Séquence 3
DIALOGUE ET APOLOGUE :
deux genres argumentatifs différents de l'essai
INTRODUCTION
LECTURE ANALYTIQUE N°1
« L'ÉCOLE D'ATHÈNES », FRESQUE DE RAPHAËL, CHAMBRE DE LA SIGNATURE, AU PALAIS DU VATICAN, 1508-1511, manuel.
ACCÈS À UNE REPRODUCTION.
Le document étudié est une fresque de la Renaissance, une utopie qui réunit dans et un même idéal l'Antiquité et le XVI es, et un manifeste humaniste.
On peut relier cette image à l'apologue et à un de ses genres particuliers, l'utopie.
LECTURE ANALYTIQUE N°2
« LETTRE DE GARGANTUA À PANTAGRUEL », PANTAGRUEL, CHAP VIII, FRANÇOIS RABELAIS, 1532, manuel.
ACCÈS AU TEXTE
L'extrait du roman de géants est une lettre d'éducation écrite d'utopie. Elle dresse un programme d'études ambitieux : connaissances encyclopédiques, formations morale et spirituelle vont de pair dans cet apologue qui est lui aussi un manifeste humaniste.
Ce texte est à comparer absolument avec la fresque. Mais il faut le comparer aussi aux théories de Montaigne sur l'éducation « De l'institution des Enfants », Essais, Livre I, chp XXVI.
LECTURE ANALYTIQUE FAITE EN CLASSE
LECTURE ANALYTIQUE N°3
« LE LOUP ET L'AGNEAU », FABLES, LIVRE I, 10, JEAN DE LA FONTAINE, 1668-1693.
ACCÈS AU TEXTE
La fable de La Fontaine est évidemment un apologue typique du classicisme. En cela elle mérite d'être comparée à d'autres oeuvres des moralistes classiques : essais (La Rochefoucauld, Pascal), théâtre (Molière, Corneille, Racine) et art poétique (Boileau). Son intérêt pour notre séquence est qu'elle met en scène avec brio un dialogue délibératif (un débat), polémique, et que sa morale est ambiguë, peut-être même, immorale. Le procès truqué de l'agneau sert à faire délibérer le lecteur sur la moralité de la fable « la raison du plus fort est toujours la meilleure ». Mais pour comprendre tout l'enjeu de la fable, il faut en déchiffrer l'ironie.
LECTURE ANALYTIQUE FAITE EN CLASSE
LECTURE ANALYTIQUE N°4
« LA VOCATION D'HARRY POTTER » HARRY POTTER ET LE PRINCE DE SANG-MÊLÉ, chapitre XXIII, AJ.K ROWLING, 2005.
Harry potter, un futur classique ? Certes, on lit Harry Potter pour se détendre, pour rêver et savourer le plaisir d'une lecture « facile ». Mais dans l'extrait que nous analysons, nous avons vu un débat philosophique mêlant politique, éthique et métaphysique. Cela nous fait réfléchir à la place de cette oeuvre dans la littérature. Éditée la première fois en littérature jeunesse, c'est un roman qui renoue avec la tradition de l'épopée et qui touche tous les publics. C'est un phénomène littéraire intéressant, qui nous amène à nous interroger sur le paradoxe de l'oeuvre littéraire. Cf Citation de Michel Butor dans le petit livre Nathan p.91 (très bon sujet de dissertation) : « Il y a certes un roman naïf et une consommation naïve du roman, comme délassement ou divertissement, ce qui permet de passer une heure ou deux, de « tuer le temps », et toutes les grandes oeuvres, les plus savantes, les plus ambitieuses, les plus austères, sont nécessairement en communication avec le contenu de cette énorme rêverie, de cette mythologie diffuse, de cet innombrable commerce, mais elles jouent aussi un rôle tout autre et absolument décisif : elles transforment la façon dont nous voyons et racontons le monde, et par conséquent transforment le monde. » Michel Butor, Répertoire, II, 1964.
