Séquence 2 : Que faire avec des larmes ?

Oeuvre intégrale n°2 (anthologie)

90 poèmes classiques et contemporains, coll Classiques et contemporains, ed Magnard, ISBN 2 210 75486 0. Présentation, notes, choix et après-textes, Nathalie Lebailly et Matthieu Gamard.




PROBLÉMATIQUES DE LA SÉQUENCE :


  1. Quand on souffre, est-ce que la poésie peut être une aide ? Autrement dit, la poésie (et la littérature en général) peuvent-ils avoir une vertu cathartique ?

  2. Qu'est-ce qu'un poème ? Quelles différences y a-t-il entre un texte poétique et un qui ne l'est pas ? Il faut se poser cette question en gardant en mémoire qu'il existe des poèmes en prose et que donc la versification n'est pas (de loin) le seul critère décisif pour définir le genre poétique.

  3. Parmi les poèmes, quelles formes fixes et libres existent, comment les reconnaît-on, pourquoi un poète en choisit-il une plutôt qu'une autre ?

  4. Qu'est-ce qu'un poète ? Est-il un être divin comme Orphée, capable de réaliser des miracles avec sa lyre, son chant ? Est-il un être « maudit », anormal, et marginal dans la société ? Quelles peuvent et doivent être ses fonctions : la pure et simple expression personnelle de sentiments intimes ou l'engagement ?

  5. A quels signes peut-on reconnaître l'évolution de la figure du poète du XVIe siècle au XX e Siècle ? On a vu la figure du poète de cour, faisant les louanges de son puissant protecteur, au contraire, le poète qui s'engage à ses risques et périls dans la lutte contre le pouvoir, le poète lyrique qui exprime ses sentiments sans parler des problèmes du monde dans lequel il vit, et au contraire le poète qui se présente comme le porte-parole éclairé du peuple.

  6. Que sont les courants littéraires suivants : le pétrarquisme (et en France, l'école de Lyon, la Pléïade), le classicisme, le romantisme et le surréalisme. NB nous n'avons pas abordé le baroque, l'art pour l'art ni le symbolisme; mais il faut pouvoir les situer.

Cours d'introduction


I La poésie lyrique : origine du mot et caractéristiques de ce registre

II La poésie engagée

III La poésie cathartique


Conclusion : on peut donner une réponse à la problématique principale de cette séquence. Paradoxalement, avec des larmes, avec de la souffrance, avec de la haine et de la révolte, on peut créer de la beauté et donner du plaisir, du bonheur, et par ce biais-là, trouver d'une certaine manière la paix.


Devoir Maison n°2

CORPUS :

  1. Consolation à M du Périer pour la mort de sa fille, strophes 1-7, François de Malherbe, 1599 (p.44).

  2. « Et la mer et l'amour », Recueil des vers de M de Marbeuf, Pierre de Marbeuf, 1628 p.46

  3. « La Colombe et le Jet d'eau », Calligrammes, Apollinaire, 1918 p.107.

  4. « La Rose et le Réséda », Le Mot d'ordre, 1942, repris dans La Diane Française, 1945, Louis Aragon, p.120.


ÉTUDE DU CORPUS /6

    Comparez le genre et la fonction des textes du corpus.

TRAVAIL D'ÉCRITURE (NB sujet d'invention non proposé) /14

COMMENTAIRE : Vous ferez le commentaire du poème de Marbeuf (indications de plan à retrouver)


DISSERTATION

Le poète romantique Alfred de Musset a dit de la poésie « qu'elle est la seule langue que personne ne parle, mais que tout le monde comprend »

Vous commenterez et discuterez cette affirmation en vous demandant notamment si elle peut s'appliquer de la même façon aux diverses générations de poètes.



CORRECTION DE LA DISSERTATION


Le poète romantique Alfred de Musset a dit de la poésie « qu'elle est la seule langue que personne ne parle, mais que tout le monde comprend »

Vous commenterez et discuterez cette affirmation en vous demandant notamment si elle peut s'appliquer de la même façon aux diverses générations de poètes.


I La poésie est une langue que tout le monde a la capacité de comprendre mais qu'on ne peut pas utiliser au quotidien (Musset a raison)


  1. Les poèmes parlent de sentiments et d'expériences universels, comme l'enfance, l'amour, la souffrance due à la perte d'un être cher, la révolte... donc la poésie est une langue que tout le monde a la capacité de comprendre.

