oeuvres de La Boétie
Nouvel épisode argumentatif mais pas sur l'amitié ! Digression? A quel sujet (Montaigne semble parler du dicours de la servitrude, en réalité, implicitement il évoque le problème de guerres civiles liées à la religion)
Connecteur : causalité : Montaigne se justifie d'un changement de projet au dernier moment ; remplace Discours Servitude volontaire par un recueil de poèmes (dernière phrase du texte)
effet de surprise fort ! Typique de l'écriture de Montaigne « je ne peins pas l'être. Je peins le passage » mais pas de façon irrationnelle !
3 Forte implication de l'auteur (étude de la modalisation) :
verbes de jugement (« j'ai trouvé que » « j e ne fais nul doute que » « (je) sais davantage que »
compléments circonstanciels « à mauvaise fin » (exprime son désaccord) « avec raison » (exprime son accord)
lexique et images dévalorisantes pour les lecteurs qui ont déformé les écrits de lA B « troubler et changer l'état de notre police sans se soucier de savoir s'ils l'amenderont », « d'autres écrits de leur farine » / lexique et images valorisantes pour La B : « ouvrage » « auteur » (par opposition à écrits), adjectifs qualificatifs « consciencieux » soulignés éventuellement par superlatif absolu « il ne fut jamais meilleur citoyen » , accumulation (anaphore de ni) et gradation (bon citoyen, affectionné au repos de son pays puis ennemi des remuements et nouvelletés de son temps), hyperboles (« maxime souverainement empreinte en son âme »)
Une réflexion personnelle a moitié explicitée sur les guerres civiles liées à la religion
envisage certes les deux points de vue (catholiques + ligue et protestants + huguenots) mais d'une façon neutre et sans outrance de quelque côté que ce soit
Montaigne critique la volonté de « troubler et changer l'état de notre police » et fait l'éloge de LB qui préférait le « repos de son pays » que les « remuements et noueautés »: autrement dit : refuse toutes révolutions, en particulier renversement monarchie catholique discréditée pour plusieurs raisons au 16ème (cf. description de la cour des Médicis : Catherine de Médicis, Charles IX et Henri III par d'Aubigné : débauche, flatteries et meutreres, empoisonnements, tyrannie, en même temps critique de la tyrannie de la papauté et des incohérences et de l'hypocrisie de la religion catholique).
M et LB conscients pourtant de la tyrannie qui est subie et doit être réformée : allusion à Venise (LB ds Discours Servoitude..; préfère Venise au gouvernement despotique des Turcs, M explicite ce parallèle en affiramnt que LB aurait préféré être né à Venise qu'à Sarlat : entre la tyrannie turque et le règne des Médicis, il y a plus d'un point commun....)
principe qui permet de trancher et de trouver la juste mesure : « obéir et se soumettre très religieusement aux lois sous lesquelles on est né » = attitude de Socrate ; pas par lâcheté : demande un très grand courage au contraire
but éviter les guerres et en particulier les guerres civiles (métaphore filée de l'incendie) ça n'empêche pas d'essayer de réformer les lois démocratiquement (idéal de la Républiqe, pour Socrate et Platon comme pour LB et M avec Venise)
Plan de lecture analytique
D'où vient le caractère surprenant de l'excipit?
La conclusion contredit l'introduction
a) changement de sujet et justifications données par Montaigne
b) 1dévalorisation du Discours de la Servitude V alors qu'il en avait fait l'éloge dans l'intro
c) 1 ouvrage de remplacement inattendu antithèse : discours/poème, « ouvrage sérieux » /« un autre plus gaillard et plus enjoué »
Fort contraste de genre et de tonalité entre les deux moitiés du texte
a) pastiche d'élégie dans 1ère moitié
b) transition brutale utilisant l'humour
c)ds 2ème moitié : 1argu très structurée : connecteurs logiques, problématique : la littérature doit-elle intervenir dans les affaires politiques et pousser à la révolution? , 1 raisonnement dialectique
Ancre brusquement l'essai dans la rélité historique difficile du 16ème
a) contexte évoqué implicitement : guerre civile où s'imbriquaient politique et religion
b) l'attitude de Montaigne (et de LB ?) : le détachement, la recherche de la juste mesure, relativiser lois et coutumes, privilégier la paix, au-dehors comme au-dedans (contraire d'Agrippa d'Aubigné) = néo-stoïcisme maxime = celle de Socrate
LECTURE ANALYTIQUE N°3 Typologie de la tyrannie
« Il y a trois sortes de tyrans (...) gagné sa servitude » (lire pp.7-8 le lien internet)
« Il y a trois sortes de tyran », Discours de la Servitude Volontaire, Etienne de La Boétie, 1546-48.