LECTURE ANALYTIQUE N°1
« L'ÉCOLE D'ATHÈNES », FRESQUE DE RAPHAËL, CHAMBRE DE LA SIGNATURE, AU PALAIS DU VATICAN, 1508-1511, manuel.
LECTURE ANALYTIQUE N°2
« LETTRE DE GARGANTUA À PANTAGRUEL », PANTAGRUEL, CHAP VIII, FRANÇOIS RABELAIS, 1532, manuel.
LECTURE ANALYTIQUE N°3 RABELAIS PANTAGRUEL P;26
INTRODUCTION
Homme de science sérieux et moine érudit, François Rabelais s'amuse en 1532 à utiliser le succès d'un conte populaire pour diffuser de façon attrayante sa philosophie humaniste. Ce conte populaire mettait en scène un géant, Gargantua, Rabelais raconte les aventures de son fils, Pantagruel et signe avec un anagramme Maître Alcofribas Nasier. Parodiant les romans héroïques, Rabelais commence l'histoire de Pantagruel à sa naissance, donnant même sa généalogie qui est imitée de celle du Christ, puis conte son enfance , son éducation à Paris où son père l'envoie profiter de l'éducation humaniste (Chapitre VIII). Nous allons étudier un passage de ce chapitre. C'est la fin de la lettre de Gargantua à son fils, Pantagruel, le héros éponyme. Le père dresse un programme d'études à la mesure des ambitions humanistes de l'auteur.
PROBLÉMATIQUE :
Comment la lettre d'éducation insérée dans le récit burlesque des aventures de Pantagruel permet-elle à Rabelais d'exprimer avec sincérité et humour les principes de l'humanisme ?
En quoi peut-on considérer cette lettre comme un apologue ?
I UNE LETTRE D'ÉDUCATION UTOPIQUE
Une lettre ( un père affectueux exerce de loins son autorité sur son fils)
Étude des indices de l'énonciation : : « je » émetteur, « tu » destinataire, tutoiement proximité affective
désir fort de revoir son fils (l.56), on sent qu'il s'en sépare à regret mais qu'il estime cette séparation nécessaire
Formule d'adieu, adj possessif hypocoristique « mon fils », signature « ton père »
Lettre d'éducation
Champ lexical de l'étude : exigence : un savoir encyclopédique / une sagesse infinie. Pantagruel : démon marin qui a toujours soif et qui répand la soif/ Cette soif, c'est (ou ce doit être) avant tout celle de la connaissance. Double objectif : science et sagesse : « science sans conscience n'est que ruine de l'âme »
Etude des verbes : temps et signification : Présent d'énonciation typique de la lettre, verbes expriment ordre ou conseil, beaucoup d'impératifs : relation d'aîné ayant autorité à cadet
autorité abusive ?
Lettre délibérément utopique
Indication de la date et du lieu d'émission : en signant d'Utopie, Rabelais renvoie à un autre humaniste, More.
Rabelais propose un système d'éducation nouveau qui prodigue un savoir encyclopédique : c'est la variété qui stimule l'appétit de savoir. Il rêve d'une connaissance universelle et totale.
Rabelais est conscient du caractère utopique des ambitions humanistes. Cela ne veut pas dire que lui-même y renonce ou qu'il se moque de ces ambitions ! Lui-me savoir encyclopédique. D'autres aussi : le plus célèbre = Pic de la Mirandole.
Stratégie argumentative habile : il passe par une fiction (utopie appartient aux apologues) qui est particulièrement plaisante car pleine d'humour.
II UNE LETTRE D'ÉDUCATION HUMANISTE : UNE FORMATION ENCYCLOPÉDIQUE
La pédagogie de Gargantua, modèle humaniste.
