SÉQUENCE 3 LE THÉÂTRE

L'ILE DES ESCLAVES, MARIVAUX, 1725.

éd. de référence choisie : Petits classiques Larousse, coll Lycée.


INTRODUCTION


À VOIR !!!!

VIDEO AMATEUR D'UN EXTRAIT DE LA MISE EN SCÈNE PAR LE THÉÂTRE D'IRINA BROOK DIRIGEANT LA TROUPE DU THÉÂTRE DE L'ATELIER

I CONTEXTE / BIOGRAPHIE

II LA SPÉCIFICITÉ DU LANGAGE THÉÂTRAL

III DÉBATS SUR LE THÉÂTRE, NOTAMMENT AU XVIII ES


Interro de connaissances (testez-vous)

  1. Faites une frise chronologique (vous pouvez utiliser des couleurs). Vous y situerez 26 éléments appris en cours /10

Oeuvre, Auteur, date. Oeuvre, Auteur, date. Oeuvre, Auteur, date.













Événement dans la biographie de l'auteur Événement historique


  1. Exliquez ce qu'est une utopie et pourquoi ce mot est important pour comprendre l'enjeu de la pièce. (/1,5)

  2. Expliquez ce qu'est la commedia dell'arte et l'importance de celle-ci dans la pièce de théâtre que nous étudions. (/1,5)

  3. Comment est structurée la pièce ? (/4)

  4. Complétez la réplique de Trivelin à la scène 2 « vous êtes moins nos esclaves que nos...............

    et nous ne prenons que trois ans pour vous rendre sains c'est-à-dire............................, .................................. et ............................................ pour toute votre vie. (/1)

  5. Expliquez la réplique de Cléanthis, scène 6 « si vous voulez voir une coquette de son propre aveu, regardez ma suivante » (/1)

  6. Quel coup de théâtre provoque le dénouement ? (/1)


TDM N°3 1STG2

CORPUS DE TEXTES

TEXTE A : Bérénice, I,1, Jean Racine, 1670.

TEXTE B : L'Ile des esclaves, I,1, pp.22-25 de « Personnages (...) nous nous rembarquerons avec eux », Marivaux, 1725.

TEXTE C : Les Caprices de Marianne, I,1, Alfred de Musset, 1833. NPF pp.101-102.

TEXTE D : Les Caprices de Marianne, II,6, Alfred de Musset, 1833. Français 1ere pp.272-273.

TEXTE E : En attendant Godot, I, Samuel Beckett, 1952 NPF p.102.

DOCUMENT complémentaire : photographie de la mise en scène d'En attendant Godot par Luc Bondy, au théâtre de l'Odéon, NPF p.105.


ÉTUDE DU CORPUS

  1. Comparez la fonction de ces textes : quelle étape de l'action représentent-ils, quel(s) effets visent-ils à produire sur les spectateurs ?

  2. Comparez la place prise par les didascalies dans les textes du corpus.

  3. Dans quelle mesure ce corpus illustre-t-il l'évolution du genre dramaturgique du XVII es au XX es ?

TRAVAUX D'ÉCRITURE

COMMENTAIRE :

Vous commenterez le texte B en vous interrogeant sur l'originalité de cette scène d'exposition aux fonctions multiples.

DISSERTATION :

Brecht notait dans son Petit Organon pour le théâtre que « l'affaire du théâtre a toujours été de divertir les hommes ». Discutez cette affirmation à partir des textes du corpus et de ce que vous avez appris et lu dans vos études.

SUJET D'INVENTION :

Un metteur en scène contemporain explique et défend son projet de porter Les Caprices de Marianne sur les planches, dans une lettre à un collègue qui l'a dissuadé de réaliser cet ambitieux projet.


Acteurs

Titus, empereur de Rome.

Bérénice, reine de Palestine.

Antiochus, roi de Comagène.

Paulin, confident de Titus.

Arsace, confident d'Antiochus.

Phénice, confidente de Bérénice.

Rutile, Romain.

Suite de Titus.

La scène est à Rome, dans un cabinet qui est entre l'appartement de Titus et celui de Bérénice.

Acte premier Scène I Antiochus, Arsace

Antiochus

Arrêtons un moment. La pompe de ces lieux,

Je le vois bien, Arsace, est nouvelle à tes yeux.