LB 1546-48, 16-18 ans seulement (cf. Montaigne, de l'Amitié) écrit un essai toujours célèbre, essai qui ne sera publié qu'après sa mort, sous un autre titre,. C'est un humaniste typique de la Renaissance Études de droit => maîtrise de la rhétorique ; ms aussi humanités : maîtrise du latin et du grec et de la culture antique. Au milieu de son essai apparaît une typologie de la tyrannie « il y a trois sortes de tyran », à la manière de la typologie des régimes politiques faite par Aristote dans La Politique. Quel est l'enjeu de cette typologie dans son discours ?
I DÉMONTRER QUE TOUS LES RÉGIMES POLITIQUES SONT SUSCEPTIBLES DE DÉGÉNÉRER EN TYRANNIES
formulation de la thèse
formulation des arguments
utilisation d'exemples historiques tirés de l'Antiquité
une démonstration apparemment, un discours oratoire en réalité
II DÉNONCER LA TYRANNIE (1er et 2ème paragraphe)
arguments contre la tyrannie
procédés polémiques du réquisitoire contre la tyrannie
III DÉNONCER LA « SERVITUDE VOLONTAIRE » À LAQUELLE LE PEUPLE SE RÉSIGNE
procédés pour impliquer le lecteur, puis pour le culpabiliser et enfin pour le faire réagir
point fort de la typologie (explication de l'origine commune de la dénaturation des régimes) = thèse générale de l'essai
Les enjeux : politique (question de savoir quel régime politique adopter) mais aussi et surtout éthique (question de savoir comment se comporter, ce qu'il est bon ou mauvais de faire) et ontologique (question de savoir ce que c'est qu'être humain, de la liberté humaine, de la raison)
Conclusion : une réflexion pertinente, bien construite et efficace pour nous pousser à réfléchir par nous mêmes à des questions essentielles et toujours d'actualité. Orwell a choisi cependant une autre stratégie pour dénoncer la servitude volontaire et ses conséquences, l'apologue et plus précisément la contre-utopie. C'est ce qu'on voit en comparant le début et la fin de la Ferme des Animaux, publié trois siècles après l'essai de La Boétie. Dans la Ferme des Animaux, les animaux font une révolution et instaurent une démocratie à la place de la tyrannie du fermier Jones. Mais les cochons, peu à peu, transforment cette démocratie en ôtant aux autres animaux leurs liberté fondamentales (manger, se reposer, s'exprimer, penser, voter les décisions concernant la vie commune...). Ils deviennent les nouveaux tyrans. Mais que faire du principe d'égalité inscrit dans la constitution de la ferme « Tous les animaux sont égaux » ? Ils y ajoutent un alinea : « mais certains sont plus égaux que d'autres' ». C'est absurde et ridicule, les cochons, allégorie des tyrans sont ridiculisés, mais les plus « bêtes » ne sont-ils pas les autres animaux qui tolèrent cette absurdité dont ils sont victimes ?
