LECTURE ANALYTIQUE DU TABLEAU DE GEORGES DE LA TOUR


INTRO

Consultez le site suivant pour voir le tableau en couleur et avoir un bon aperçu des oeuvres de La Tour :

La Tour et Char


-Le tableau est d'un peintre célèbre de l'école française, Georges de La Tour ( 1593-1652) ; il a été réalisé vers le milieu du 17ème siècle ; à cette époque, dans la littérature française s'épanouissaient deux courants opposés l'un à l'autre : le baroque et le classicisme (cf. cours NPF)


- Comment situer Georges de La Tour dans l'évolution historique et artistique de l'époque ? Pour des renseignements précis voyez le site ci-dessus : j'abrège et je recentre l'attention sur le côté artistique de la question. La Tour est influencé par Le Caravage, grand peintre italien connu pour son réalisme... et son mauvais caractère. Je cite le site « Les témoignages de ces contemporains, étrangement, nous décrivent un homme fondamentalement antipathique, hautain, coupant, sûr de lui, d'une suffisance incroyable, avare, violent comme cela devrait être interdit. Très curieusement, ce tempérament, avec l'avarice en plus, le rapproche assez du Caravage. Il est curieux de voir que deux des peintres qui ont représenté la sacralité et la beauté de la sacralité du message christique de la façon la plus intense ont été des êtres invivables !

Caravage était invivable et La Tour devait être pire encore, et ces deux êtres-là ont su transcender leur art de façon extraordinaire. Georges de La Tour se pare du titre de peintre ordinaire du roi. Les historiens se sont jetés dans tous les cadastres et registres pour retrouver la trace du vieux Louis XIII ou du jeune Louis XIV qui aurait pu s'intéresser à La Tour. Ils n'ont strictement rien trouvé. Etait-il donc peut-être menteur, en plus ? »

-Où placer La Tour ?

Chez les baroques ? (trois caractéristiques fondamentales en peinture : *peinture exacerbée des sentiments visant à un effet pathétique *ostentation décorative, surcharge des ornements ou des sujets *caractère surnaturel (merveilleux ou fantastique) des scènes représentées; elles font appel à l'imaginaire et montrent des personnages en évolution ou en métamorphose)

Chez les classiques (caractéristiques :* la recherche de la mesure, de l'équilibre * le réalisme * le respect de la vraisemblance et des bienséances)

Réponse : parmi les classiques, ce qui n'est guère surprenant pour un peintre français et lorrain; « l'école française » est caractérisée par son appartenance au classicisme (réalisme des sujets, perspective, harmonie et douceur des tableaux que ce soit dans les lignes ou dans les couleurs, dépouillement et non surcharge...); en même temps, les tableaux symboliques de La Tour savent garder un côté suggestif et faire surgir dans le quotidien ce qu'il peut y avoir de merveilleux.

D'ailleurs c'est dans le cadre d'une exposition sur ce thème que Char a découvert La Tour : En 1934 une formidable exposition au musée de l'Orangerie à Paris présente treize oeuvres de Georges de La Tour. C'est un historien, Charles Sterling, qui propose ces découvertes dans "Les peintres de la réalité", aux côtés par exemple, de Philippe de Champaigne ou des frères Le Nain.

UN EXEMPLE DE LECTURE ANALYTIQUE DU TABLEAU DE LA TOUR

ptq : Que symbolise ce tableau de La Tour qui porte divers titres?

Introduction Faites vous-mêmes votre introduction en présentant le contexte historique (17ème siècle) et artistique (caravagisme, peintures religieuses de commande) puis le sujet du tableau avec l'énigme de ces divers titres.

(Voici l'annonce de mon plan) : nous répondrons à la question posée en étudiant ce que peuvent suggérer :

I Le symbolisme des personnages...

II ...le symbolisme du clair-obscur...

III....et le symbolisme de l'échange.

I Le symbolisme des personnages

  1. Opposition symbolique entre l'homme et la femme : figure masculine toute en raideur et en maigreur (étude des lignes) = un homme malade / figure féminine grâcieuse toute en rondeur et en douceur (étude des lignes) = une femme en bonne santé, sans soucis de fortune (étude de l'habillement) qui vient à lui (pour l'aider) NB réalisme de la peinture du corps humain et du drapé : typique du caravagisme

  2. Opposition symbolique entre leurs mains : liberté, dynamisme de la femme (étude du détail de la main) = vient le libérer / impossibilité de se mouvoir, angoisse de l'homme (étude du détail des mains) = prisonnier

  3. Un symbolisme religieux ? D'après le titre, l'homme est Job, la femme est sa femme qui se moque de lui. Ce tableau est une réécriture du mythe biblique de Job. La femme, alors, malgré sa beauté radieuse, serait une figure plutôt négative. D'autres titres ont été donnés au tableau : La libération de Saint Pierre ; l'homme est Pierre, l'apôtre de Jésus, il est prisonnier au cachot, une femme (un ange) vient le libérer.

II ...le symbolisme du clair-obscur...

  1. symbolisme de la lumière et des couleurs chaudes (rouge, jaune incandescent) associées à la femme. Celle-ci est porteuse de la Révélation divine (elle vient délivrer le prisonnier). On peut comparer ce procédé à celui utilisé dans le tableau de la nativité très connu, de La Tour.

    "La nativité" de La Tour

Ce symbole est repris et déchristianisé par Char pour incarner à la fois la vision surréaliste de la femme (cf. corpus, Eluard et Breton) et la liberté pour laquelle se battent les Résistants.

  1. symbolisme de l'obscurité associée à l'homme : misère de l'homme laissé à lui-même (sans Dieu, l'homme n'est rien, sans la foi sa vie est une souffrance physique et surtout morale, sans fin). On peut faire un parallèle avec un célèbre texte de Pascal : « Disproportion de l'homme », Hatier p.78. (pour ceux qui sont capables de lire et de comprendre ce beau texte janséniste ; très utile à connaître pour mieux comprendre le jansénisme de Racine, par ailleurs). Si le personnage représente Job, cette obscurité symbolise aussi la misère du juste livré aux épreuves que lui envoie Dieu. (lire le passage de la Bible qui concerne Job)

Ce symbole est repris par Char pour incarner la condition du Résistant, et, au-delà, la condition humaine.

III....et le symbolisme de l'échange.

  1. Symbolisme de l'échange de paroles : un dialogue entre êtres humains (côté réaliste de La Tour), mais aussi un dialogue entre des symboles bibliques (Job et sa femme) et chrétiens (Saint Pierre et la femme qui lui demande s'il n'est pas un apôtre de Jésus, Saint Pierre, alors, par peur d'être lui aussi crucifié répond « non » et renie sa foi). C'est aussi, on le sent à l'aura lumineuse qui émane de la femme, le dialogue entre un être humain misérable et un être divin ou envoyé par Dieu. C'est ce qu'en langage chrétien on appelle le Verbe. C'est un autre nom pour le Saint Esprit.

  2. Symbolisme du don de lumière : symbole du salut. La lumière c'est la vie, physique et surtout spirituelle. La vie est rendue au prisonnier que cette femme vient délivrer.

Ce symbole est repris par René Char pour incarner l'espoir qui rend le courage et la vie au résistant.