Double formation « par l'homme » « par la ville » = les deux moyens, véhicules, complémentaires . L'homme c'est l'enseignement individuel, ce qui correspond pour nous aux études (expliquer l'étymologie grecque du nom Epistemon » : episteme = science qu'on apprend par techniques particulières. La ville c'est la formation par le contact au monde, la fréquentation de la société. Comparer à Montaigne, les voyages. « son livre c'est le monde ». Rabelais, comme Montaigne, critique l'enseignement purement livresque et laisse une grande part à la pratique et à l'expérimentation.
Une pédagogie diversifiée (lire, écrire, pratique des dissections, de l'observation scientifique, discussions publiques, fréquentation de lettrés), active (le père ne s'adresse pas au précepteur mais directement au jeune homme car c'est à lui de choisir) et qui repose sur le désir et la joie.
1er aspect du savoir = les langues anciennes
Pourquoi ? Parce que ce sont les langues du savoir, de la religion et de la culture en général. Penser à utiliser le film Le Nom de la Rose et à évoquer la vie de Rabelais, traducteur de Galien et d'Hippocrate, correspondant avec Erasme en latin. NB Rabelais préconise l'apprentissage des langues anciennes alors que le grec était interdit à la Sorbonne (faculté de théologie avant tout, où on avait peur que les traductions conduisent à remettre en question les interprétations canoniques que l'Eglise catholique avait fait de la Bible et des autres livres) Argument d'autorité: référence à Quintilien.
Objectifs = aborder les textes bibliques avec un esprit neuf, débarrassé des préjugés et de l'irrationnel médiéval. Education à l'opposé de la scholastique. Rabelais est un fervent partisan de l'« Évangélisme ». Ce mouvement humaniste veut épurer la religion catholique et s'oppose aux ambitions temporelles des papes. Il proclame la nécessité de prendre l'Écriture comme seul fondement du christianisme et d'abandonner les institutions créées par les hommes. Pour ce faire, il faut étudier l'Écriture dans le texte original et procéder éventuellement à de nouvelles traductions et interprétations.
= connaissance encyclopédique partant des origines gréco-latines (références à Platon /Cicéron) de la culture européenne pour aller jusqu'aux manuscrits les plus récents comme ceux des mathématiciens arabes du Moyen-Age.
2ème aspect du savoir : Arts libéraux.
Rythme ternaire. Arts associés comme dans la Républiqe de Platon.
Distinction astrologie/astronomie : se séparer de l'irrationnel médiéval. NB connecteur logique « mais ».
3ème aspect du savoir : le droit juridique
(// Cicéron aussi). Lié à la philosophie jusque très tard ! NB père de Rabelais avocat.
Ici il ne développe pas mais par d'autres passages de son oeuvre on sait ses idées :Rabelais prône le retour au droit romain et la limitation du droit écclésiastique. Est-ce par prudence qu'il ne veut pas s'étendre sur un sujet aussi brûlant ? (cf. dans Nom de la Rose réunion franciscains avec légats du pape)
4ème aspect du savoir : sciences d'observation, les « sciences naturelles »
Période oratoire : dans protase : énumérations/accumulation; fort contraste avec apodose. Cela montre ambition gigantesque à la mesure du personnage.
5ème aspect du savoir, symétrique : observationde « cet autre monde qu'est l'homme ».
Homme vu sous son aspect biologique. Plaît pas à l'Eglise pour qui c'est avant tout la créature de Dieu.
NB pratiques interdites par religion catho « dissections ». Pas étonnant que le livre ait été condamné ! Véritable engagement de la part de Rabelais.
Rabelais était lui-même un médecin renommé (médecin perso d'un grand diplomate, l'évêque du Bellay, directeur de l'Hôtel Dieu à Lyon).
6ème aspect du savoir : métier des armes, permettent de se défendre.
Certes Rabelais, comme Montaigne et comme Erasme étaient des pacifistes qui furent horrifiés par les guerres de religion. Mais ils n'avaient rien de lâches ou de doux rêveurs.
cf. modèle Rabelaisien = frère Jean des Entommeures.
