L'ÉCRITURE BIOGRAPHIQUE

W OU LE SOUVENIR D'ENFANCE, GEORGES PEREC, 1975.


Merci à Guillaume Zagini et Kevin Boyer pour cette belle frise présentant le contexte de l'oeuvre ; cliquez sur les liens internet pour en découvrir toute la richesse !


  1. INTRODUCTION

  2. ANALYSE D'UN CORPUS DE TEXTES COMPLÉMENTAIRES

  3. LECTURE ANALYTIQUE N°1 CHP II

  4. CORRECTION DE L'EXPOSÉ 1 : L'OUVERTURE

  5. LECTURE ANALYTIQUE N°2 : CHP XIII

  6. CORRECTION DE L'EXPOSÉ 2 : LA DÉCHIRURE

  7. LECTURE ANALYTIQUE N°3 / CORRECTION DE L'EXPOSÉ 3 : CHP XXI / AUTOPORTRAITS



1) INTRODUCTION DE LA SÉQUENCE 4 : L'ÉCRITURE BIOGRAPHIQUE

W OU LE SOUVENIR D'ENFANCE, GEORGES PEREC, 1975.


I PRÉSENTATION DE L'OBJET D'ÉTUDE IMPOSÉ POUR LE BACCALAURÉAT : L'ÉCRITURE BIOGRAPHIQUE

  1. Les pages consacrées cet objet d'étude dans le manuel NPF pp.117-119 : à apprendre par coeur. Synthèse perso à faire .

  1. Bien insister sur les rapports entre cet objet d'étude et l'analyse du récit en seconde : revoir les objets étudiés, retrouver les définitions précises


II PRÉSENTATION DES PROBLÉMATIQUES DE NOTRE ÉTUDE À L'AIDE DE TEXTES COMPLÉMENTAIRES

  1. Problématique générique imposée par le programme présente dans l'oeuvre : montrer la présence et la complémentarité de deux formes de récit dans W ou le Souvenir d'Enfance : le biographique et l'autobiographique ; montrer et expliquer également l'enjeu de ce témoignage sur la shoah, qui prend la forme de l'autofiction d'un orphelin juif.

  2. Problématique liée au devoir d'éducation historique que nous avons vis-à-vis du nazisme, des camps et de ce qu'ils ont poussé à l'extrême : le totalitarisme, le « dogme informulé » que « l'étranger c'est l'ennemi » (préface de Si c'est un homme)

    Lecture d'un extrait d'un entretien de Primo Levi donné en sujet d'histoire au bac de 2003. NB Correction très intéressante

  3. Problématique à la fois littéraire et philosophique sur l'humanisme, car les textes que nous allons étudier sont des textes humanistes, bien que différents de ceux de Montaigne et La Boétie. L'humanisme est d'une part un mouvement littéraire et culturel européen de la Renaissance (XV-XVI) et d'autre part une manière de penser et de se comporter, exigeant que soit reconnue l'identité profonde de tous les hommes malgré leur altérité. Ce n'est pas parce qu'untel a une peau, une religion, une culture, un statut social différents des miens que je peux affirmer qu'il n'est pas humain. Et reconnaître cette humanité entraîne la reconnaissance de droits fondamentaux, tels que la vie, la pensée, la liberté... Ainsi, l'humanisme comme philosophie, comme culture, comme sagesse est possible à toute époque. Le monde décrit dans les textes que nous allons étudier est celui du XX es et par de nombreux aspects, notre monde aussi. Nous découvrons que ce monde est déshumanisant, et inhumain, grâce à des mécanismes tels que la propagande, la terreur, et même le génocide, délibérément mis en place. Mais aujourd'hui, nous avons une image très édulcorée, très lointaine des victimes de cette déshumanisation. Nous avons l'impression de vivre dans un monde civilisé où les droits de l'homme sont reconnus grâce aux combats des humanistes puis des philosophes des Lumières et des nombreux auteurs engagés du XIX et du XX es.

Nous verrons au cours de la séquence que la mise en récit du vécu individuel et collectif est la manière pour l'humanité de s'affirmer, individuellement et collectivement, et que l'élaboration de ce récit met en jeu le témoignage brut, l'enquête scientifique mais aussi la création littéraire. Même si c'est étonnant c'est peut-être tout simplement de l'activité de mémoire que dépend la sauvegarde de l'humanité. Nous travaillerons donc beaucoup sur les mécanismes de la mémoire. On peut les voir à l'oeuvre dans un film de Hitchcock adapté d'un roman, paru en 1945 : Spellbound (la Maison du dr Edwards).