LECTURE ANALYTIQUE N°4 Tyrannie et amitié
L'humaniste Etienne de La Boétie est surtout connu comme le célèbre ami de Montaigne. Ce dernier écrivit à son propos, pour justifier le caractère exceptionnel et inexplicable de leur lien, le fameux « parce que c'était lui, parce que c'était moi ». Pourtant La Boétie est l'auteur d'un essai révolutionnaire pour l'époque et toujours d'actualité aujourd'hui, Le Discours de la Servitude Volontaire, aussi intitule Le Contr'Un. Il l'écrivit à dix-huit ans en 1549 mais l'oeuvre ne fut publiée qu'après sa mort en 1576, dans le contexte très difficile des guerres de religion, et de l'après Saint Barthélémy du 24 août 1572. Dans cette oeuvre polémique La Boétie démonte et dénonce les mécanismes de la tyrannie et de la servitude du peuple. Que le tyran ait acquis son pouvoir par la force, par le droit du sang ou par des élections, c'est grâce à l'assentiment, à la patience de ceux qu'il opprime que le tyran se maintient au pouvoir. On peut s'étonner qu'apparaisse dans cette argumentation, et en bonne place, à la fin de l'essai, le thème de l'amitié, thème qu'avait choisi de traiter Montaigne pour présenter la réédition de l'oeuvre de La Boétie, dans l'essai XXVII qu'il lui consacre. Pour La Boétie il y a un lien entre amitié et politique comme nous allons le voir dans l'extrait suivant.
Lecture
La problématique que nous allons envisager est la suivante : quelle est la thèse de La Boétie et comment la défend-il ?
I Amitié, tyrannie et société humaine : la thèse de La Boétie
L'argumentation croise trois thèmes : psychologie, morale et politique (champs lexicaux)
Une thèse explicite résumée dans la maxime centrale « Certainement le tyran n'aime jamais, et n'est jamais aimé »
Une thèse moins explicite liant amitié et politique : la tyrannie n'est pas un gouvernement sain(t) et durable l.2-3 le tyran « détruit son propre royaume » ; plus loin comparaison voleurs/tyrans pas finie mais on comprend que le tyran asume ce que refuse les voleurs (par peur, pas par morale) : la désunion créée par l'inégalité or se désunir c'est « amoindrir sa force »
Un humanisme exigeant, idéaliste et lucide en même temps ; personnalité d'Etienne de La Boétie, biographie, contexte historique
II Un raisonnement solide destiné à convaincre le destinataire
Construction du texte = évolution de l'argumentation : I 1-24 Le tyran ne peut aimer // II 25-45 Le tyran ne peut être aimé
Abondance de connecteurs logiques et variété des types de raisonnement : raisonnement déductif majoritaire, raisonnement concessif « or si l'on veut dire que... qu'on cherche attentivement... » + « Quand bien même cela ne serait pas... »
Grande abondance d'exemples
tirés de l'histoire gréco-latine : raisons = culture humaniste+censure risque si exemples tirés de l'histoire trop récente ; NB prend des exemples banals (Néron le cruel, qui fit brûler Rome, avc sa maîtresse, Poppée, avc sa mère Agrippine, son père Claude – et la première femme de celui-ci, Messaline- et enfant son célèbre philosophe de précepteur, Sénèque) mais aussi des exemples bien moins connus (Burrhus, TraséasDomitien, Stéphanus, Commode, Caracalla-Martial et Macrin)
tirés de la vie quotidienne (mais ne visant pas des cibles pouvant provoquer la censure) : les voleurs utilise la sagesse populaire autant que la sagesse érudite
tirés de l'enseignement scolaire la fable du renard (rusé !) et du lion (force, à la fois physique et de communication -manipule quand sa force physique est impuissante dans une situation donnée-) à la fin du texte
III Une stratégie rhétorique efficace
Enonciation habile
Questions rhétoriques -> lecteur pris à parti
beaucoup d'énonciation impersonnelle mais avec nombreux modalisateurs et lexique évaluatif montrant l'implication de l'auteur d'où intervention du registre pathétique et tragique puis satirique dénonçant la tyrannie reposant sur la haine
apparition de l'énonciation à la première personne au point le plus fort de la satire l.16
utilisation du discours direct pour théâtraliser le discours
Procédés d'insistance et d'emphase efficaces
anaphores fréquentes
antithèses et parallélismes
gradations et hyperboles
Images fortes
métaphore spatiale filée (bornes, marche, tanière)
allégorie du renard plus fort que le lion par son intelligence de la situation
La Boétie réussit à convaincre et à persuader son lecteur de la nocivité individuelle et collective de la tyrannie. Il semble que le seul remède, la seule arme efficace est l'amitié, reposant sur les plus exigeantes vertus morales. elle seule donne la force de résister à l'appétit de pouvoir et à ce qui lui permet de vivre l'appétit d'irresponsabilité, le goût de la servitude. D'où vient ce pouvoir qu'a l'amitié de nous protéger mieux que n'importe quoi d'autre dans les pires horreurs ? Primo Levi en témoigne lui aussi dans Si c'est un homme, témoignage sur Auschwitz, et c'est aussi la leçon d'apologues modernes, connus de tous tels que Le Petit Prince de Saint exupéry ou Harry Potter de JK Rowlings ?