D'un point de vue narratif, c'est habile car cela annonce la suite du roman. Résumé suite : rencontre avec Panurge (Chapitre IX), exploits intellectuels (Chapitre X) et faits d'armes contre les Dipsodes, qui ont envahi son pays natal ( le pays d'Utopie imaginé par Thomas More) , et enfin victoire sur le roi Anarche malgré la vaillance de trois cents géants et Loup-Garou, leur capitaine (Chapitre XXIII et suivants) Pantagruel reprend le plan ternaire du roman populaire médiéval : l'enfance (au terroir) ,les épreuves /la formation ( dans l'éloignement), la prouesse finale (le terroir à défendre)
Transition : boucle = religion au début et à la fin de cette énumération de savoirs à acquérir.
III LES EXIGENCES MORALES ET SPIRITUELLES DE L'HUMANISTE. (non écouté par la classe, donc non communiqué sur Intenet : le site doit être un outil supplémentaire pas une compensation à la prise de notes)
LECTURE ANALYTIQUE N°3
« LE LOUP ET L'AGNEAU », FABLES, LIVRE I, 10, JEAN DE LA FONTAINE, 1668-1693. Photocopie.
ACCÈS AU TEXTE
Livre I Fable 10 Le Loup et l'Agneau
La raison du plus fort est toujours la
meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un loup survient à jeun,
qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
"Qui te rend si hardi
de troubler mon breuvage?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta
témérité.
-Sire, répond l'agneau, que
Votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle ;
Et que par conséquent,
en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
- Tu la troubles, reprit cette
bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an
passé.
-Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas
né ?
Reprit
l'agneau ; je tette encor ma mère.
-Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
- Je n'en ai point. -C'est donc quelqu'un des tiens :
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos bergers et vos chiens.
On me l'a dit : « il
faut que je me venge. »
Là-dessus, au fond des forêts
Le loup l'emporte et puis le mange,
Sans autre forme de procès.
Phèdre (I, 1) a recueilli cette fable chez Esope. Elle a ensuite été traduite en français pour les écoles de Port-Royal par Le Maître de Sacy. C'est ainsi qu'elle inspirera La Fontaine.
J'ajoute seulement que
Napoléon, exilé à l'île de Sainte-Hélène,
trouvait que ce poème péchait « dans son principe
et sa morale. » « mémorial de Ste-Hélène
», Bourdin, 1842, cité dans « La Fontaine - Fables
» ; Le Livre de Poche ; Classiques modernes ; La Pochothèque
; édition de Marc Fumaroli ; 1997, p. 821). On peut s'étonner
d'une telle réaction venant de cet homme de guerre.
Le
terme de "procès" employé à la fin de
la fable peut faire réfléchir en quoi elle peut exposer
réellement un procès. " La Fontaine fixe en ses
vers les circonstances respectives de ceux qui sont dans le récit
accusateur (le Loup) et défenseur (l'Agneau) plaidant la cause
de la victime (le Loup) face à l'agresseur (l' Agneau) afin
que le lecteur soit le juge de cette cause" (Patrick Goujon, Le
Fablier, N°3 ) " [...] la prétention du Loup qui veut
avoir raison dans son injustice, et qui ne supprime tout prétexte
et tout raisonnement que lorsqu'il est réduit à
l'absurde par la réponse de l'Agneau." (Chamfort) "
[...] "Le Loup et l'Agneau", cette merveille, pas un mot de
trop ; pas un trait, pas un des propos du dialogue, qui ne soit
révélateur. C'est un objet parfait." A. Gide
(Journal 1939-1949, Bibliothèque de La Pléiade)
Intro : La Fontaine, moraliste classique, souvent condamné pour l'immoralité de certaines de ses Fables publiées entre 1668 et 1693 sous le règne de Louis XIV (cf Rousseau, Napoléon). Mais aussi souvent loué pour leur perfection. « Le Loup et l'Agneau » 10ème fable du premier livre, montre bien ces deux aspects. R ésumé : « procès » truqué où un agneau innocent est condamné injustement à mort par un loup cruel, raconté avec concision. Immoralité surprenante puisque cette fable est censée instruire des enfants (cf. genèse). En fait, le fabuliste utilise l'ironie pour nous faire prendre du recul par rapport à ce procès et pour remettre en question la « raison du plus fort ». Comment La Fontaine nous amène-t-il à délibérer à propos de la justice et de la vérité ?