  1. SUJETS DE RÉFLEXION POUR S'ENTRAÎNER

III PRÉSENTATION DE L'OEUVRE INTÉGRALE N°3 : W OU LE SOUVENIR D'ENFANCE, GEORGES PEREC, 1975.

Voir correction de la fiche de lecture (À FAIRE)


  1. ANALYSE D'UN CORPUS DE TEXTES COMPLÉMENTAIRES

DEUX EXTRAITS DE SI C'EST UN HOMME, PRIMO LEVI, 1947.


PRÉFACE

J’ai eu la chance de n’être déporté à Auschwitz qu’en 1944, alors que le gouvernement allemand, en raison de la pénurie croissante de main d’oeuvre, avait déjà décidé d’allonger la moyenne de vie des prisonniers à éliminer, améliorant sensiblement leurs conditions de vie et suspendant provisoirement les exécutions arbitraires individuelles.

Aussi, en fait de détails atroces, mon livre n’ajoutera-t-il rien à ce que les lecteurs du monde entier savent déjà sur l’inquiétante question des camps d’extermination. Je ne l’ai pas écrit dans le but d’avancer de nouveaux chefs d’accusation, mais plutôt pour fournir des documents à une étude dépassionnée de certains aspects de l’âme humaine. Beaucoup d’entre nous, individus ou peuples, sont à la merci de cette idée, consciente ou inconsciente, que «l’étranger», c’est «l’ennemi». Le plus souvent, cette conviction sommeille dans les esprits, comme une infection latente; elle ne se manifeste que par des actes isolés, sans lien entre eux, elle ne fonde pas un système.

Mais lorsque cela se produit, lorsque le dogme informulé est promu au rang de prémisse majeure d’un syllogisme, alors, au bout de la chaîne logique, il y a le Lager; c’est-à-dire le produit d’une conception du monde poussée à ses plus extrêmes conséquences avec une cohérence rigoureuse; tant que la conception a cours, les conséquences nous menacent. Puisse l’histoire des camps d’extermination retentir pour tous comme un sinistre signal d’alarme.

Je suis conscient des défauts de structure de ce livre, et j’en demande pardon au lecteur. En fait, celui-ci était déjà écrit, sinon en acte, du moins en intention et en pensée dès l’époque du Lager. Le besoin de raconter aux «autres», de faire participer les «autres», avait acquis chez nous, avant comme après notre libération, la violence d’une impulsion immédiate, aussi impérieuse que les autres besoins élémentaires; c’est pour répondre à un tel besoin que j’ai écrit mon livre; c’est avant tout en vue d’une libération intérieure. De là son caractère fragmentaire: les chapitres en ont été rédigés non pas selon un déroulement logique, mais par ordre d’urgence. Le travail de liaison, de fusion, selon un plan déterminé, n’est intervenu qu’après.

Il me semble inutile d’ajouter qu’aucun des faits n’y est inventé.

Primo Levi

Turin, janvier 1947

POÈME PLACÉ EN EXERGUE


Vous qui vivez en toute quiétude

Bien au chaud dans vos maisons,

Vous qui trouvez le soir en rentrant

La table mise et des visages amis,

Considérez si c'est un homme

Que celui qui peine dans la boue,

Qui ne connaît pas de repos,

Qui se bat pour un quignon de pain,

Qui meurt pour un oui ou pour un non.

Considérez si c'est une femme

Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux

Et jusqu'à la force de se souvenir,

Les yeux vides et le sein froid

Comme une grenouille en hiver.

N'oubliez pas que cela fut,

Non, ne l'oubliez pas :

Gravez ces mots dans votre cœur.

Pensez-y chez vous, dans la rue,

En vous couchant, en vous levant ;

Répétez-les à vos enfants.

Ou que votre maison s'écroule,

Que la maladie vous accable,

Que vos enfants se détournent de vous.