Souvent ce cabinet superbe et solitaire

Des secrets de Titus est le dépositaire.

C'est ici quelquefois qu'il se cache à sa cour,

Lorsqu'il vient à la reine expliquer son amour.

De son appartement cette porte est prochaine,

Et cette autre conduit dans celui de la reine.

Va chez elle: dis-lui qu'importun à regret

J'ose lui demander un entretien secret.

Arsace

Vous, Seigneur, importun? vous, cet ami fidèle

Qu'un soin si généreux intéresse pour elle?

Vous, cet Antiochus son amant autrefois?

Vous, que l'Orient compte entre ses plus grands rois?

Quoi? déjà de Titus épouse en espérance,

Ce rang entre elle et vous met-il tant de distance?

Antiochus

Va, dis-je; et sans vouloir te charger d'autres soins,

Vois si je puis bientôt lui parler sans témoins.



Bérénice, Jean Racine, 1670.





CORRECTION DE L'INTERRO

  1. Voir photocopie de la frise de Saoucen Fayala et ajouts à la main : principes fondamentaux de chaque courant, courants, événements et oeuvres du XX es.

  2. L'utopie est un genre qui doit son nom à l'oeuvre de l'humaniste anglais Thomas More, Utopia, publié en 1516. Le mot utopie a pour radical topos le lieu et le préfixe négatif u : cela signifie le lieu qui n'est nulle part. Une utopie décrit un lieu imaginaire (souvent une île, sinon, du moins, un lieu isolé), parfait, idéal, où chacun obéit à des règles empêchant les problèmes de la société contemporaine de l'auteur. Cette description est souvent faite dans le cadre du récit des aventures d'un héros qui découvre ce lieu, comme dans les Aventures de Gulliver de Jonathan Swift au XVIII es. Le genre de l'utopie appartient au genre de l'apologue qui contient aussi la fable, le conte philosophique et la contre-utopie. Comme tout apologue l'utopie est un récit, une description, allégorique à visée didactique : le lecteur tire de sa lecture une leçon morale, politique, spirituelle etc.

    Il est important de comprendre que l'Ile des Esclaves est non seulement une pièce de théâtre divertissante mais aussi une utopie pour comprendre la visée philosophique de la pièce. On est dans un monde clos, une République d'anciens esclaves athéniens, qui ont instauré des règles strictes, lesquelles assurent l'égalité, la paix et le bonheur des citoyens. Trivelin les énonce au début de la pièce, puis il force deux tandems maître-esclave, l'un masculin, l'autre féminin, à les respecter. Après avoir compris la nécessité de ce respect mutuel tous repartent à Athènes, avec la leçon suivante « la différence des conditions n'est qu'une épreuve que les dieux font sur nous ». L'organisation de cette société idéale est une critique indirecte de la société monarchique du début du XVIII es, puisque celle-ci est une société totalement inégalitaire : le fait d'être noble, ou riche bourgeois, rend légaux des comportements inhumains vis-à-vis des gens de basse condition comme les domestiques, les paysans, ou les pauvres en général. La comédie de Marivaux est philosophique comme les contes de Voltaire, elle incite chacun à considérer autrui comme égal à lui, quel que soit le pouvoir que lui donne son statut.

  3. La commedia dell arte ou comédie à l'italienne est un type de théâtre populaire italien est apparu vers 1545 avec les premières troupes de comédie avec masque. Les représentations ont alors lieu sur des tréteaux, les acteurs (portant le masque de leur personnage) improvisant leur texte à partir d'un canevas (scénario réglé d'avance). Certains personnages y étaient obligatoires. Dans les zannis (valets du petit peuple) on retrouve Arlequin (personne joyeuse, bon vivant). Dans les vieillards (citadins, bourgeois ) on retrouve Pantalon (vieux barbon amoureux d'une jeune fille), le docteur. Dans les soldats (fanfarons et parfois peureux) on retrouve le Capitan, Matamore. Enfin, dans les amoureux (ingénus mais aussi ingénieux à tromper les vieillards) on retrouve Isabella, Colombine (qui font parfois partie des zannis) Les comédies se basaient sur des personnages bien reconnaissables et des caractères stéréotypés, avec une gestuelle emphatique, dialogues improvisés, interludes musicaux et bouffonneries. Les canevas, permettaient à la compagnie, très entraînée à l'improvisation, de mettre en scène des situations de l'actualité locale en quelques heures. C'est pourquoi ce type de théâtre subit souvent la censure. Au début du règne de Louis XIV (deuxième moitié du XVII es), la comédie italienne a du succès et est autorisée, elle inspire beaucoup Molière, mais à la fin du règne de Louis XIV, sous l'influence de la très dévote Mme de Maintenon, elle est interdite et les comédiens italiens doivent quitter la France. Ils ne reviendront qu'à la Régence, après la mort de Louis XIV en 1715.