Conclusion : l'étude du symbolisme des personnages, du clair-obscur et de l'échange qui se produit entre eux nous met bien sur la piste d'une interprétation religieuse de ce tableau, mais laquelle exactement? Celle donnée par les experts qui pense reconnaître Job raillé par sa femme ne me semble pas la meilleure. En effet, d'après ce que nous avons pu voir, la femme, qui tient la bougie semble avoir un rôle positif, alors que dans l'histoire de Job, sa femme est une figure négative. Peu importe cette question, en fait, la beauté de ce tableau tient peut-être justement au fait qu'il se dégage de la religion et que tout homme peut s'y reconnaître, comme nous le prouve l'ekphrasis de Char dans le feuillet 178. Mais celui-ci mériterait à lui seul une lecture analytique.

CONCLUSION

On peut vous poser d'autres questions de lecture analytique sur ce tableau. Entraînez-vous à bâtir des plans pour y répondre :

  1. Quel rôle jouent l'ombre et la lumière dans ce tableau ?

  2. Quel titre donneriez-vous à ce tableau ? (justifiez).

  3. Quelle est la signification religieuse de ce tableau?

Petit jeu de quizz...

jeux La Tour







Lecture analytique du texte de René Char Fureur et Mystère 178 (p.133)



Comme on pouvait s’y attendre de la part d’un ardent défenseur du surréalisme, le dialogue entre l'écriture et la peinture est permanent dans l'œuvre de René Char. Comme André Breton, Char était lié d'amitié avec de nombreux peintres et sculpteurs de son temps qui ont peint et dessiné à partir de ses textes ou les ont illustrés. Certains poèmes, notamment de Recherche de la base et du sommet (1947/1971), ont été inspirés par les œuvres d'artistes contemporains : Georges Braque, Victor Brauner, Pierre Charbonnier, Louis Fernandez, Alberto Giacometti, Jean Hugo, Paul Klee, Wilfredo Lam, Mirò, Picabia, Nicolas de Staël, Viera Da Silva, Jean Villeri, Max Ernst (Alliés substantiels)...

Char sait lire dans les peintures de toutes les époques le « dialogue d’êtres humains » qui inspire sa poésie. L’inspiration lui venait aussi bien des peintures de la grotte de Lascaux que des tableaux de Rembrandt. Les clairs-obscurs de Georges de La Tour l’ont particulièrement fasciné.

René Char a découvert l'œuvre de ce peintre français du 17ème siècle à l'exposition " Les Peintres de la Réalité en France au XVIIe siècle ", organisée au musée de l'Orangerie de novembre 1934 à février 1935. C'est la première fois que le public voit réunis treize des quinze tableaux alors attribués à l'artiste et c'est une révélation. L’œuvre de La Tour accompagne, inspire et guide même les progrès du poète résistant dans les années cruciales où il écrit Fureur et Mystère.

Un de ses tableaux, va même, pour René Char et ses compagnons, symboliser la lutte contre l'hitlérisme : " Le Prisonnier ". Le sujet du tableau a été déterminé après l'exposition de l'Orangerie. L'accord des spécialistes s'est fait sur l'explication proposée en 1935 par Jean Lafond et le Dr Ronot, développée par Weisbach en 1936 : " Job et sa femme ", mais en 1935 il portait encore le nom que lui donne Char « le prisonnier ».

Dans ce tableau en clair-obscur, une femme portant une chandelle se détache de l’ombre ; penchée vers un pauvre homme, nu et décharné, elle lui parle.

Malgré le réalisme des personnages et de la lumière, la scène est mystérieuse. Sans entendre ce qu’ils se disent, on l’imagine. Char a interprété ce message à sa façon. Quelle signification a-t-il vue dans cette image ?

Cette description du tableau de G de La Tour explique-t-elle ce qu’est la condition du prisonnier ? Est-elle un message d’espoir ? Est-elle une représentation allégorique de ce qu’est la poésie pour René Char ?



I Une image réaliste et allégorique de la condition du prisonnier

Cette description du tableau de G de La Tour explique-t-elle ce qu’est la condition du prisonnier ?

  1. Description réaliste de la situation du résistant en 1943-1944

  1. Description réaliste de la condition du prisonnier en général

  1. Description allégorique de la misère humaine

Devant ce homme rapetissé par la déréliction, presque anéanti, la femme porteuse de lumière se dresse, immense, symbole d’espoir.



II Une image d’espoir

Cette description du tableau de G de La Tour est-elle un message d’espoir ?



  1. Contrastes de lumière prisonnier/femme symboliques de l'espoir

  1. Contrastes de couleur prisonnier/femme symboliques de l'espoir

Pas de couleur pour décrire l’homme (dans le tableau il se confond avec l’ombre d’un côté et avec la lumière de l’autre) / femme= « silhouette d’ange rouge » couleur chaude correspondant à la chaleur de la flamme et, métaphoriquement, à son bon cœur et à la vie

  1. Contrastes de volume prisonnier/femme symboliques

La description étire le portrait de l’homme (rythme + expression « les minutes de suif de la clarté tirent et diluent les traits de l’homme assis » + allitération de dentales t/d qui donne un côté plus dur, plus osseux au personnage) et met en valeur sa maigreur (antéposition du G.N. C.O.D. repris plus loin par un pronom personnel). Il occupe un coin « Au fond du cachot » (Cpmt Circ. Mis en valeur par position en début de phrase).

Opposition avec la femme cf « mais ». Elle « emplit soudain tout le cachot ». A « l’écuelle » vide et « la maigreur » s’oppose « la robe gonflée »

  1. Contrastes de mouvement prisonnier/femme symboliques de l'espoir

Prisonnier « assis », immobile, raide « sa maigreur d’ortie sèche, je ne vois pas un souvenir pour la faire frissonner » (pourtant un frisson c’est un mouvement minime) / femme debout « les mots tombent de cette silhouette », ce qui vient d’elle est animé d’1 vie intense : « mots qui portent immédiatement secours » « sa robe gonflée emplit soudain tout le cachot »



    1. Un espoir spirituel mais a-religieux

      Attention cette révélation lumineuse et secourable est en-dehors de toute religion.



III Une image de la poésie

Cette description du tableau de G de La Tour est-elle une représentation allégorique de ce qu’est la poésie pour René Char ?



  1. La poésie est un dialogue

2. Ce tableau paradoxal est une image de la poésie de Char





René Char ne paraphrase pas le tableau qu’il décrit, il nous le montre dans toute sa vérité sans en faire un commentaire de critique d'art. « Le Prisonnier » nous apparaît dans le poème comme une image réaliste et allégorique de la misère des résistants. Le poème nous montre cette misère appelée à espérer envers et contre tout par « le Verbe », le « dialogue d’êtres humains ». Le tableau se révèle finalement une image de la poésie de Char.