Avant-propos

  Il y a deux ans, durant les premiers jours qui ont suivi notre retour, nous avons été, tous je pense, en proie à un véritable délire. Nous voulions parler, être entendus enfin. On nous dit que notre apparence physique était assez éloquente à elle seule. Mais nous revenions juste, nous ramenions avec nous notre mémoire, notre expérience toute vivante et nous éprouvions un désir frénétique de la dire telle quelle. Et dès les premiers jours cependant, il nous paraissait impossible de combler la distance que nous découvrions entre le langage dont nous disposions et cette expérience que, pour la plupart, nous étions encore en train de poursuivre dans notre corps. Comment nous résigner à ne pas tenter d'expliquer comment nous en étions venus là ? Nous y étions encore. Et cependant c'était impossible. À peine commencions-nous à raconter, que nous suffoquions. À nous-mêmes, ce que nous avions à dire commençait alors à nous paraître inimaginable.

  Cette disproportion entre l'expérience que nous avions vécue et le récit qu'il était possible d'en faire ne fit que se confirmer par la suite. Nous avions donc bien affaire à l'une de ces réalités qui font dire qu'elles dépassent l'imagination. Il était clair désormais que c'était seulement par le choix, c'est-à-dire encore par l'imagination que nous pouvions essayer d'en dire quelque chose.

  J'ai essayé de retracer ici la vie d'un kommando (Gandersheim) d'un camp de concentration allemand (Buchenwald).

  On sait aujourd'hui que, dans les camps de concentration d'Allemagne, tous les degrés possibles de l'oppression ont existé. Sans tenir compte des différents types d'organisation qui existaient entre certains camps, les différentes applications d'une même règle pouvaient augmenter ou réduire sans proportion les chances de survie.

  Les dimensions seules de notre kommando entraînaient le contact étroit et permanent entre les détenus et l'appareil directeur SS. Le rôle des intermédiaires était d'avance réduit au minimum. Il se trouve qu'à Gandersheim, l'appareil intermédiaire était entièrement constitué par des détenus allemands de droit commun. Nous étions donc cinq cents hommes environ, qui ne pouvions éviter d'être en contact avec les SS, et encadrés non par des politiques, mais par des assassins, des voleurs, des escrocs, des sadiques ou des trafiquants de marché noir. Ceux-ci, sous les ordres des SS, ont été nos maîtres directs et absolus.

  Il importe de marquer que la lutte pour le pouvoir entre les détenus politiques et les détenus de droit commun n'a jamais pris le sens d'une lutte entre deux factions qui auraient brigué le pouvoir. C'était la lutte entre des hommes dont le but était d'instaurer une légalité, dans la mesure où une légalité était encore possible dans une société conçue comme infernale, et des hommes dont le but était d'éviter à tout prix l'instauration de cette légalité, parce qu'ils pouvaient seulement fructifier dans une société sans lois. Sous eux ne pouvait régner que la loi SS toute nue. Pour vivre, et même bien vivre, ils ne pouvaient être amenés qu'à aggraver la loi SS. Ils ont joué en ce sens un rôle de provocateurs. Ils ont provoqué et maintenu parmi nous avec un acharnement et une logique remarquables l'état d'anarchie qui leur était nécessaire. Ils jouaient parfaitement le jeu. Non seulement ils s'affirmaient ainsi aux yeux des SS comme différents de nous par nature, ils apparaissaient aussi à leurs yeux comme des auxiliaires indispensables et méritaient effectivement de bien vivre. Affamer un homme pour avoir à le punir ensuite parce qu'il vole des épluchures et, de ce fait, mériter la récompense du SS et, par exemple, obtenir en récompense la soupe supplémentaire qui affamera davantage l'homme, tel était le schéma de leur tactique.

  Notre situation ne peut donc être assimilée à celle des détenus qui se trouvaient dans des camps ou dans des kommandos ayant pour responsables des politiques. Même lorsque ces responsables politiques, comme il est arrivé, s'étaient laissé corrompre, il était rare qu'ils n'aient pas gardé un certain sens de l'ancienne solidarité et une haine de l'ennemi commun qui les empêchaient d'aller aux extrémités auxquelles se livraient sans retenue les droit commun.

  À Gandersheim, nos responsables étaient nos ennemis.

  L'appareil administratif étant donc l'instrument, encore aiguisé, de l'oppression SS, la lutte collective était vouée à l'échec. L'échec, c'était le lent assassinat par les SS et les kapos réunis. Toutes les tentatives que certains d'entre nous entreprirent furent vaines.