    Ce type de théâtre est fortement présent dans la comédie de Marivaux où un des quatre personnages est Arlequin, qui a toutes les caractéristiques du zanni habituel. La bouffonnerie est présente dans la pièce, on le voit à travers les didascalies et les situations dans lesquelles se trouvent les personnages. En effet, les valets devenus maîtres les caricaturent. D'ailleurs Marivaux était très lié à la 1ère troupe italienne venue en France en 1715, cellede Luigi Riccoboni, et c'est l'actrice italienne la plus célèbre de Paris qui joua Cléanthis, la servante qui devient maîtresse et se fait courtiser par Arlequin. Plusieurs metteurs en scène comme Giogio Strehler, ont par conséquent choisi de représenter la pièce en utilisant les lazzi, voire le masque pour Arlequin, dans la tradition de la commedia dell'arte.

  4. La structure de la pièce est simple. Les 11 scènes peuvent être séparées en quatre ensembles : l'exposition (scènes 1 et 2), l'épreuve des portraits (scènes 3 à 5), l'épreuve des désirs (scènes 6 à 8) et le dénouement (scènes 9 à 11). On remarque à l'intérieur de chacun de ces quatre ensembles des symétries ou des parallélismes qui mettent en valeur le caractère des personnages et leur transformation progressive. Par exemple, dans l'épreuve des portraits celui d'Euphrosyne, la maîtresse devenue servante, est long et elle met longtemps à en admettre la vérité, alors que celui d'Iphicrate, maître devenu valet, est beaucoup plus court et qu'il en reconnaît vite la justesse.

  5. Vous êtes moins nos esclaves que nos malades, et nous ne prenons que trois ans pour vous rendre sains, c'est-à-dire humains, raisonnables et généreux pour toute votre vie »

  6. Cléanthis, très fière du portrait satirique qu'elle a fait de sa maîtresse, devenue son esclave par les règles de l'île, et dont celle-ci a fini par admettre la vérité, le dit à Arlequin. Son but est de continuer à faire souffrir son ancienne maîtresse en l'humiliant et de se mettre en valeur afin de séduire Arlequin.

  7. Le coup de théâtre qui provoque le dénouement est la décision d'Arlequin de renoncer au pouvoir que Trivelin lui a donné sur son ancien maître au bout de moins d'une journée (une heure de temps théâtral) alors que Trivelin avait annoncé une épreuve de trois ans. Ce retournement de situation se produit en réaction aux larmes versées par Euphrosyne qu'il a courtisée (sans doute avec des gestes déplacés, étant donné le type d'homme incarné par ce zanni) et à la demande qu'elle lui a faite « ne persécute pas une infortunée, parce que tu peux la persécuter impunément ». Arlequin est finalement le premier à comprendre la leçon donnée par Trivelin. Tous le feront à sa suite, touchés par la noblesse de son attitude.


SCÈNE 1

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LECTURE ANALYTIQUE DIRIGÉE DE LA SCÈNE 1


(après le texte) EXPLICATION INTÉRESSANTE DU PASSAGE

Correction du commentaire de la scène d'exposition donné au DM 3 L'Ile des esclaves, I,1, pp.22-25 de « Personnages (...) nous nous rembarquerons avec eux », Marivaux, 1725.