I Par la mise en scène d'un procès entre animaux allégoriques
une ouverture et une clôture narrative rapides -> vivacité et efficacité du récit.
Valeurs aspectuelles des temps variés utilisés dans la narration (imparfait duratif vs présent de narration
décor esquissé mais utile dans la suite, symbolique
rapidité, brutalité du dénouement visible dans l'enjambement final (en plus du présent de narration)
un dialogue de sourds théâtralisant la narration
discours direct, tutoiement vs vouvoiement
structure des répliques typique du procès : 7-9 accusation du loup ; 10-17 objection de l'agneau ; 18-19 le loup maintient son accusation et énonce un deuxième argument ; v 20-21 objection de l'agneau ; v 22 le loup maintient son accusation ; v 23 : objection de l'agneau ; v 23-26 le loup maintient son accusation et énonce le verdict
échec de la défense (NB répliques de plus en plus courtes révélatrices de l'impuissance à faire changer le loup d'avis), échec aussi de l'accusation ( le loup fait taire l'agneau en le mangeant justement parce qu'il n'a pas réussi à le convaincre, et pour cause, les arguments de son accusation sont absurdes)
le loup est apparemment vainqueur (ouvre et clôt le débat, « le plus fort »)
II Par une délibération révélatrice des vices et vertus des animaux (argumentation interne)
L'accusation et le jugement menée par le loup, révélatrice de sa tyrannie (loup = allégorie habituelle du tyran)
une hypocrisie fondamentale : le loup est à la fois juge et partie, il ne devrait pas être juge
de mauvais chefs d'accusation (crime de lèse-majesté et médisance) et leur absurdité est soulignée du fait que le loup se rend coupable de ce dont il accuse l'agneau, la médisance (« on me l'a dit »)
une rhétorique habile (le loup utilise abondamment les connecteurs logiques, cause, conséquence et addition pour compenser le manque de logique réelle de ses arguments)
duplicité évidente « il faut » v 26 : il pose comme le résultat d'une nécessité extérieure ce qu'il a en fait décidé lui-même
La défense menée par l'agneau révélatrice de son innocence et de sa bonté (agneau = allégorie habituelle de l'innocence, et de toute vertu par le biais de la religion chrétienne (Christ = Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde))
l'agneau il souhaite réellement convaincre son destinataire, il prend des précautions oratoire montrant son respect envers son adversaire
l'agneau se défend avec une logique authentique, il donne des preuves irréfutables de son innocence (argument géographique, chronologique et familial)
l'agneau utilise lui aussi la cause et la conséquence mais ce n'est pas un simple artifice rhétorique
donc situation paradoxale les raisons les meilleures (arguments de l'agneau) sont celles de l'agneau : pourquoi le fabuliste fait-il gagner le loup ?
III Par une démonstration ironique (argumentation externe)
Ambiguïté de la morale
signification de la morale du début : les plus forts ont toujours raison
leçon implicite donnée à travers le récit on constate que la vie donne raison aux plus forts. Ils triomphent par la force, mais leur victoire est injuste et injustifiée.
l'ambiguïté vient de l'ironie. La morale explicite sur laquelle s'ouvre la fable n'exprime pas l'opinion de l'auteur. L'opinion de l'auteur est exprimée implicitement par le récit qui suit et qui est censé démontrer la moralité. Mais c'est un piège ! Le message est double, La Fontaine dit une chose dans la moralité et suggère le contraire quand il la « montre ».