  En face de cette coalition toute-puissante, notre objectif devenait le plus humble. C'était seulement de survivre. Notre combat, les meilleurs d'entre nous n'ont pu le mener que de façon individuelle. La solidarité même était devenue affaire individuelle.

  Je rapporte ici ce que j'ai vécu. L'horreur n'y est pas gigantesque. Il n'y avait à Gandersheim ni chambre à gaz, ni crématoire. L'horreur y est obscurité, manque absolu de repère, solitude, oppression incessante, anéantissement lent. Le ressort de notre lutte n 'aura été que la revendication forcenée, et presque toujours elle-même solitaire, de rester, jusqu 'au bout, des hommes.

  Les héros que nous connaissons, de l'histoire ou des littératures, qu'ils aient crié l'amour, la solitude, l'angoisse de l'être ou du non-être, la vengeance, qu'ils se soient dressés contre l'injustice, l'humiliation, nous ne croyons pas qu'ils aient jamais été amenés à exprimer comme seule et dernière revendication, un sentiment ultime d 'appartenance à l'espèce.

  Dire que l'on se sentait alors contesté comme homme, comme membre de l'espèce, peut apparaître comme un sentiment rétrospectif, une explication après coup. C'est cela cependant qui fut le plus immédiatement et constamment sensible et vécu, et c'est cela d'ailleurs, exactement cela, qui fut voulu par les autres. La mise en question de la qualité d'homme provoque une revendication presque biologique d'appartenance à l'espèce humaine. Elle sert ensuite à méditer sur les limites de cette espèce, sur sa distance à la nature et sa relation avec elle, sur une certaine solitude de l'espèce donc, et pour finir, surtout à concevoir une vue claire de son unité indivisible.

1947.

L'Espèce Humaine, Robert Antelme, 1947.





AUTRES TEXTES :

Extraits de La Mémoire et L'Oblique (essai critique), Philippe Lejeune, 1991.

« Post-Scriptum », La Disparition, georges Perec, 1969.


3) LECTURE ANALYTIQUE N°1

CHAPITRE II (1er chapitre de la partie autobiographie)


Intro Le projet qu'a eu G Perec d'écrire une autobiographie est assez déconcertant. On ne s'attend pas à des épanchements sur son enfance d'orphelin juif né en 1936, de la part d'un tel auteur. En effet, son premier succès, en 1965, est un court récit, Les Choses, qui décrit de manière froidement objective et discrètement satirique la société de consommation de l'époque. Deux ans plus tard, il devient l'un des membres les plus actifs de l'Oulipo (Ouvroir de Littérature potentielle), dont l'objectif est l'expérimentation, et dont le fonctionnement repose sur l'application de règles d'écriture rigoureuses, telles que le lipogramme. Ainsi, Perec a écrit tout un roman sans utiliser une seule fois la lettre e : La Disparition, publié en 1969. Qd on lit l'ouverture de W W ou le souvenir d'Enfance, publié en 1975, on s'attend à y trouver un pacte autobiographique déroutant, on se demande quelles contraintes d'écriture originales il a pu trouver. On n'est pas déçu en s'apercevant qu'il conçoit son autobiographie comme une herméneutique : la première phrase du texte est reprise entre guillemets, analysée durant deux paragraphes, pour Perec écrire cette autobiographie c'est déchiffrer « une histoire de son enfance » nommée W comme l'île consacrée au sport qui est décrite dans cette histoire, qui s'écrit, s'oublie et se réinvente depuis une vingtaine d'années. Pour comprendre toute l'originalité de l' « entreprise autobiographique » de Perec il faut observer comment il nous la décrit dans le deuxième chapitre de W ou le souvenir d'Enfance {Comment Perec nous décrit-il son « entreprise autobiographique » ?}

I IL LA DÉCRIT EN LA COMPARANT AU ROMAN AUTOBIOGRAPHIQUE QU'IL AVAIT FAIT PARAÎTRE EN FEUILLETON 4 ANS PLUS TÔT

  1. Perec, comme JJ Rousseau dans Les Confessions, et comme le narrateur de l'histoire fictive de W décrit l'écriture de son autobiographie comme une « entreprise »

  1. mais il la décrit de manière radicalement différente

II IL LA DÉCRIT COMME UNE HERMÉNEUTIQUE MOBILISANT TOUS LES « TEXTES » À DISPOSITION

  1. Mobilisation du texte historique :

  1. Mobilisation du dessin Par 4 (tiré d'une psychanalyse avec Dolto ; perdu ensuite, on ne pourra jamais en faire la genèse (un acte manqué ?)