« Le Prisonnier » n’est pas le premier des poèmes de Fureur et Mystère inspiré par les tableaux de La Tour. Mais il est le plus clair sur le sens de cette réécriture que René Char n’a pas cessé de recommencer jusque dans ses dernières œuvres. « Le prisonnier » permet de comprendre le lien étroit qui existait pour Char entre l’écriture poétique et l’action concrète. Que ce soit par ses poèmes ou par ses actes de résistance, il s’agit, au péril de sa vie, et de sa bonne conscience (Char s'est toujours reproché d'avoir versé et fait verser du sang, fût-ce le sang de ses ennemis) de respecter et de faire respecter l’humanité en l’homme. Ce combat a continué bien après la Libération. On peut se demander quelles actions mènerait aujourd'hui René Char. On peut se demander aussi si l'engagement de leur auteur dans des combats politiques, sociaux, militaires ou autres enrichit ou appauvrit les oeuvres d'art.







Lecture analytique de l'ouverture des « Feuillets d'Hypnos » de Fureur et Mystère de René Char


Introduction

Les surréalistes se sont souvent engagés dans des luttes. Leurs manifestes défendent une esthétique bien sûr mais aussi des positions politiques et sociales : par exemple, ils se sont inscrits au Parti communiste (puis se sont retirés quand ils ont vu que celui-ci était inféodé au gouvernement autoritaire de l'URSS), ils ont soutenu les Républicains espagnols en 1936, et un grand nombre ont participé à la Résistance, pendant la Seconde Guerre Mondiale. René Char était un des plus actifs sur ce terrain. Contrairement à Breton, il n'est pas parti en exil aux Etats-Unis, il est resté dans sa provence natale pour y lutter corps et âme contre « la peste », selon l'expression métaphorique d'Albert Camus. Cette « peste » c'est le nazisme, l'antisémistisme, le racisme, l'individualisme, et l'inhumanité qui se manifestent pendant la Seconde Guerre Mondiale. Eluard ou Aragon écrirvirent et diffusèrent par exemple, sous forme de tracts, des poèmes à la gloire de la liberté et des résistants Char ne se contentait pas de cela. Il participait aussi activement aux opérations militaires, en tant que chef du réseau des FTP Durance-Sud. Son recueil poétique « Feuillets d'Hypnos » a été écrit dans cette période. Il restera caché et ne sera publié qu'en 1948, chez Gallimard. « Feuillets d'Hypnos » est un véritable manifeste de résistance. On peut le voir en étudiant notamment l'ouverture du recueil.

Cette ouverture est composite, elle prend trois pages différentes. Sur la première page on lit un titre énigmatique et accrocheur « Feuillets d'Hypnos» accompagné d'une dédicace à Albert Camus. Sur la deuxième page apparaît une épigraphe et sur la troisième, une courte préface.

Problématique et plan

Quel est le rôle de cette ouverture en trois temps ?

I UN RÔLE INFORMATIF

II UN RÔLE D'ACCROCHE

III UN RÔLE DE MANIFESTE HUMANISTE



Développement

I UN RÔLE INFORMATIF

    Cette ouverture sert à nous donner des informations importantes touchant la situation d'énonciation et le genre de l'oeuvre, qui, nous le verrons, appartient à la poésie.


  1. Informations sur la situation d'énonciation

    - Pendant la Résistance Char avait pour nom de combat « capitaine Alexandre », mais il signait parfois certains documents d'un autre nom de code « Hypnos » (cf.feuillet 87). L' épigraphe sert à expliquer le choix de ce nom.

    - L'énonciateur est l'auteur, René Char, mais il cherche à effacer sa présence : le « je » de l'énonciateur n'apparaît à aucun moment, il se cache derrière des images (« un feu de feuilles sèches eût tout aussi bien été leur éditeur ») ou met les phrases à la tournure passive sans donner de complément d'agent (« elles furent écrites dans la tension » - mais sans dire par qui -).

    - Les dates sous le titre (1943-1944) nous permettent de situer chronologiquement l'énonciation. C'est le moment fort de la Résistance qui s'est organisée en réseaux militaires clandestins (création des FTP Francs Tireurs Partisans en 1942), participant de façon significative au tournant de la 2de Guerre Mondiale, à partir de 1942 (défaites progressives des armées d'Hitler en URSS, en Afrique puis en Europe). Il est difficile pour les résistants de tenir bon car en même temps la répression s'affirme avec la milice vichyste et la Gestapo allemande. On comprend qu'il écrive « C'est dire combien elles sont affectées par l'événement ». « Feuillets d'Hypnos » n'a pas été écrit dans une petite maison bleue accrochée à la colline, au milieu des oiseaux et des petites fleurs, mais dans le maquis, entre deux opérations qualifiées de « terroristes » par la propagande vichyste. Char les cachait dans le trou d'un mur de la maison dans laquelle il se cachait à Céreste. Cette maison a brûlé, Char a cru qu'il avait perdu le recueil, mais il l'a retrouvé après la Libération.

    - Les compléments circonstanciels de manière introduits par la préposition « dans » nous renseignent sur le climat moral de cette époque (champ lexical des sentiments « Elles furent écrites dans la tension, la colère, la peur... »). Ces compléments ne situent plus l'énonciation dans l'histoire des historiens mais dans celle des hommes qui l'ont vécue dans leur chair et dans leur âme. Cette autre histoire, c'est celle que racontent nos arrières-grands-parents, celle qu'on lit dans les témoignages.

    - Les temps des verbes utilisés dans la préface sont intéressants à étudier pour situer chronologiquement la situation d'énonciation. Des verbes au présent d'énonciation (« empruntent » « sont affectées » « marquent » ***** mais pas « est » dans « est sous-jacent et difficilement séparable » c'est du présent de vérité générale!!!!!!!!!!!!********) contrastent avec des verbes renvoyant à un passé révolu (« a été » passé composé, « furent  écrites » « furent combattues » passé simple forme passive, « eût été »plus que parfait du subjonctif ; on peut remarquer que ces temps ont ici un aspect accompli qui accentue cette idée de passé révolu). Il y a deux situations d'énonciation. La première est celle du résistant qui note son histoire en temps réel. Cette histoire, à l'époque où est rédigée la préface, est déjà une vieille histoire, achevée. La seconde est celle de l'auteur qui revient sur ses notes, les rassemble, leur donne un titre, une dédicace, une épigraphe et une préface avant de les faire éditer chez Gallimard (1948 en fait). Cela semble inscrire l'oeuvre dans le genre autobiographique, du côté des mémoires (cf. Mémoires du général de Gaulle) ou du témoignage (cf. Primo Levi ou Antelme).

  2. Informations sur le genre de l'oeuvre

    - Mais cette oeuvre entretient un rapport délicat et problématique avec l'écriture autobiographique. « Feuillets d'Hypnos a beaucoup d'aspects autobiographiques : Char s'en méfie. Il nous en détourne dès la première ligne de la préface « Ces notes n'empruntent rien à l'amour de soi », il y revient dans le deuxième paragraphe de la préface « Ce carnet pourrait n'avoir appartenu à personne ». Visiblement il ne s'agit pas pour lui de faire un récit centré sur « la formation de sa personnalité » , une autobiographie au sens de Lejeune. Il refuse d'inscrire « Feuillets d'Hynos » dans le genre de « la nouvelle » » comme dans celui du « roman ». Il ne se conçoit pas lui-même comme un « héros » dont les prouesses méritent de passerà la postérité. Il a plus important à dire. Il a une expérience humaine, historique, spirituelle, concrète et poétique à exprimer et à transmettre. Compagnon des surréalistes depuis 1929, Char n'a pas oublié les critiques de Breton (cf. Manifeste du surréalisme 1924 et Nadja 1927) envers les genres traditionnels.