  1. exploitons la question pour en dégager une problématique et un plan

    Vous commenterez le texte B en vous interrogeant sur l'originalité de cette scène d'exposition aux fonctions multiples.

    cette scène d'exposition: THÈME : il faut connaître la définition « d'exposition » : NPF p.103 « l'exposition d'une pièce de théâtre (généralement la ou les première(s) scène(s) présente les principaux personnages et leurs relations ainsi que les faits qui ont préparé l'action ». Elle joue le même rôle qu'un incipit dans un récit. donc elle donne des indications sur la situation initiale : le temps, le lieu et les personnages ; en même temps, elle donne normalement le ton de la pièce : comique pour une comédie, tragique pour une tragédie. La scène d'exposition est faite pour intéresser le lecteur/spectateur à l'intrigue et pour le mettre dans l'ambiance de l'ensemble de la pièce ; dans une comédie, celle-ci s'ouvre généralement sur un conflit amoureux.

    l'originalité : on a le terme opérateur, celui qui contient le coeur du problème, l'angle d'attaque pour traiter le thème ciblé. Etre original c'est surprendre, être inattendu, provoquer des réactions inattendues. On est original par rapport à une tradition. Ici, par rapport à quelle tradition ? D'abord, évidemment, on pense aux comédies classiques du XVII es qui vient juste de se terminer et qui reste le modèle pour beaucoup de dramaturges du XVIII es (Voltaire par exemple. L'exemple type de la comédie classique est est la comédie de Molière, celle des Fourberies de Scapin ou de l'Ecole des Femmes par exemple. Du coup, il faut penser aux règles du théâtre classique : vraisemblance, bienséance et règle des 3 unités (temps/lieu/action). Est-ce que l'exposiion de l'Ile des Esclaves correspond à une scène d'exposition classique ? Deuxièmement il faut tenir compte du contexte précis de la comédie au début du XVIII es. Après la mort de Louis XIV, en 1715, sous la Régence de Philippe d'Orléans, un libertin notoire, les comédiens italiens (en particulier la troupe de Luigi Riccoboni) sont autorisés à revenir en France. Leur type de comédies (comedia dell'arte, comédies à canevas avec personnages stéréotypés comme Arlequin) est de plus en plus joué, de plus en plus apprécié. En outre, Marivaux fait partie des philosophes de Lumières ; même si ces écrivains sontplus célèbres pour leurs essais (les articles de l'Encyclopédie par exemple) ou leurs apologues (les contes philosophiques de Voltaire comme Candide par exemple), leur théâtre va avoir une dimension philosophique qui deviendra tradituionnelle.

    fonctions multiples. cette expression donne un argument (qui va se subdiviser en nombreux sous-arguments) pour comprendre en quoi la scène peut être, par certains côtés, traditionnelle et par d'autres côtés, originale. Par exemple, qu'une scène d'exposition de comédie soit dramatique (elle sert à créer du suspense) et comique (elle sert à faire rire) est traditionnel, mais qu'elle soit en même temps utopique (elle sert à créer un monde imaginaire en opposition avec le monde réel) et politique / sociale (elle sert à nous donner une leçon sur la bonne manière de vivre ensemble) est plus original.

  2. Problématique et plan détaillé : cette scène d'exposition est-elle originale ? Ou dans quelle mesure cette scène d'exposition est-elle traditionnelle ?

    I Les caractéristiques traditionnelles (ou typiques) d'une scène d'exposition : fonctions : présenter (lieux, action, personnages et tonalité)

      1. Présentation du lieu

        a) la didascalie initiale

        b) la description des lieux dans le dialogue des personnages

        c) réflexion sur les divers décors et mises en scène de cette exposition : Blin, Strehler, Brook et Bourdé

      2. présentation de l'action, de l'intrigue

        a) rapport de l'action avec des événements antérieurs : naufrage, tempête, vie à Athènes (fonction = analepse)

        b) annonce d'événements postérieurs : rencontre avec des autochtones, esclaves libérés, mais aussi avec d'autres survivants, remise en question prévisible des statuts maître-serviteur : menaces pour le maître, espoir pour le serviteur

      3. présentation des personnages

        a) leurs noms (comparer la liste des personnages avec le nom utilisé et avec les apostrophes)

        b) leurs statuts sociaux (comparer costumes, langage, en particulier différence vouvoiement/tutoiement, et objets symboliques tels que « la bouteille de vin » – NB commedia dell'arte - )

        c) leurs caractères, forrtement opposés, correspondant aux types du maître et du valet de la comédie