Condamnation et défaite du loup
l'attaque du loup est une agression
la fuite du loup « au fond des forêts » signe de sa mauvaise conscience
le loup ne perd pas dans les faits puisque c'est lui qui mange l'agneau, mais il perd sur le plan de la logique et du droit (absurdité de son argumentation). Il perd aussi sur le plan affectif car son attitude est scandaleuse. Qu'un loup mange un agneau car c'est son instinct serait compréhensible, mais qu'il dénie cet instinct en prétendant faire oeuvre de justice est révoltant.
Conclusion : « C'est la vie ». Cette fable nous donne une bonne leçon, peut-être un peu pessimiste. Mais il faut la relativiser, on peut lire pour cela la fable 15 du livre IV où le loup est victime de la ruse d'un chevreau.
LECTURE ANALYTIQUE N°4
HARRY POTTER ET LE PRINCE DE SANG-MÊLÉ, chapitre XXIII, AJ.K ROWLING, 2005. Photocopie.
LECTURE ANALYTIQUE N°4
DIALOGUE DÉLIBÉRATIF DANS UN ROMAN « la vocation d'Harry Potter »
extrait du chapitre XXIII de Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé, JK Rowling, 2005.
Jean-Claude Brighelli, l'auteur de La Fabrique du Crétin, n'est pas tendre pour la littérature de jeunesse étudiée en Collège ou Lycée à la place des classiques. Pourtant il fait une place à part pour le best-seller de J.K. Rowling, un roman fleuve mettant en scène un jeune sorcier britannique, Harry Potter. L'auteur l'a commencé en 1990, le premier tome a été publié en 1991 et reste, depuis, en tête des ventes dans le secteur jeunesse comme dans le secteur adultes. De cette série en sept tomes dont le dernier est attendu pour la prochaine rentrée scolaire, Brighelli affirme qu'elle « a tout d'un classique ».
On pourra le vérifier en voyant la richesse d'un extrait du vingt-troisième chapitre du tome VI, Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé, où est racontée la sixième année d'études du héros éponyme à l'école de sorcellerie de Poudlard. Après avoir prouvé, les années précédentes ses capacités et sa volonté de lutter contre Lord Voldemort, chef des Mangemort qui usent et abusent de la magie noire, Harry est autorisé à suivre des leçons particulières avec Albus Dumbledore, le directeur. Cette initiation lui révèle l'existence d'objets, les Horcruxes, dans lesquels Lord Voldemort a mis une partie de son âme pour devenir immortel et donc indestructible. Dans notre extrait nous le voyons délibérer à ce sujet, sous la conduite de son professeur. Le dialogue est qusiment tout le temps au discours direct avec quelques interventions du narrateur.
On peut distinguer trois parties dans la progression vers la compréhension, par Harry, de sa vocation : combattre Lord Voldemort. D'abord, des lignes 1 à 25, ensuite, des lignes 26 à 100, et enfin, des lignes 101 à la fin. D'emblée la présence des registres didactique et polémique nous montre la complexité du lien éducatif décrit. Le plus surprenant est sans doute les thèmes abordés dans le dialogue : le bien et le mal, naturellement, mais aussi, la tyrannie et l'amour, thèmes sérieux s'il en est, dont nous avons pu étudier l'entrelacement complexe dans l'étude de Discours de la Servitude volontaire, l'essai de l'humaniste du XVI es La Boétie.
Quelles réflexions peut nous inspirer cette délibération ?
I UNE RÉFLEXION POLITIQUE ET ÉTHIQUE
Présence du thème politique de la tyrannie et du thème éthique de l'amour. Le thème de la tyrannie, abordé dans ce passage appartient au champ de la politique (chp lexical : « tyran » « pouvoir » « oppriment »NB erreur de traduction à commenter) Le champ lexical de la lutte, de la division relève aussi de ce thème : « victimes » « partisans » « armes » « traquer » « tuer » « livrer un combat à mort ». On trouve ces champs lexicaux liés à celui e l'amour et de l'humanité « le pouvoir d'aimer » « l'amour » « capacité à aimer « coeur pur » « mutiler sa propre âme » « âme entière et sans tâche ». Dumbledore explique le fonctionnement complexe de la tyrannie à Harry.