    - Char ne veut pas non plus passer pour un « moraliste », comme La Rochefoucauld, auteur classique du XVII ème siècle dont Char appréciait pourtant les Maximes. Le champ lexical de la morale et des sentiments est très présent dans sa préface « devoirs » « vertus » « amitié » « amour » « peur » « colère », autant de mots que l'on pourrait retrouver chez les moralistes comme La Bruyère, Pascal, La Fontaine ou Molière. Les surréalistes détournent souvent un genre. Ils l'ont notamment fait pour la maxime. Char n'a pas renié ce principe. Souvent, ce qu'il écrit a l'allure d'une maxime (pensée courte et sentencieuse), pourtant, le genre de Feuillets d'Hypnos, comme de Fureur et Mystère dans son ensemble, est la poésie.

  3. Une information poétique

    - Char, comme la plupart des surréalistes, joue sur plusieurs genres, dans « Feuillets d'Hypnos ». Il refuse tous ces cadres strictement esthétiques. Son ambition est de dépasser les frontières des différents genres afin de transcrire avec le plus de fidélité possible l'expérience éthique et existentielle qui est la sienne. La poésie est le seul genre auquel appartienne en réalité « Feuillets d 'Hypnos ».

    - On voit cette poésie dans le protocole d'écriture qui est mis en place dans cette ouverture. {RAPPEL : protocole d'écriture = procesus d'écriture qui caractérise chaque genre, et par extension chaque auteur ou les oeuvres appartenant au même mouvement ou courant littéraire.} Il est typique de la poésie surréaliste. On y retrouve l'utilisation du mythe, ici le mythe grec d'Hypnos, dieu du sommeil (cf. dans Nadja l'utilisation du mythe de Mélusine, par exemple). On y rencontre également de nombreuses images, métaphores « réserver l'inaccessible champ libre à la fantaisie de ses soleils », et un jeu mêlant signifiant et signifié « feuillet » // « un feu d'herbes sèches eût tout aussi bien été leur éditeur » : l'ouvrage poétique est aussi une liasse de papier qui a failli finir au feu. Phonétiquement le mot « feuillet » appelle « fe u » mais le rapprochement de celui-ci avec l'éditeur repose sur la métaphore.

    - La poésie est indissociable, pour Char comme pour les autres surréalistes, de l'éthique, et donc, dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale, indissociable de la résistance.



II UN RÔLE D'ACCROCHE


  1. L'aura de la résistance accroche le lecteur

    - En rappelant son rôle dans la Résistance, Char semble rechercher la sympathie, l'admiration du lecteur. La « fureur » du titre, la dédicace à Camus, célèbre « révolté » fondateur de la revue « Combat »( Camus L'Homme révolté ) et le rappel des conditions dans lesquelles il a écrit son oeuvre jouent le rôle d'accroche publicitaire, d'une certaine manière, au moins pour les lecteurs des années cinquante qui ont tous la Seconde Guerre Mondiale en mémoire et ont de la reconnaissance envers les Résistants.

    - Pour les lecteurs d'aujourd'hui, la Résistance des années 1940 est une « histoire », un souvenir. Il alimente des cours, des oeuvres littéraires (L'Espèce humaine Antelme), des films tragiques ou même drôles (Le jour le plus long, La Grande Vadrouille, Monsieur Batignole...) et de très belles chansons (cf. « Le chant des partisans» chanté par Ferré, Cohen, ou Noir Désir et Suzanne Véga). Mais ce souvenir renvoie à un idéal, un courage qui aujourd'hui encore a sa place, qu'on lutte pour la liberté, l'égalité ou la fraternité en France ou dans le monde. (******* A vous de trouver des actions, des auteurs, des chanteurs à citer ; je ne peux pas le faire pour vous, ce searait de la manipulation, surtout dans le contexte actuel**********). René Char encourage d'ailleurs cette démarche en ne mettant pas de majuscule à résistance et en la déterminant par un complément du nom « la résistance d'un humanisme conscient de ses devoirs, discret sur ses vertus, désirant réserver... et décidé à payer le PRIX pour cela. » L'ennemi, ce n'est pas seulement le nazisme, encore moins « les Allemands », cf. feuillet 37 « Economie vas-tu enfin changer? », c'est tout ce qui met en péril l'humanité de l'homme, soit en le détruisant physiquement, soit en le détruisant moralement et spirituellement (cf. feuillet 155).

    - Ce qui au fond, suscite l'admiration et l'intérêt du lecteur, c'est l'impression d'être devant un héros éternel, une sorte de figure mythique comme Prométhée, qui est prêt à tout pour défendre l'humanité. Il ne se présente pas comme un sauveur qu'il faudrait remercier (le Résistant René Char s'efface derrière « la résistance d'un humanisme » humble (« discret sur ses vertus »). Ce qu'il fait, c'est pour l'humanité qui est en lui et en chaque homme. On retrouve l'idée du feuillet 161 « Tiens vis-à-vis des autres ce que tu t'es promis à toi seul. Là est ton contrat. » Il apparaît comme un modèle que chacun peut et doit suivre ; un modèle qui n'impose rien mais qui exige que l'on choisisse et que l'on assume son choix.

  2. L'hermétisme accroche le lecteur

    - {Hermétisme : ensemble des doctrines ésotériques des alchimistes, des philosophes et des poètes hermétiques. Hermétique : un discours est dit hermétique lorsque ce qu'il exprime n'est accessible qu'à une minorité d'initiés ou de spécialistes. L'hermétisme cf. dieu grec Hermès Dieu du passage, de l'initiation, messager des dieux, et selon certaines traditions, inventeur de toutes les sciences} Tout est hermétique dans cette ouverture. Le titre l'annonce « Mystère », dans la préface, on retrouve le champ lexical du mystère, de l'expérioence initiatique avec « mimétisme hallucinant » « l'inaccessible champ libre » « la fantaisie de ses soleils ». Ces mots font penser à l'alchimie ou à des rites d'initiation. L'épigraphe surtout nous plonge dans un mythe étrange. Les éléments sont humanisés (« Hypnos saisit l'hiver et le vêtit de granit »), le dieu Hypnos est transformé à son tour en chose (« Hypnos devint feu »), et il semble que le monde humain naisse de cet affrontement des contraires (« hiver »= froid / « feu »=chaleur). On dirait que Char fait allusion à un mythe cosmogonique qui fonctionne comme une énigme destinée à trier les lecteurs (cf. l'entrée de la Moria dans le Seigneur des anneaux) : d'un côté les initiés, qui comprendront de quoi il parle, de l'autre des non-initiés, à qui le sens échappera. Cet hermétisme fascine, accroche : on a envie de s'initier à cette oeuvre et aux exigences de cette héroïque résistance.