      4. présentation de la tonalité principale : le comique

        a) personnage comique du valet frondeur, ironique avec son maître (on peut comparer Arlequin à Scapin)

        b) contraste comique entre la désinvolture d'ARlequin et le désespoir du maître

    II Des caractéristiques originales (ou atypiques) dans cette scène d'exposition : fonctions : surprendre et faire réfléchir le spectateur (ou lecteur)

      1. Une manière surprenante de remplir la fonction dramatique (présenattion de l'intrigue et du schéma actantiel)

        a) choix d'une exposition in medias res, qui nous en apprend beaucoup, très vite et très simplement : cette rapidité est surprenante et annonce la rapidité de l'ensemble de la pièce (11 scènes seulement)

        b) insistance sur le caractère exotique et dangereux du cadre : hostilité de la nature et des autochtones, on se croirait dans une péripétie de roman d'aventure exotique (comparer à Robinson Crusoë très à la mode à cette époque)

        c) suggestion immédiate de l'inversion des rôles maître-valet, et du caractère polémique des échanges verbaux ainsi mis en place (agressivité inattendue lors de la première scène d'une comédie, souvent on arrive à ce genre de scènes de manière beaucoup plus progressive)

      2. Une manière surprenante de faire rire, de divertir le specatteur

        a) le recours à la commedia dell'arte (personnage d'Arlequin, costume et objets, son comportement, ses lazzi) : c'est assez nouveau en 1725 et d'ailleurs, il y a peu de temps encore on parlait très peu de ce théâtre quand on expliquait l'évolution du théâtre en France

        b) situation comique originale : le valet est en position de force dès la scène d'exposition

      3. Une fonction philosophique inattendue

        a) réflexion philosophique appelée par le décor : ensuite on s'interroge sur le choix d'Athènes comme lieu de l'abus du pouvoir par les maîtres (Athèhes n'est-ele pas le symbole de la démocratie ?), enfin il peut suggérert la traite des noirs, sujet épineux tout à fait d'actualité en 1725 et qui résonne avec les inégalités de la mondialisation aujourd'hui

        b) cette scène d'exposition nous plonge dans une utopie et a donc, outre ses fonctions dramatiques et comiques, la fonction didactique tout comme n'importe quel apologue : on s'atttend à recevoir une leçon, implicite ou explicite sur la problématique de l'esclavage, de la liberté, des droits de l'homme en général

        c) cette scène d'exposition nous plonge d'emblée au coeur de la philosophie des Lumières, encore toute jeune en 1725

  3. rédaction





SCÈNE 3


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COURS SOUS FORME DE COMMENTAIRE DIRIGÉ SUR LE SITE MAGISTER


LECTURE ANALYTIQUE FAITE EN CLASSE

Pierre Carlet de Chamblain, dit Marivaux, n'a pas encore trente ans quand meurt Louis XIV, en 1715. Romancier, journaliste, dramaturge et metteur en scène, il participe à la libération des moeurs permise par le Régent et poursuivie par Louis XV. A Paris, dans les années 1720, les libertins s'expriment dans des oeuvres audacieuses, les Modernes revendiquent le droit d'avoir des idées neuves, contredisant même à l'occasion l'héritage antique et classique. C'est dans ce bouillon de culture que se forme l'esprit des Lumières. On peut résumer quelques principes de cette philosophie : d'abord, chacun doit user de sa raison pour déterminer de sa conduite, l'appartenance à une classe sociale ou à une communauté religieuse ne doit donc ôter à personne son esprit critique. Pour arriver à cette liberté individuelle, les connaissances doivent être diffusées auprès du plus grand nombre et si besoin, par des oeuvres divertissantes et faciles, d'apparence futile. La comédie philosophique de Marivaux, L'Ile des Esclaves, créée en 1725 au théâtre des Italiens, récemment réouvert par le Régent, répond bien ce projet.

Cette pièce en un acte de onze scènes seulement, est une utopie où les maîtres et les serviteurs échoués sur une île sont obligés par les coutumes des autochtones d'échanger leurs costumes et leurs rôles. Cela est censé leur donner une bonne leçon.