  2. Mobilisation du texte psychanalytique (Perec s'approprie les outils des psychanalystes pour accomplir une oeuvre autonome)

  3. Mobilisation des lettres :

  1. Mobilisation des métaphores :

III IL LA DÉCRIT COMME UN ESPOIR D'ACCÉDER À UNE HISTOIRE INDICIBLE comparer absolument à la fin du chapitre VIII

  1. Ce qui empêche de dire l'histoire, ce qui crée l'Indicible : le refoulement :

  1. En quoi c'est un espoir

Conclu La lecture de W est bien plus palpitante que celle des Confessions de Rousseau, malgré le style froid et objectif choisi par Perec, à de rares exceptions près. Mais c'est une lecture difficile et qui pour être menée à bien nécessite une véritable gymnastique : Perec nous convertit à l'herméneutique. [ philosophie science qui s'intéresse au sens, à l'interprétation et à la compréhension]


4) L'OUVERTURE : CORRECTION DE L'EXPOSÉ 1


Qd on lit l'ouverture de W W ou le souvenir d'Enfance on est frappé de découvrir deux chapitres d'une typographie différente (I : italique, II romain) écrits à la première personne par deux narrateurs qui malgré leurs différences (le premier, fictif, reste dans l'anonymat, le second, Perec en personne, donne des preuves certaines de la réalité de son identité) ont des points communs, en particulier la situation d'orphelins pris dans un cheminement périlleux. Cette dualité de l'ouverture correspond à celle annoncée dès le titre : d'un côté l'exploration romanesque d'une île nommée W, de l'autre, l'exploration intime des souvenirs d'enfance, cristallisés autour de celui de l'invention de cette histoire d'exploration de W par Perec adolescent, à l'époque de sa première psychanalyse.

Que signifie la dualité de W ou le souvenir d'Enfance à laquelle le lecteur est confronté dès l'ouverture du récit ?


I DOUBLE « ENTREPRISE » AUTOBIOGRAPHIQUE

Cela signifie qu'il y a une double entreprise autobiographique, la deuxième venant interpréter la seconde.

  1. Importance du mot dans le texte et rapport au texte fondateur de l'autobiographie, Les Confessions, JJ Rousseau.

  1. La place et la nature du pacte autobiographique ne sont pas les mêmes dans les deux textes.

  1. Cette dualité est le signe de la rigueur de l'entreprise autobiographique.

II DIFFICULTÉ DE L'ÉCRITURE AUTOBIOGRAPHIQUE

Cette dualité est la preuve de la difficulté de l'écriture autobiographique, en général et en particulier pour Perec.

  1. Lutte contre le refoulement : solution, l'attention, voire la culture des fantasmes (d'où la présence du premier chapitre et de l'histoire de W dans son ensemble)

  2. « Pièges de l'écriture » révélés dans le 2d chapitre.


III L'ESPOIR D'UNE HISTOIRE

Cette dualité nous donne subtilement accès à la souffrance d'un homme et au sens qu'il lui donne, elle signifie l'espoir, pour tout homme, d'avoir accès à son histoire, au(x) souvenir(s) d'enfance propre(s) chacun

  1. Des événements traumatisants racontés de manière détachée -> une expression surprenante de la souffrance et de l'attitude choisie à son égard.

  1. L'insistance sur l'absence, corrélée à la solitude

  1. Un cheminement qui met en forme l'absence sans la combler, et, ainsi, lui donne sens en donnant à voir (fût-ce implicitement) « un terme ». Métaphore du cheminement/exploration dans les deux chapitres. Perec ne nie pas la difficulté de l'entreprise, il l'affronte, la cerne avec une stratégie scientifique. Trouver une vérité, une partie de la vérité, c'est déjà beaucoup.


Conclu Analyse très éclairante en soi (bilan du plan). Du point de vue de l'écriture, on peut préférer n'étudier que le deuxième chapitre, plus beau, mais on n'en comprend le sens qu'en étudiant très techniquement les points communs et différences avec le I. La lecture de W est bien plus palpitante que celle des Confessions de Rousseau, malgré le style froid et objectif choisi par Perec, à de rares exceptions près. Mais c'est une lecture difficile et qui pour être menée à bien nécessite des comparaisons avec d'autres oeuvres notamment celles du 1er corpus complémentaire (citer).