    - L'hermétisme fascinant de René Char : Maud Epée

    (Lisez les deux premiers paragraphes de son article et réutilisez-les pour montrer que la difficulté qu'a le lecteur pour comprendre les phrases de René Char peut apparaître, paradoxalemnent, comme une chance, un intérêt majeur)

III UN RÔLE DE MANIFESTE


  1. Un manifeste surréaliste

    - surréalisme = mouvement littéraire, artistique et culturel né entre 1ère et 2de guerre Mondiale. But = libérer l'art des règles esthétiques, des tabous psychologiques et sociaux, afin de dire la vérité et de montrer la véritable réalité (par rapport au réalisme du 19ème siècle, même ambition et méthodes contraires « Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation scientifique, esthétique ou morale » : écriture automatique permettant l'expression de l'inconscient, du spontané). Le chef de ce mouvement est Breton (Manifeste du Surréalisme 1924) Eluard est un de ses amis les plus proches. C'est après avoir lu Capitale de la Douleur écrit par ce dernier que René Char s'est lancé dans l'écriture poétique, il a noué contact avec Eluard, et par son intermédiaire, a ensuite fait partie du mouvement surréaliste (écriture collective avec Breton et Eluard, notamment Ralentir Travaux 1932). Au cours des années 1930 Char a pris de la distance avec le groupe : il refuse notamment l'autoritarisme de Breton. Mais il a gardé les principes, les ambitions et le style des surréalistes. Cette ouverture le montre et manifeste son engagement surréaliste.

    - mépris pour les préoccupations purement esthétiques ou moralisatrices (ironie du début de la préface),

    - recours au mythe (cf. comme Breton recourt au mythe de Mélusine dans Nadja) : mythe d'Hypnos (titre+épigraphe), dédicace à Camus (créateur du mythe moderne de « la peste »), nombreuses personnifications « l'hiver se fit sommeil » « feu d'herbes sèches -> éditeur » « un humanisme discret sur ses vertus » « la fantaisie de ses soleils »)

    - goût du mystère (titre, typographie mettant en valeur « inaccessible »)

    - affrontement et alliance des contraires : malmène la logique habituelle. Cf antithèses ( dans l'épigraphe : hiver/feu), mélange entre éléments humains et non-humains

    - jeu sur le signifiant et le signifié (feuillet- feuilles-feu liés par les sonorités et en même temps par le sens : les phrases se construisent en suivant autant la ligne mélodique des signifiants que la ligne logique des signifiés comme dans le poème d'Eluard « Feuille de jour et mousse de rosée / Roseaux du vent, sourires parfumés ») Dans cette préface Char défend le principe même de l'écriture automatique qui n'est pas simplement un jeu esthétique mais qui dévoile la réalité telle qu'elle est en vérité

    - ce qui est en jeu, c'est le sens de sa vie, mais sans nombrilisme (pas d'autobiographie ici !), le découvrir c'est découvrir simultanément le sens de la vie humaine

  2. Un manifeste humaniste

    -humanisme = au sens restreint voir cours Montaigne : courant littéraire, artistique, philosophique et culturel européen du 16ème siècle (développer en expliquant caractéristiques principales) Au sens large « philosophie qui place l'homme et ses valeurs au-dessus de toute autre considération, et qui vise à l'épanouissement des qualités proprement humaines, notamment la connaissance, la culture. »

    - Camus est un humaniste (au sens large) de la modernité. Pas anodin que FH lui soit dédié ! A lire : La peste.

    humanisme camus

    citations etr oeuvres de CAmus

    - champ sémantique de l'humanité : dernière phrase de l'épigraphe «hommes », « un homme » préface 2ème paragraphe, « un humanisme » 3ème paragraphe. Interprétation : « Feuillets d'Hypnos » raconte la lutte d'un homme pour dépasser son individualité (souci que chacun a de sauver sa peau, de faire de soi un « héros » pour les autres...) pour atteindre à l'universalité. Cette lutte c'est l'humanisme. L'universalité c'est le pluriel totalisant « les hommes ». Si Char se battait en Provence, ce n'était pas pour se protéger contre « les Allemands », ni pour sauver la langue et la culture française mais pour sauvegarder les valeurs qui font de nous des êtres humains : la liberté, la connaissance, l'amour, l'amitié ... En prenant en note ce qui fait de lui-même un être humain, en définissant ses valeurs, il définit les valeurs humaines. C'est la même démarche que celle de Montaigne « chaque homme porte en soi la forme entière de l'humaine condition ».

    - champ lexical de l'humanité : les sentiments (énuméraion/accumulation préface « tension...amour »), adjectifs qualifiant humanisme (conscient...discret...désirant...décidé) là, ce sont les valeurs humaines définies par René Char de façon subtile et suggestive

  3. Un manifeste de résistance dans tous les sens du terme

    - La Résistance n'est pas seulement un combat sanglant, c'est aussi et surtout une attitude d'esprit, un combat spirituel dont les armes les plus efficaces sont l'écriture (Feuillets d'Hypnos, La Peste, littérature de la Résistance, cf. Eluard par exemple), la peinture (cf.utilisation par Résistants du tableau de La Tour), l'art en général. Char défend la résistance dans tous les sens du terme :

    - comme moment historique où les citoyens ont pris les armes et ont commis une désobéissance civile (contre le Régime de Vichy) (champ lexical du combat concret des maquisards « sang supplicié » « tension »  « ruse » : Char se montre « décidé à payer le prix » : expression signifie prêt à mener les actions nécessaires)

    - surtout comme volonté de ne pas céder à la maladie spirituelle des « ténèbres hitlériennes » (mépris de la vie humaine, racisme, aliénation de l'individu à la collectivité, aliénation de la pensée individuelle aux théories imposées par les plus puissants...)

    - comme volonté de maintenir les liens proprement humains : sentiments en particulier amitié et amour, et « champ libre » de la créativité artistique, poétique, philosophique etc.

    - cette préface est un manifeste qui défend la résistance spirituelle contre ce qu'on appellera plus tard (Hannah Arendt) « le mal absolu »

    - Char assume la difficulté de lecture que posent ses poèmes, il défend cette « résistance » parce qu'elle est formatrice, elle permet de devenir à son tour et en dehors de la préiode historique de la résistance, un résistant de l'humanisme.



Conclusion

Bilan (à vous..)

Ouverture

On peut être humaniste et refuser de prendre les armes et de verser du sang, fût-ce le sang de l'ennemi. C'est le choix de Camus et Char l'a respecté. Camus en effet a préféré rester un écrivain et mettre toute sa compassion pour les victimes et toute sa volonté de combattre pour les sauver dans une ouvre fictive : La Peste. Faut-il ou non « se salir les mains » comme le dit le titre de la pièce de Sartre Les Mains Sales?


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TRAVAIL SUR UN ARTICLE DE CAMUS :

TEXTE COMPLÉMENTAIRE POUR L'ÉTUDE DE L'OEUVRE INTÉGRALE FUREUR ET MYSTÈRE



A..Camus fut rédacteur en chef du journal Combat pendant et après la Seconde Guerre mondiale.