Démonstration d'une thèse sur le fonctionnement et la fragilité de la tyrannie. On retrouve en résumé dans le discours de Dumbledore la théorie exposée par La Boétie. La Boétie écrit « le tyran s'appauvrit lui-même et détruit son propre empire ». Dumbledore dit à Harry : « Voldemort s'est créé lui-même son pire ennemi comme le font toujours les tyrans partout dans le monde ! ». L'explication de ce paradoxe est dans la déshumanisation créée par l'abus d'autorité, de pouvoir. La Boétie écrit : « Le tyran n'aime jamais et n'est jamais aimé » Dumbledore fait passer ce raisonnement par une question rhétorique « sais-tu à quel point les tyrans craignent les peuples qu'ils oppriment ? (...) une qui se lèvera et frappera à son tour. » Dumbledore ne recourt pas à des exemples pris dans l'histoire antique ou contemporaine, contrairement à La Boétie, mais l'histoire fictive de Thomas Jedusor devenu Voldemort sert d'exemple convaincant pour Harry et pour le lecteur. Avec Harry on comprend la leçon formulée par le biais du professeur. L'incapacité du tyran à aimer et à être aimé réciproquement le rend vulnérable. Il ne peut jamais jouir de sa vie et de ses biens, craignant à chaque instant avec raison qu'on les lui ôte, car ses serviteurs, même ceux qui prétendent à son amitié, ne l'aiment pas mais lui obéissent par crainte.
Présentation d'une arme contre la tyrannie : l'amour. Un grand suspense entoure la révélation de l'arme suprême contre la tyrannie au début du texte et le reste du texte la justifie. Le lecteur s'identifie à l'élève, à la fois parce qu'il est Harry, le sympathique héros du roman et parce que le lecteur est aussi perplexe que lui devant ces révélations. Les interventions du narrateur insistent sur cette perplexité « songeur » « agacé » « déçu » (par Dumbledore) Renversement l26 : la perplexité augmente avec la réponse donnée, mais cette fois, Harry n'y réagit plus de manière agressive et bornée, il s'efforce maladroitement de suivre le raisonnement du professeur « balbutia » « décontenancé » Renversement à la fin « il comprenait enfin ce que Dumbledore avait essayé de lui expliquer » Et pour insister sur cette évolution, passage en point de vue interne avec un discours indirect libre . On suit le héros dans son initiation, on partage sa délibération et avec lui on aboutit à la décision d'une action : accomplir sa vocation, tuer Lord Voldemort, le tyran, non pour prendre le pouvoir, mais pour détruire la tyrannie.
II UNE RÉFLEXION MÉTAPHYSIQUE
On voit dans ce roman une conception manichéenne du monde : lutte à mort entre le Bien et le Mal. Champ lexical du Mal « âme mutilée » « âme dénaturée » « le Seigneur des Ténèbres » (=le Diable) « assassiner » « obliger (une) mère à mourir pour (son fils) » « les forces du Mal » (avec majuscule) « les terribles méfaits commis par Voldemort » vs « coeur pur » image du reflet dans un « miroir magique qui reflète les désirs les plus profonds » « âme entière et sans tâche ». On peut remarquer que le champ lexical du Mal est bien plus développé que celui du Bien. Pour décrire ce qu'est le Bien, Dumbledore utilise la négation. Il ne définis pas ce qu'est le Bien, il dit juste que c'est une capacité à résister aux « séductions » aux « tentations » du Mal, y compris quand cela cause de la souffrance : « devenir l'un des partisans de Voldemort » (bref, faire une alliance, un compromis avec le tyran), « désirer l'immortalité ou la richesse ». On est dans le schéma du manichéïsme où le Mal tente de corrompre l'âme humaine naturellement bonne et innocente, et où être vertueux, c'est résister à la tentation, à la séduction du Mal. Cette résistance est une lutte à mort, le Mal doit être éradiqué : Image finale de l'arène pour décrire ce combat => combat de gladiateurs. une telle conception du monde peut nous faire réfléchir.