POUR S'ENTRAÎNER À L'ORAL
|
Texte |
Problématique |
|
|
Pour correction j'attends un oral enregistré en MP3 pour le mettre à disposition sur Internet. Certains plans de correction sont déjà prêts. Mais le but est, là, de s'entraîner à l'oral (rappel 10 mn d'exposé répondant à la problématique)
POUR POURSUIVRE LA RÉFLEXION SUR L'ESSAI DE MONTAIGNE
SUJET DE DISSERTATION DES ANNÉES 1930 (ET CORRIGÉ)
Les Essais de Montaigne sont un classique du programme des Lycéens. Cette oeuvre humaniste du XVIes relève de deux genres différents l'écriture biographique et l'essai, genre particulier d'argumentation. L'étudier implique donc trois choses. Premièrement il faut approfondir notre connaissance de l'écriture biographique, entamée avec l'autobiographie de Rousseau, philosophe des Lumières, Les Confessions, publiées en 1782-1789, donc deux siècles exactement après Les Essais de Montaigne. Deuxièmement, il faut analyser les caractéristiques et les enjeux propres à l'essai, genre argumentatif que nous allons découvrir dans cette séquence. Troisièmement enfin, nous allons nous pencher sur le contexte spécifique de la Renaissance, dans l'Europe du XV au XVI es, avec le courant littéraire et culturel de l'humanisme. Ce courant a ses racines dans les profondes mutations venues du sud de l'Europe. L'Italie d'abord a accueilli les lettrés fuyant Constantinople (l'actuelle Istanbul capitale de la Turquie), capitale de l'Empire byzantin prise en 1453 par l'empire Ottoman. L'Espagne et le Portugal ensuite, puis la France et les autres pays européens, ont conquis le Nouveau Monde : Chrisptophe Colomb découvre l'Amérique du Sud en 1492 et elle est colonisée ensuite par Cortès v 1520. la difficulté principale de notre étude sera certainement de comprendre comment ces trois objets d'étude influent les uns sur les autres. Voici un exemple simple de ce noeud de notions : Montaigne se sert de l'écriture autobiographique pour trouver quelle sagesse permet de résister aux troubles qui agitent les hommes de son époque.
Notre problématique est celle qu'auraient pu trouver nos arrière grands-parents au sujet de dissertation suivant :
Pascal a dit de Montaigne : « Le sot projet qu'il a eu de se peindre ! » Et Voltaire réplique : « Le charmant projet qu'il a eu de se peindre comme il l'a fait, car il a peint la nature humaine ! » Que pensez-vous de ces deux jugements ? Ce sujet de baccalauréat a été donné en 1927 à Toulouse et en 1932 à La Réunion.
Problématique : (reformulez le sujet)
PLAN : (remplissez ce tableau)
|
AXES DU DÉVELOPPEMENT DISCUTANT LA PTQ |
Arguments justifiant les axes choisis |
Exemples illustrant ou amenant les arguments |
|---|---|---|
|
I |
|
|
|
|
|
|
|
II |
|
|
|
|
|
|
|
III |
|
|
|
|
|
CORRECTION
Montaigne a-t-il eu raison ou tort de se livrer à l'écriture autobiographique ; cet exercice l'a-t-il éloigné de la sagesse ou cet exercice l'a-t-il au contraire aidé à traiter des questions essentielles et unive!:rselles ? L'autoportrait tel que le fait Montaigne dans les Essais est-il un acte nombriliste et futile ou est-ce en fait une méthode humaniste parmi d'autres de faire le portrait de l'être humain en général ?