Le XVIIème siècle a été le siècle des mathématiques, le XVIIIème celui des sciences physiques, et le XIXème celui de la biologie. Notre XXème siècle est le siècle de la peur. On me dira que ce n'est pas là une science. Mais d'abord la science y est pour quelque chose, puisque ses derniers progrès théoriques l'ont amenée à se nier elle-même et puisque ses perfectionnements pratiques menacent la terre entière de destruction. De plus, si la peur en elle-même ne peut être considérée comme une science, il n'y a pas de doute qu'elle ne soit cependant une technique.

Ce qui frappe le plus, en effet, dans le monde où nous vivons, c'est d'abord, et en général, que la plupart des hommes (sauf les croyants de toutes espèces) sont privés d'avenir. Il n'y a pas de vie valable sans projection sur l'avenir, sans promesse de mûrissement et de progrès. Vivre contre un mur, c'est la vie des chiens. Eh bien ! les hommes de ma génération et de celle qui entre aujourd'hui dans les ateliers et les facultés ont vécu et vivent de plus en plus comme des chiens.

Naturellement, ce n'est pas la première fois que des hommes se trouvent devant un avenir matériellement bouché. Mais ils en triomphaient ordinairement par la parole et par le cri. Ils en appelaient à d'autres valeurs, qui faisaient leur espérance. Aujourd'hui, personne ne parle plus (sauf ceux qui se répètent), parce que le monde nous paraît mené par des forces aveugles et sourdes qui n'entendront pas les cris d'avertissement, ni les conseils, ni les supplications. Quelque chose en nous a été détruit par le spectacle des années que nous venons de passer. Et ce quelque chose est cette éternelle confiance de l'homme, qui lui a toujours fait croire qu'on pouvait tirer d'un autre homme des réactions humaines en lui parlant le langage de l'humanité. Nous avons vu mentir, avilir, tuer, déporter, torturer, et à chaque fois il n'était pas possible de persuader ceux qui le faisaient de ne pas le faire, parce qu'ils étaient sûrs d'eux et parce qu'on ne persuade pas une abstraction, c'est-à-dire le représentant d'une idéologie.

Le long dialogue des hommes vient de s'arrêter. Et, bien entendu, un homme qu'on ne peut pas persuader est un homme qui fait peur. C'est ainsi qu'à côté des gens qui ne parlaient pas parce qu'ils le jugeaient inutile s'étalait et s'étale toujours une immense conspiration du silence, acceptée par ceux qui tremblent et qui sedonnent de bonnes raisons pour se cacher à eux-mêmes ce tremblement, et suscitée par ceux qui ont intérêt à le faire. " Vous ne devez pas parler de l'épuration des artistes en Russie, parce que cela profiterait à la réaction. " " Vous devez vous taire sur le maintien de Franco par les Anglo-Saxons, parce que cela profiterait au communisme." Je disais bien que la peur est une technique. Entre la peur très générale d'une guerre que tout le monde prépare et la peur toute particulière des idéologies meurtrières, il est donc bien vrai que nous vivons dans la terreur.

Nous vivons dans la terreur parce que la persuasion n'est plus possible, parce que l'homme a été livré tout entier à l'histoire et qu'il ne peut plus se tourner vers cette part de lui-même, aussi vraie que la part historique, et qu'il retrouve devant la beauté du monde et des visages ; parce que nous vivons dans le monde de l'abstraction, celui des bureaux et des machines, des idées absolues et du messianisme sans nuances. Nous étouffons parmi les gens qui croient avoir absolument raison, que ce soit dans leurs machines ou dans leurs idées. Et pour tous ceux qui ne peuvent vivre que dans le dialogue et dans l'amitié des hommes, ce silence est la fin du monde.

ALBERT CAMUS , article de « Combat », novembre 1946.



              1. Quel est le mot-clé du texte ? Relevez les champs lexicaux qui sy rattachent. (2)

                = " peur " -> justifier comme l'indique implicitement suite de la question : nombre d'occurrences + prolongé par champs lexicaux (rappeler différence avec champ sémantique = les différents sens dun mot) : " peur " : « terreur ", " tremble " et " tremblement " // « science " cf début texte (" la science y est pour quelque chose ") : " progrès ", " technique ", perfectionnement pratique ", " machines " // évidemment CL " destruction " cf début dernier § " peur () d'une guerre que tout le monde prépare " (facile et très riche) // idéologie cf début dernier § " peur idéologie " : " abstraction ", " idées absolues ", " messianisme sans nuance ".

              2. Faites le plan du texte en vous appuyant en particulier sur les liens entre les différents paragraphes



RÉPONSE RÉDIGÉE

Le point de départ de l'article est une caractérisation des différents siècles depuis le classicisme (XVII, XVIII, XIX, et XXème). Contrairement à ce que l'on pourrait attendre, le critère choisi est le domaine scientifique (mathématiques, sciences physiques, biologie) et cela permet à Camus de mettre trois siècles sur le même plan de découvertes, en faisant varier les domaines envisagés. La démarche permet aussi de passer en revue trois siècles et donc de faire un retour en arrière historico-scientifique. Ce " balayage " dans le temps réapparaît dans le texte et joue un rôle dans sa structure.

Entre le premier et le second paragraphe, le lien en effet est explicatif Le paragraphe a ainsi pour objectif de préciser et d'expliciter la relation entre le Xxème siècle et la peur. Le lien entre les paragraphes 2 et 3 est un lien de concession marqué par les connecteurs " naturellement " et «  mais » conduisant à un retour en arrière dans le temps et à une comparaison explicite entre un avant non précisé et aujourd'hui. L'emploi de l'imparfait (triomphaient, appelaient) souligne le retour en arrière. Le passé composé, en revanche, marque très nettement le résultat et les effets présents d'un passé révolu, celui de la guerre. Le paragraphe 3 et le paragraphe 4 ont un lien chronologique: l'expression vient de s'arrêter renvoie à tout un passé de dialogue, le long dialogue des hommes. Enfin, la liaison entre les paragraphes 4 et 5 est encore chronologique: elle repose sur la modification d'un état, soulignée par ne plus (la persuasion n'est plus possible, il ne peut plus). Ce dernier paragraphe revient, au sujet de la peur, à ce qui était dit dans le premier, que la peur est une technique, qu'elle est liée à la science et aux progrès inquiétants, mal maîtrisés, du domaine scientifique. On remarque que les relations entre le Xxème siècle et la peur s'expliquent par des modifications elles-mêmes déterminées par comparaison avec les époques précédentes. Il y a donc un lien nettement perceptible entre l'énumération des différents siècles, leurs caractéristiques et celles du XXème siècle.

  1. Expliquez : " parce qu'on ne persuade pas une idéologie. "

    Idéologie : toute vision du monde propre à un groupe ; souvent sens péjoratif (car si pas universelle = limitée, facteur de rejet, etc. voire fausse)

Représentant d'une idéologie = membre dun parti prônant et mettant en pratique des idées politiques précises et arrêtées (cf plus loin " réaction " (-> droite

conservatrice) et " communisme ") ; est assimilé à une " abstraction " -> nest plus un homme (absence sensibilité, morale, ), réduit au statut dexécutant aveugle.

Camus exprime ainsi son rejet de lesprit de parti et du dogmatisme (attitude intellectuelle consistant à affirmer des idées sans vouloir les discuter) qui

empêche tout dialogue.