Destin et Liberté humaines.
L'attitude d'Harry, au départ, est fataliste « je dois essayer de le tuer » : il le voit comme une nécessité et non comme un devoir moral devant lequel il doit faire un libre choix. Au début, au lieu de se poser la question de savoir s'il veut librement tuer Voldemort, il se pose seulement la question de savoir si c'est « possible » (italique souligne), et comment. Il se perçoit comme prisonnier d'un destin qui ne lui laisse qu'une faible marge de manoeuvre. Il pense que sa liberté ne peut s'exercer que sur le choix des moyens pour accomplir ce destin. Il étudie ses atouts : « habileté et pouvoir hors du commun » avec deux types de contenu pour cette expression assez vague d'un côté la « capacité d'aimer »(faculté humaine, du coeur, de l'âme) « lire dans les pensées (de son ennemi), connaître ses ambitions, comprendre le langage des serpents dans lesquels il donne ses ordres » (capacités intellectuelles et pouvoirs magiques).
ce fatalisme est mis en évidence par la confiance aveugle qu'il donne à la prophétie
Ce n'est qu'à la fin du texte (l 104) qu'il comprend que sa liberté concerne plus que cela : accepter ou non le destin lui-même, le combat. Certes cette liberté consiste en un « choix limité », mais limité ou pas, le choix donne à l'être humain sa dignité (image « entrer dans l'arène la tête haute »
pour le lecteur, la question du destin reste entière
III UNE RÉFLEXION LITTÉRAIRE
Dans quel genre classer ce texte ? Quelle est sa visée ?
Visée argumentative ; texte = discours délibératif
connecteurs logiques surabondants avec prépondérance de connecteurs d'opposition
progression d'un « donc » de Harry (première conclusion, partiellement juste) au « donc » de Dumbledore terminé par Harry (conclusion finale aboutissant à la vérité totale)
en convaincant et persuadant Harry, Dumbledore qui a l'autorité et la logique du sage, convainc et persuade aussi le lecteur d'une thèse paradoxale : on doit combattre librement le Mal
Visée narrative : Le but est de raconter l'histoire d'un héros auquel on s'identifie.
Nombreuses analepses et prolepses dans ce passage.
Développement d'une analyse psychologique : petite enfance heureuse brutalement interrompue par un traumatisme, découverte de ressources morales, intellectuelles et physiques insoupçonnées, choix d'assumer une vocation. Mise en valeur du rôle structurant de cette enfance par le parallélisme qui existe entre l'histoire de Voldemort et celle de Harry Potter.
projection dans un monde imaginaire : celui de la magie (invention de noms « horcruxe » « Mangemort » ; pouvoirs occultes comprendre et parler « le langage des serpents » miroir magique
But = créer suspense, rebondissements autour de l'évolution d'un héros: on attend la victoire ou la défaite du héros.
Visée romanesque combinant l'épique et le didactique
l'oeuvre est une sorte de roman de formation. On voit le héros grandir, évoluer dans un monde parallèle, celui de la magie. Ce monde fait penser à celui des premiers romans où intervient le merveilleux, féérique et diabolique. Ex : Le Conte du Graal, La Quête du Graal. Ici on a une scène dans laquelle il décide d'embrasser une vocation, on participe au processus par le biais de l'identification. JK Rowling (comme Tolkien) renoue avec un genre très ancien.
Le merveilleux laisse place au mythe et permet de véhiculer par le biais d'images des discours métaphysiques, comme dans la littérature épique. JK Rowling, comme Tolkien renoue avec le genre de l'épopée (ch Homère, ou l'épopée de Gilgamesh, bien avant encore)