Dans les scènes 1 et 2 est faite l'exposition : sous la vigilance du chef de l'île, Trivelin, le maître, Iphicrate échange avec son esclave Arlequin, et la servante Cléanthis échange avec sa maîtresse, Euphrosyne. À la scène 3, sur ordre de Trivelin, Euphrosyne doit écouter le portrait que fait d'elle sa servante devenue sa maîtresse.

On peut se poser la question suivante : dans quelle intention est fait ce portrait ?

3 parties : l'intention comique, l'intention satirique et l'intention philosophique.


I UNE INTENTION COMIQUE : REPRÉSENTER DEUX FEMMES RÉGLANT LEURS COMPTES

  1. une situation comique : l'échange de rôles, le règlement de comptes, l'arroseur arrosé

          > quand la servante commence elle dit « je suis dans mon fort »

          > comparer le nombre et la longueur des répliques

          > examiner l'aveu de faiblesse d'Euphrosyne « Monsieur, je ne resterai point ou l'on me fera rester par force » NB de sujet « je », libre de décider de ses déplacements, Euphrosyne devient un objet manipulé par une puissance qui la dépasse « on me », et elle devient victime des injures de sa servante. C'est un retournement total puisqu'au début de la scène la première fois qu'on l'a entendue parler c'est pour ajouter un sobriquet à ceux que sa servante donnait à Trivelin pour lui expliquer les noms qu'on lui donnait. Euphrosyne arrive au bout de ses réserves, elle craque, elle est touchée « je ne puis en souffrir davantage. »Et Trivelin image de la sagesse et du discernement reconnaît que c'est vrai « En voilà donc assez pour à présent »

  1. des jeux de scène comiques soulignant ce renversement

  1. un langage comique

  1. la parodie


    (transition) des caractères comiques : NB Cléanthis fait son propre portrait en faisant celui de sa maîtresse


II UNE INTENTION SATIRIQUE : CRITIQUER EN RIDICULISANT

  1. satire des femmes de haute condition

  1. satire des femmes de basse condition

  1. satire des femmes en général

  1. satire de la société


III UNE INTENTION PHILOSOPHIQUE : DONNER UNE LEÇON PAR L'UTOPIE

  1. Volonté d'ouvrir les yeux des spectateurs, de les éclairer par le théâtre

  1. Critique de l'esclavage, de la tyrannie

  1. On est dans l'utopie

  1. Une leçon : celle de la philosophie des Lumières


Conclusion : de « bonnes intentions », comme Trivelin l'a annoncé, heureusement servies par le comique. Ouverture : comparaison avec une autre utopie du XVIII es : l'Eldorado et le jardin de Candide à la fin « Cultivons notre jardin » « le travail éloigne de nous trois grands maux : le besoin, le vice et l'ennui ». Lumières = idéal de connaissance : culture du jardin = aussi métaphore de la culture de l'esprit.



SCÈNE 4 (intégrale)

À l'intérieur de l'épreuve des portraits on voit Euphrosyne changer d'attitude vis-à-vis de Trivelin, le chef des esclaves, le représentant de la loi de l'île utopique où elle a échoué avec sa servante Cléanthis (devenue sa maîtresse dans la scène 2). Cette évolution d'un personnage de « maître » préfigure le fin de la pièce : le dénouement de l'intrigue se dessine, la dimension morale et didactique de la pièce s'affirme et sa portée philosophique apparaît de plus en plus clairement. Au terme d'une série d'initiations, de prises de conscience, maîtres et valets auront acquis l'humanité qui leur faisait défaut, ils auront progressé vers les Lumières, celles de la raison, de la tolérance.

Du point de vue de la structure de la pièce il est remarquable que les femmes entament et finissent la conversion : peut-être sont-elles (dans l'esprit de Marivaux, homme du XVIII es) les plus tyranniques, donc les plus longues à convertir...


Lecture analytique faite en classe et enlevée du site (cinq absents, c'est trop !!!)