  1. Quelle est l'implication de l'auteur dans le texte ?

S'appuyer sur L'énonciation

* Indices personnels : auteur ne signale quà de rares reprises sa présence par " je " qui visent stt à mimer une situation de dialogue (" on me dira " et " je disais

bien " // sens du texte -> refus du dogmatisme, recherche du dialogue); mais " nous " et " notre " plus présents -> crée une solidarité entre auteur et contemporains (tjs // sens du texte : créer communauté de gens lucides et anti-totalitaires) (" vous " -> question 5)

* Indices temporels : référence à lépoque actuelle (" aujourdhui " + présent dénonciation et passé composé ; expressions comme " vient de ") -> très ancré dans époque (article de journal)

    * Très nombreuses marques de jugement et de sentiment : modalisateurs " il ny a pas de doute que ", " bien entendu ", + surtout évaluatifs " avilir ", " sans nuance", + exclamation " eh bien ! " -> forte implication

  1. Commentez brièvement les phrases entre guillemets.

* discours rapporté direct (cf guillemets, ) : introduit voix de ladversaire (faux dialogue)

* structures grammaticales récurrentes signifiantes : " vous devez " = expression du totalitarisme (ton péremptoire ; obligation, menace) + " parce que " = explication lapidaire, qui nadmet pas de réplique -> dogmatisme ; renvoie dos à dos et se moque ainsi des deux grands adversaires du temps : même attitude (parallélisme)

TRAVAIL D'ÉCRITURE

Le constat que fait A.Camus vous paraît-il toujours d'actualité

-Problématique possible : L'homme a-t-il tiré les leçons du passé et sommes nous entrés dans une ère nouvelle où la confiance en lhomme a été restaurée, ainsi que le dialogue entre les hommes ?

menace lui-même

I Un monde de paix et de communication

II des progrès techniques inquiétants

III La permanence de la barbarie



Camus (1913-1960)


R. CHAR

" Feuillets d'Hypnos "

141


Introduction

* éléments biographiques (surréalisme, Résistance -> prend armes et plume)

* oeuvre : " Feuillets d'Hypnos " = 238 textes courts ; rédigés entre 39 et 45 ; mais dans préface, indique qu'il ne s'agit pas d'un simple témoignage autobiographique de la Résistance ; il s'agit de " simples notes ", " un feu de feuilles sèches eût tout aussi bien pu les écrire " ; il s'agit " de donner la voix à un humanisme conscient de ses devoirs (...) et prêt à payer le prix pour cela " -> sorte de journal de résistance, écrit lors de rares moments de répit

* ce poème 141 se présente comme une définition de la contre-terreur ; fort ancrage dans contexte historique ; littérature de Résistance ; mais loin de passer par termes abstraits, idées philosophiques, passe par une évocation simple et directe de la nature

* axes


Lecture analytique


I Un aphorisme


    1 . Structure du texte

* = texte parmi d'autres (un numéro, bref mais formant un tout, isolé) ; // Pensées de Pascal, Maximes de La Rochefoucauld, Héraclite (philosophe grec présocratique VI), Nietzsche etc : forme de la maxime, sentence, aphorisme.

* structure aphoristique (aphorismos = définition) très rigoureuse : substantif (thème) + 9 groupes nominaux (propos) précédés du présentatif " c'est " permettant une mise en relief grammaticale du thème.

* présent de vérité générale ; déictiques précédant presque chacun des GN // images -> volonté de représenter concrètement la notion de " contre-terreur " (procédé courant de définition = utiliser du concret pour l'abstrait)

* caractère très construit, assez oratoire de cet aphorisme : 2 phrases :

o 1 très longue présentant une cadence majeure créée par la structure anaphorique et l'accumulation des GN (augmentant de longueur sur la fin) qui viennent définir la contre-terreur et qui semblent pouvoir s'ajouter à l'infini (cf les points de suspension) -> grande dissymétrie entre le thème et le propos (protase et apodose)

o la 2ème, beaucoup plus courte, s'oppose aussi à la 1ère par la modalité exclamative et par l'abandon de la structure définitionnelle (" alors " + passé composé signalent entrée dans récit) -> effet de chute, envolée oratoire finale, typique du genre.


    2. Le croquis d'une guerre

* allusions au contexte historique de la Résistance : maquis (" vallon ", " graine de luzerne ", " bref compagnon " : maquis = clandestinité, rencontres de passage pour faire passer messages, armes...) ; univers de la guerre (" terreur ", " bref compagnon... " -> destiné à mourir ?, "essaim de fusées engourdies ", " tirant mille traits " : allitération en [t] et en [r], " incendie " X2 cf Aragon), lutte contre oppression (" lendemain minuscule " ; " lune " : actions de nuit ; " ombre accroupi " : maquisards se cachent) ; en même temps, présence des joies (" visage caressé ") et soucis (" cuir de sa ceinture ") qui font le quotidien du maquis.

* déictiques + images -> réalité concrète, la mettre sous les yeux du lecteur : hypotypose (description telle qu'elle permet au lecteur de se représenter un objet, une scène, comme s'il les voyait)-> Recherche connivence avec le lecteur (cf emploi de " nous " + déictiques : comme si lecteur se trouvait aux côtés du poète).

    1. Sens philosophique

o Sens caché à découvrir derrière ce jeu d'allusions ; il ne s'agit pas seulement d'un épisode autobiographique ; enjeu existentiel violent et non description réaliste du maquis :

* cf aussi hermétisme de la définition : " contre-terreur " = terme abstrait, désignerait a priori une attitude, voire une idéologie ; or ce qui en est donné comme une stricte équivalence, c'est une cascade de propos concrets renvoyant surtout à la nature (ce vallon, le bruissement des feuilles, cette pesanteur, etc), à des sensations : difficulté à formuler -> définition moins évidente qu'il n'y paraît

* Détour par le mythe ; la description n'est que suggérée. -> maquis prend sens symbolique :


<- aspect paradisiaque : vision d'une nature accueillante, idyllique (" pesanteur bien répartie ", " ouatée ", " écorce tendre de la nuit ", etc.) + amour et amitié (rapport intense à la nature et aux êtres humains, communion)


<- aspect infernal : lieu d'un rendez-vous avec le diable ; angoisse perceptible derrière notations telles " bref compagnon " // " fusées engourdies " (sifflement des balles ?), " lendemain minuscule " -> mort présente en arrière-plan, imminence du danger, puissance, inhumanité de l'adversaire, ->= image de toute vie humaine, placée entre paradis et enfer, bien et mal, beauté et horreur

* Dernière phrase vient éclairer sens de l'aphorisme : mythe de Faust en filigrane : la terreur en question n'est pas seulement celle de l'état de guerre vécue par les maquisards victimes des nazis ; lutter contre cette forme de terreur, c'est accepter de rencontrer le diable, de faire face au Mal absolu en faisant soi-même la guerre, en faisant soi-même régner une discipline très dure (lire fragment 138) = lui vendre son âme. Là encore, paradoxe : vendre son âme pour la sauver cf " qu'importent " + modalité exclamative : enthousiasme, certitude, malgré avenir sombre (passé composé " a fixé RDV " = certitude de la rencontre.) -> libre acceptation du destin, faire face au mal et à la mort