  2. Surprenante, plus mémorisable, les procédés rhétoriques propres à la poésie (paronomases, images, rythmique etc.) sont couramment utilisés dans le marketing et la politique. Donc cela confirme que la fonction poétique du langage est accessible à tous, on s'en sert pour faire mémoriser à la masse des messages. Mais utiliser cette fonction du langage demande des dons, un travail, des efforts, pour le publicitaire comme pour le directeur de campagne ou le poète. Donc cela montre que tout le monde ne parle pas la langue poétique.

  3. Un poème est composé, écrit, chanté, déclamé, en prenant son temps ; on l'écoute attentivement ; ce n'est pas ainsi que l'on communique au quotidien. Habituellement la communication est urgente et cherche l'efficacité. On n'accorde au message que l'attention minimum nécessaire. Donc la poésie est une langue qu'on ne peut pas utiliser au quotidien.

  4. Le poète rénove les clichés, et met à la mode de nouvelles façons de s'exprimer, qui se répandent ensuite, deviennent courantes et finissent par être elles-mêmes des clichés. Au final tout le monde les utilise sans penser à leur origine poétique. Donc au bout d'un certain temps, tout le monde comprend les images poétiques mises en circulation, mais quand elles sont utilisées au quotidien par tout le monde, elles ne réclament plus aucun effort d'interprétation de la part de l'auditeur ou lecteur, elles sont devenues des clichés, et cela n'est plus de la poésie. Voilà pourquoi, par définition, on peut utiliser au quotidien des clichés, mais pas la poésie.


II La vraie poésie est une langue que tout le monde ne comprend pas toujours (Musset a partiellement tort)



  1. Ordinairement on se sert des mots et des signes les plus usuels, les plus communs pour exprimer ce que l'on ressent, ce que l'on pense. Pour faire de la publicité ou de la propagande, on ne peut pas prendre le risque de n'être pas compris. Il faut choquer UN PEU, pas trop. Le poète, lui, prend ce risque, car son but n'est pas de communiquer mais d'obéir à une nécessité intérieure. Le poète romantique, par opposition avec le poète classique, ne cherche pas d'abord à être compris, il cherche avant tout à être en accord avec lui-même. C'est pourquoi tout le monde ne comprend pas cette poésie ni ce type de poètes.

  2. Écrire un poème c'est mettre en oeuvre des techniques spécifiques (images, rythmes, sons, registres) qui sollicitent les 5 sens, les émotions, et la pensée. C'est beaucoup plus ambitieux que de simplement apprendre la rhétorique pour persuader même si d'autres après se servent des poèmes pour persuader. Pour apprendre cet art il faut avoir une vraie passion pour les mots, pour la pensée et pour l'introspection. À cause de cela les poètes sont souvent incompris, et paraissent bizarres aux autres qui ont des centres d'intérêt différents. Ils vivent généralement à l'écart du reste du monde, entre eux. C'est le cas notamment des poètes romantiques dont Musset fait partie.

  3. La poésie pure est un condensé d'écriture. Elle est faite d'implicite, de suggestions à déchiffrer. Donc elle est difficile à comprendre, et certaines personnes n'ont ni le courage, ni le temps, ni l'envie de fournir l'effort nécessaire. C'est pourquoi beaucoup de monde n'a pas, à la fin de sa vie, compris ce qu'est la poésie.


III La poésie est un rapport à la langue commune toujours original même s'il est redéfini par chaque nouvelle génération de poètes (on peut définir la poésie de manière moins sélective que Musset)


  1. Certains poèmes, ceux de Mallarmé ou des surréalistes, sont délibérément hermétiques, d'autres au contraire visent la clarté et veulent être facilement compréhensibles ; mais dans tous les cas, il doit y avoir un certain équilibre entre les deux : il faut que les expressions veuillent dire quelque chose, mais qu'elles le disent de manière originale. C'est pourquoi, elles sont toujours compréhensibles par tous, dans une certaine mesure.

  2. Quand on s'habitue au style d'un poète ou d'un courant littéraire on saisit de mieux en mieux et de plus en plus vite le sens des poèmes. Cela montre que la compréhension est accessible à tous mais qu'elle exige des conditions.

  3. La poésie est une création à renouveler sans cesse parce que le monde change sans cesse : on invente les expressions qui nous manquent quand on ne sait plus dire ce que l'on ressent, quand on ne sait plus décrire la beauté ou l'horreur de ce que l'on voit. Il suffit que quelqu'un d'autre se retrouve dans la même situation, pour qu'il partage cette façon de la dire, de la décrire. Donc rien n'empêche que quelqu'un ressente soudain l'envie d'écrire un poème, pour cela, de cultiver la langue poétique en lisant des poèmes. Ce n'est pas une fatalité que « personne ne parle cette langue » même si dans une époque donnée (la nôtre par exemple), de fait, elle ne soit pas « à la mode » contrairement aux romans de fantasy.