SCÈNE 6 ((A Iphicrate) « Vite Arlequin ! (...) d'excellents partis pour eux »)


Intro : Théâtre italien présent depuis les Médicis en France, mais svt, confrontés à la censure à cause de l'audace de leurs improvisations et au caractère subversif des allusions qu'ils pouvaient faire à l'actualité. Réhabilitation à la mort de Louis XIV sous la Régence de Philippe d'Orléans. Marivaux lié à la troupe la plus célèbre celle de Luigi Riccoboni. En 1725 : L'Ile des Esclaves, comédie philosophique utilisant l'art de la commedia dell Arte, avec notamment un Arlequin typique par ses lazzi et une Cléanthis jouée en 1725 par Silvia, actrice préférée de Marivaux, issue de la troupe de Riccoboni.

Situation : une île, 2 duo maître/valet, l'un masculin (Iphicrate/Arlequin) l'autre féminin (Euphrosyne/Cléanthis), obligés par les lois de l'île utopique où ils ont échoué, d'échanger leurs statuts. On les voit réunis à la scène 6, qui se trouve exactement au centre de la pièce qui ne compte que onze scènes. Impression que cette scène est centrale se confirme lorsqu'on l'étudie.


CETTE SCÈNE EST-ELLE CENTRALE POUR LA COMÉDIE DE MARIVAUX ?


I DES PROCÉDÉS COMIQUES DE LA COMMEDIA DELL'ARTE CENTRAUX

LE BURLESQUE , LA PARODIE ET LA MISE EN ABYME SONT AU CENTRE DU FONCTIONNEMENT DE LA COMÉDIE

  1. Des personnages, une situation et des lazzi burlesques. NB bien discuter la scénographie !

  2. Du théâtre dans le théâtre fortement souligné par les répliques où Arlequin formule ce qu'il pense de son propre jeu

  3. La parodie des maîtres par les valets : un bon moyen de dénoncer l'hypocrisie des gens de « condition »


II UNE SCÈNE SATIRIQUE CENTRALE

LA DÉNONCIATION DES CONVENTIONS SOCIALES ET DE LA PUISSANCE QU'ELLES DONNENT EST AU CENTRE DE L'INTENTION PHILOSOPHIQUE DE LA PIÈCE

  1. Des conventions sociales montrées, dénoncées par le théâtre.

  1. Distanciation permanente par le comique et la mise en abyme => montre la vanité de ces conventions, il ne faut pas les prendre au sérieux, ce qui compte c'est d'être « raisonnables »


III UNE SCÈNE CENTRALE DU POINT DE VUE DRAMATIQUE

LA MISE EN PLACE D'UNE MISE À L'ÉPREUVE DES MAÎTRES PAR LEURS VALETS ENGAGEANT LA SEXUALITÉ EST CENTRALE DANS LA PROGRESSION DE L'INTRIGUE

  1. L'épreuve s'impose étant donné le type d'Arlequin (être de pulsions cf. au début de la pièce la bouteille, autre pulsion très forte : le sexe, imaginer les lazzis quand il parle de « friponne » ou de « tendresse ») Les esclaves tentent d'échanger les rôles sur un point sensible : l'amour. Qui dit amour dit reconnaissance par autrui de l'égalité. C'est effectivement l'épreuve ultime.

  2. Malgré la réalité cruelle (les servantes, les bonnes, sont là pour obéir aux ordres de leurs maîtres, y compris quand il s'agit de se laisser violer pour garder la place) cette relation utopique est un thème très à la mode surtout dans le théâtre de Marivaux : cf. La Fausse suivante, Le Jeu de l'Amour et du Hasard ; ou même pour Voltaire Nanine ou le Préjugé vaincu. L'enjeu de ces fictions est immense : si l'on peut s'aimer et se marier alors qu'on est de conditions (rang, fortune, éducation...) différents, alors c'est une preuve de l'égalité totale des êtres humains. Ça n'a l'air de rien, mais c'est révolutionnaire, c'est pour cela d'ailleurs que cela ne se produit que très rarement, même dans les fictions : la Suivante est en fait une femme noble qui a échangé sa place avec sa servante le temps de juger le mari auquel son père la destine.

  3. C'est ce stratagème qui va effectivement provoquer la conversion des uns et des autres mais de manière inattendue : Euphrosyne, si coquette et séductrice, devient pathétique dans son refus de se donner à Arlequin qu'elle persuade de la respecter. Changement total de registre à la scène suivante, et, de là, dénouement larmoyant et moralisateur. Cette scène est centrale parce qu'elle porte à son paroxysme le contraste et souligne donc la péripétie inattendue : le nouveau maître, Arlequin, renonçant à exercer un pouvoir tyrannique sur sa servante.