5) LECTURE ANALYTIQUE N°2

CHAPITRE FIN DU CHP XIII (1er chp de l'autobiographie dans la 2eme partie)

(fin du chapitre) « Désormais les souvenirs existent »

« Ce qui caractérise cette époque, c'est son absence de repères. (...) dans mes livres de classe »


Les écrivains s'accordent sur les difficultés de l'autobiographie : (NPF). Perec, un des premiers membres de l'Oulipo, a mis particulièrement longtemps à écrire la sienne, il y a été incité et aidé par deux psychiatres. Françoise Dolto quand il avait treize ans, en 1949, l'a conduit à raconter par des dessins le « fantasme olympique » d'une île nommée W qui l'obsédait. Le souvenir de cette fiction relance vingt ans plus tard le désir de Perec de raconter ses « souvenirs d'enfance ». Mais il faudra encore six ans et une psychothérapie avec JB Pontalis pour affronter la signification que prend pour lui, devenu adulte, la réécriture de l'histoire de W, et la remontée progressive de ses souvenirs d'enfance. Le résultat de ce labeur intellectuel, psychologique, et artistique est une oeuvre où alternent une fausse autobiographie, celle de Gaspard Winckler, témoin de l'apogée et de la ruine de W, écrite en italique, et une vraie autobiographie, celle de Georges Perec. Cette oeuvre est structurée en deux parties séparées par des parenthèses contenant des points de suspension, signe d'une coupure dans le récit. Cette coupure correspond à la séparation d'avec sa mère, en 1942, à la gare de Lyon où celle-ci l'a fait partir avec la Croix Rouge en zone libre, à Villard de Lans, ce qui sauvera l'enfant de six ans. Mais il ne reverra jamais sa mère, raflée, puis déportée à Drancy puis Auschwitz. On étudiera un extrait du chapitre XIII, premier chapitre autobiographique de la deuxième partie. On pourrait interpréter la première phrase de ce chapitre « Désormais les souvenirs existent » comme un cri de victoire. En effet il contredit l'affirmation du premier chapitre autobiographique de la première partie « je n'ai pas de souvenirs d'enfance ». Pourtant ce chapitre décrit une enfance « sans repères », triste ; le registre pathétique affleure, il est seulement mis à distance par une écriture froide et souvent pleine d'ironie.

Comment Perec décrit-il ses souvenirs d'enfance dans ce chapitre ?


(À TAPER)



6) CORRECTION DE L'EXPOSÉ 2 : LA DÉCHIRURE pp.86-99

XI – XII « ils ont fait demi-tour (...) Nouvelle Olympie »

XII -XIII « W est aujourd'hui un pays où le sport est roi (...) dans mes livres de classe »


Les écrivains s'accordent sur les difficultés de l'autobiographie : (NPF). Perec, un des premiers membres de l'Oulipo, a mis particulièrement longtemps à écrire la sienne, il y a été incité et aidé par deux psychiatres. Françoise Dolto quand il avait treize ans, en 1949, l'a conduit à raconter par des dessins le « fantasme olympique » d'une île nommée W qui l'obsédait. Le souvenir de cette fiction relance vingt ans plus tard le désir de Perec de raconter ses « souvenirs d'enfance ». Mais il faudra encore six ans et une psychothérapie avec JB Pontalis pour affronter la signification que prend pour lui, devenu adulte, la réécriture de l'histoire de W, et la remontée progressive de ses souvenirs d'enfance. Le résultat de ce labeur intellectuel, psychologique, et artistique est une oeuvre où alternent une fausse autobiographie, celle de Gaspard Winckler, témoin de l'apogée et de la ruine de W, écrite en italique, et une vraie autobiographie, celle de Georges Perec. Cette oeuvre est structurée en deux parties séparées par des parenthèses contenant des points de suspension. Elles figurent entre les chapitres XI et XII, signe d'une coupure dans le récit. Cette coupure correspond à deux choses. Pour l'histoire de W elle correspond à la disparition du vrai Gaspard Winckler, l'enfant, et au début de la description de W. Pour le récit du souvenir que Perec a de son enfance, elle correspond à la séparation d'avec sa mère, en 1942, à la gare de Lyon où celle-ci l'a fait partir avec la Croix Rouge en zone libre, à Villard de Lans, ce qui sauvera ce petit français d'origine juive immigrée. Mais l'enfant de six ans ne reverra jamais sa mère, raflée, puis déportée à Drancy puis Auschwitz. On comparera deux extraits XI – XII « ils ont fait demi-tour (...) Nouvelle Olympie » XII -XIII « W est aujourd'hui un pays où le sport est roi (...) dans mes livres de classe. » Comment est écrite cette coupure, mise en valeur par la structure ?