Cette problématique n'est pas seulement celle du sujet proposé à nos ancêtres au baccalauréat. C'est la problématique centrale des Essais de Montaigne et celle qui nous intéresse le plus car elle manifeste le jeu des trois objets d'étude du programme actuel que nous avons reconnu dans cette oeuvre. Faire son portrait est un des enjeux de l'écriture biographique, on le voit nettement aussi dans les Confessions de Rousseau. Faire la peinture de la nature humaine pour mieux a comprendre et même l'améliorer est un enjeu de l'argumentation. C'est aussi le principe de l'humanisme, à la fois comme courant littéraire et culturel inscrit dans un contexte borné à la Renaissance Européenne du XV-XVI es, et comme courant de pensée, plus actuel que jamais, résistant à toute forme d'inhumanité. Cette problématique sera donc celle de notre séquence.
I LE PROJET DE MONTAIGNE, FAIRE SON AUTOPORTRAIT, PEUT ÊTRE VU COMME UNE SOTTISE
Il l'avoue lui-même dans « l'avis au lecteur » c'est un document qui n'a de valeur que pour lui-même et pour ses proches : LA n°1 : l'avis au lecteur : ptq : qu'a de paradoxal le pacte autobiographique mis en place par Montaigne dans cette préface à ses Essais ?
Il se contredit lui-même et passe souvent du coq à l'âne, ce qui montre le peu d'intérêt qu'a son projet de départ, « s'étudier lui-même ». Il aurait pu concevoir la « sottise » sur laquelle repose le projet autobiographque : « le moi est haïssable », c'est ce qui est universel qui est intéressant, donc la part autobiographique des Essais est inutile, c'est la part argumentative qui vaut la peine d'être étudiée.
II FAIRE SON AUTOPORTRAIT EST UNE ÉTAPE DU PROJET PHILOSOPHIQUE HUMANISTE DE MONTAIGNE
Qu'il le veuille ou non, par son histoire (contexte familial – en particulier éducation donnée par son père -, historique, - en particulier intelligence de ses prises de position vis-à-vis de la religion, de la politique et de la colonisation - et social – en particulier rencontre de La Boétie-) il est un modèle d'humanisme. En faisant son autoportrait il fait donc le portrait d'un humaniste qui peut servir de modèle par delà les époques.
En s'étudiant il ne cherche pas à se faire valoir, il est sincère et spontané. Son autoportrait traque les défauts de sa cuirasse ; le récit de sa vie est soumis à une méthode de réflexion rationnelle très rigoureuse. Le moi qu'il peint n'a donc rien de « haïssable », au contraire c'est une peinture qui « charme » l'être humain entier.
Le lecteur est amené à faire siens les principes universels que Montaigne a tiré de sa propre expérience : on devient plus humain en s'imprégnant des enseignements de Montaigne. La vie de celui-ci joue le rôle argument, d'exemple, d'incitation à la réflexion. Le récit, facile et attrayant motive les lecteurs à la réflexion.
III LES ESSAIS SONT UNE PEINTURE DE LA NATURE HUMAINE INDISPENSABLE ET TOUJOURS D'ACTUALITÉ
Montaigne ne se complaît pas dans le récit de sa vie ou dans l'autojustification (contrairement peut-être à Rousseau ! ), il cherche à dégager de son expérience ce qui est universel et nous concerne tous. En le « voyant » le lecteur se « voit » lui-même. Et en suivant son cheminement il se laisse transformer par l'écriture de l'oeuvre comme Montaigne lui-même a été transformé par elle.
Une telle transformation est d'actualité et même indispensable (essor des conflits en particulier ceux dus à la religion et à la confrontation de cultures différentes et au racisme -> nécessité de comprendre ne quoi par delà les différences les êtres humains sont semblables)