CONCLUSION : Cette scène, au centre de la pièce est centrale à tous points de vue. Mais elle n'est pas facile à jouer. Le jeu des acteurs doit être forcé, mais s'ils sont uniquement ridicules, on comprend mal le sens philosophique de la pièce. Commenter des mises en scène, en particulier celle d'Irina Brook.


SCÈNE 10-11 ()

IE Marivaux, 1725 = une comédie -> fait rire, commedia dell arte revenue à la mort de L XIV, 1715 grâce au Régent, 1 libertin. Ms pas slmt. IE = aussi surtout comédie PHILOSOPHIQUE et Marivaux appartient aux philosophes de Lumières, comme Voltaire, Rousseau, et Diderot par exemple. Ces auteurs défendent des valeurs qui bien souvent remettent en question des dogmes, des coutumes, voire le fonctionnement même de la société d'Ancien Régime. Ainsi dans sa pièce Marivaux remet en question les inégalités sociales. On le voit notamment dans les deux dernières scènes qui constituent le dénouement de cette pièce.

Présentation/Situation : 2 hommes Arlequin et son maître Ip, et 2 femmes, Euphrosyne et son esclave Cléanthis ont fait naufrage sur une île « l'ïle des Esclaves » où la règle est de rééduquer maîtres et valets en inversant les rôles. Le chef de l'île Trivelin a veillé au bon déroulement de l'échange : sc 3-5 épreuve des portraits, sc 6-9 épreuve de la galanterie. Les maîtres en ressortent humiliés, à tel point qu'Euphrosyne devient pathétique à la scène 9 quand elle supplie Arlequin de ne pas abuser d'elle. Cela provoque un coup de théâtre. À la scène 10 Arlequin renonce à ses privilèges et entraîne à sa suite le repentir des 3 autres et nous donne une leçon finale « Il faut avoir le coeur bon, de la vertu de la raison, voilà (...) ce qui fait qu'un homme est plus qu'un autre » / « la différence des conditions n'est qu'une épreuve que les dieux font sur nous » . Surtout invitation à réfléchir « je vous laisse faire vos réflexions là-dessus ». Ce dénouement peut nous suggérer des réflexions contradictoires, et il est peut-être fait pour. Aussi nous allons nous interroger sur la question suivante : quelles réflexions nous inspire ce dénouement ?


I Réflexion = méditation pour assimiler la leçon donnée par les personnages

  1. Les défauts à corriger ; le moyen : la satire qui rend humble, le pathétique qui nous rend sensible à autrui.

  2. Les valeurs à cultiver ; le moyen : les registres didactique et lyrique

  3. La leçon est donnée par les personnages aux autres personnages mais surtout au public « Messieurs les honnêtes gens du monde »

II Réflexion = contestation d'une morale choquante pour des héritiers de la Révolution française

  1. Des didascalies choquantes (« à genoux » et baisemain : attitudes serviles)

  2. Postulat d'un arrière-plan métaphysique où vertus et vices seront récompensés : les vices, l'île utopique ; ce qu'il y a de meilleur dans la pièce et dans ce dénouement surtout n'est-il pas la contestation de l'esclavage (inégalités, exploitation ou esclavage carrément) et la revendication de l'égalité. Or les esclaves y renoncent et retournent joyeusement à leur esclavage

III Réflexion littéraire sur la complexité philosophique et littéraire de cette petite pièce

  1. Complexité philosophique :

  1. Complexité littéraire : mélange des genres et des registres, possibilité de jouer ce dénouement de manières très différentes. En tout cas il faut mettre en valeur l'invitation à la réflexion personnelle. Chute comparable à celle de nombreux apologues de Voltaire le philosophe des Lumières se méfie du dogmatisme ; cf. excipit Ingénu.


CONCLU : une pièce qui ne paye pas de mine, trop facile en apparence et pourtant si riche. On peut partager l'étonnement et l'intérêt d'Irina Brook pour celle-ci, comme pour d'autres pièces qu'elle a mises en scène, comme La Bonne Ame du Setchouan de Bertolt Brecht, jouée à Paris en 1998.