Nous verrons que le double récit opère sur la déchirure vécue une suture, sans nier la déchirure pour autant.

Comment est écrite la coupure, mise en valeur par la structure de l'oeuvre ?


I La coupure est inscrite dans la composition des chapitres XI à XIII

  1. (...) ; points de suspension //

  1. différence entre 1ère partie (chp I-XI) et 2eme partie (XII-XXXVII)

  1. Sans aucun appesantissement la déchirure vécue est donc décrite et on devine les sentiments de GP enfant, adolescent et adulte poursuivi par ses fantasmes :

II Ecrire cette déchirure est une voie pour la dépasser : l'écriture « met un terme » à « l'absence de repères »

  1. L'écriture transforme « l'indicible » et donne à la conscience de quoi affronter ce qui la traumatise : le souvenir

  1. Un fantasme inspiré par la littérature scolaire enfantine vient compenser le manque

  1. L'écriture permet au sujet de se définir



7) LECTURE ANALYTIQUE N°3 / CORRECTION DE L'EXPOSÉ 3

FIN CH 21 PP145-146 AUTOPORTRAITS

INTRO

I STRUCTURE COMPLEXE REPOSANT SUR LE MOTIF DE LA CICATRICE

ASSOCIATION DU RÉCIT D'UN ÉVÉNEMENT VÉCU ET D'UNE DESCRIPTION DE PERSONNAGES FICTIFS

  1. 4 phrases (13 lignes) pour le récit autobiographique

  1. 1seule phrase de 30 lignes avec 3 fois « cette cicatrice »

  1. 1seule phrase d'une douzaine de lignes avec 3 fois le mot « cicatrice »

  1. Bilan : motif de la cicatrice organise tout ce texte qui progresse vers un autoportrait indirect

II RÔLE = RÉALISER UN AUTOPORTRAIT PAR LE BIAIS DE PORTRAITS MULTIPLES AUSSI IMPARFAITS LES UNS QUE LES AUTRES

  1. En quoi l'autoportrait en victime de l'autre « ivre de fureur » est fait mais imparfait

  2. En quoi l'autoportrait en « faussaire de génie » incapable de réaliser son oeuvre est fait mais imparfait

  3. En quoi l'autoportrait en héros « de la Renaissance » « incroyablement énergique » est fait mais imparfait

III PEREC NOUS DONNE EN FAIT EN AUTOPORTRAIT L'IMAGE D'UNE IDENTITÉ BLESSÉE ET POURTANT CONQUÉRANTE GRÂCE À SA VOLONTÉ D'AUTOÉLUCIDATION

  1. Point commun à tous : la cicatrice, la blessure

  1. L'écriture comme scalpel et points de suture


CONCLU

on accède à l'identité propre en accédant à l'universel, aussi paradoxal que cela puisse paraître, et c'est justement cela que permet l'art et l'écriture biographique en particulier. cf. Montaigne « Chaque homme porte en soi la forme entière de l'humaine condition » // « je suis moi-même la matière de mon livre » ; vrai aussi en poésie cf. Hugo, préface des Contemplations. Dans la préface de son recueil de poèmes, LES CONTEMPLATIONS, Victor Hugo répond à ceux qui se plaignent "des écrivains qui disent moi":"Ah! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas? Ah!insensé qui crois que je ne suis pas toi!" Quand je lis de la poésie, est-ce que j'attends qu'un poète parle de lui, de moi ou est-ce que j'espère d'autres sujets ? Cf. Primo Levi, « Le Chant d'Ulysse » : le poète parle de tout cela à la fois comme s'il avait eu une vision éternelle de ce qu'est le destin de l'humanité, le sens de sa présence sur terre (et pourtant PL n'aimait pas la littérature avant de se rendre compte au Lager, où elle était interdite, qu'elle était vitale)