Mais définition de la contre-terreur moins philosophique (idées) que poétique (rendu d'une expérience profonde)


II La poésie salvatrice


1) Une perception poétique du monde


- équivalences = sensations visuelles, auditives, tactiles (bruissement, circulation ouatée, écorce tendre, visage caressé, couleurs vives) -> équivalence poétique non rationnelle mais d'autant plus exacte. (// synesthésies de Baudelaire mais surtout associations d'idées surréalistes, connexions surgies de l'inconscient -> cf " Hypnos ") Donne à voir un certain rapport au monde, qui mérite cette rencontre avec le diable


- vision fragmentaire, désordonnée ; 1er élément = " brouillard " -> flou, jaillissement d'images intenses et fragmentaires : // peinture moderne (ex. Guernica : non pas vision globale de la ville bombardée mais regroupement de détails frappants) et surréalistes. Procédé de la métonymie (et en particulier synecdoque) : ne perçoit pas le monde et les choses d'abord dans leur intégrité et globalité, mais par un aspect particulièrement frappant et évocateur : ex. : perception de la " graine " puis de la " fossette " pour en arriver au " visage " -> semble partir d'une sensation brute et immédiate du réel, d'où impression d'intensité ;

* finalement 1ère phrase fonctionne comme une accumulation de métaphores (rapprochement entre 2 réalités sans mot outil : contre-terreur // vallon, etc.) -> procédé fondamental chez les surréalistes (qui recherchent associations d'idées) ; noter l'accumulation d'images : " comme un essaim " (comparaison), " essaim de fusées " (métaphore :fusées = abeilles ou guêpes ", " fusées engourdies " (file la métaphore), " ouatée ", " écorce ", " incendie " (métaphores), " lendemain->intentions "(personnification), " buste " (synecdoque : la partie pour le tout)


  1. Beauté et harmonie : (" Un humanisme conscient de ses devoirs ")

* beauté et harmonie surgissent de cette description de la contre-terreur :

o nature maternelle, liée à l'harmonie et la douceur (évocation d'un bien-être serein " fusées engourdies ", " pesanteur bien répartie ", " circulation ouatée ", " incendie (...) qui ne sera jamais un incendie ", " en souriant " ;

o faisant partie intégrante de cette nature amie, évocation de l'amour et de l'amitié (" fossette d'un visage caressé ", communion avec le " compagnon accroupi qui pense (...) ")

  1. Un poème en prose

* ultime moyen de lutter contre la terreur = acte d'écrire. pouvoir du Verbe. Poème = moins une définition que l'acte d'un démiurge, affirmation (et création) de valeurs, négation du pouvoir du mal (" qu'importent... ")

* poésie serait la meilleure définition de la contre-terreur :

o anaphore du présentatif // incantation, (points de suspension montrent pouvoir illimité du poète -> dispose de tout l'univers pour lutter contre terreur)

o de même la beauté du poème, sa musique, le pouvoir de l'évocation = réponse à la terreur : poème en prose (relever procédés qui apparentent ce texte en prose à un poème) ex :

+ travail des images (cf II 1).

+ rythme très travaillé " c'est ce vallon (...) comble " = alexandrin ternaire ; " c'est cette pesanteur bien répartie " = décasyllabe ; cadence majeure dans " c'est l'ombre (...) va céder " etc.

+ travail des sonorités : " c'est ce vallon (...) comble " : assonance en á + liquides ; " c'est le fugace (...) engourdies " : allitération en [f] et [s] (harmonie imitative = équivalence sonore du comparé et du comparant) ; " c'est cette graine (...) caressé " : assonance en [è]



Conclusion

* bilan

* aphorisme : fulgurance de la suggestion, sorte d'immédiateté de l'expression

* alliance intime de la philosophie et de la poésie : évoque d'autres poètes


Annexe : texte 138

138


Horrible journée! J'ai assisté, distant de quelque cent mètres, à l'exécution de B. Je n'avais qu'à presser la détente du fusil-mitrailleur et il pouvait être sauvé! Nous étions sur les hauteurs dominant Céreste, des armes à faire craquer les buissons et au moins égaux en nombre aux SS. Eux ignorant que nous étions là. Aux yeux qui imploraient partout autour de moi le signal d'ouvrir le feu, j'ai répondu non de la tête... Le soleil de juin glissait un froid polaire dans mes os.


Il est tombé comme s'il ne distinguait pas ses bourreaux et si léger, il m'a semblé, que le moindre souffle de vent eût dû le soulever de terre.


Je n'ai pas donné le signal parce que ce village devait être épargné à tout prix. Qu'est-ce qu'un village ? Un village pareil à un autre ? Peut-être l'a-t-il su, lui, à cet ultime instant ?






RETOUR SUR MONTAIGNE : LECTURE ANALYTIQUE (À LA DEMANDE DE SANDRA)


Essais, « De l'Amitié », 1580-1592 « Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés...rien qui nous fût propre, ni qui fût ou sien ou mien. »

(autre photocopie présentant les étapes de l'écriture du passage)

Les réécritures du récit de la rencontre avec La Boétie et de la définition de l'amitié.



Introduction :

Présentation de l'époque, de l'auteur, de l'oeuvre et de l'extrait.

Quelle que soit la problématique, dans votre introduction vous devez expliquer ce que signifient [A] [B] [C] (avant la problématique) c'est-à-dire quelles sont les différentes phases de l'écriture. La problématique vous demandera de comparer les versions du texte donc d'interpréter l'évolution du style et de la pensée de Montaigne.


Prenons la problématique suivante :


[Question du correcteur : étudiez les réécritures dans le texte...] Nous allons étudier les réécritures dans le texte. Cela équivaut à se poser la question suivante.

Qu'est-ce qui est resté et qu'est-ce qui a changé au cours des ajouts et corrections apportées par Montaigne à son texte ?


I UNITÉ DE LA PENSÉE ET DU STYLE

I ÉVOLUTION DE LA PENSÉE ET DU STYLE


I UNITÉ DE LA PENSÉE ET DU STYLE


  1. Un thème et un genre identique

    * Analyse du titre (« de »+ subsatntif = tournure latine qui permet de dire que le subsantif est la notion que l'on va traiter, tournure courante dans les oeuvres philosophiques cf. par exemple Cicéron De Amicitia) : ce texte est un extrait de l'essai dans lequel Montaigne tente de redéfinir l'amitié, terme abusivement utilisé selon lui

    * genre de l'essai : connecteurs logiques (« Au demeurant », « Si », « parce que »), 1ère personne, modalisateurs (« particulièrement », « je ne sais quelle »...), recours fréquent à l'expérience personnelle, présent de vérité générale (« appelons » « il y a » « n'a..ne peut » « c'est »), présent d'énonciation (« je sens », « je dis », « je crois ») aussi bien dans A que dans B ou C

    *Thème = amitié Champ lexical de l'amitié : « amis » « amitiés » « accointances » « familiarités » « aimer » « union » « affection » « embrasser » « intelligence »

    * Visée argumentative Champ lexical de la définition « ce que nous appellons ordinairement...ce ne sont que » « En l'amitié dequoi je parle », récurrence du verbe « dire »

  2. Une thèse et des arguments identiques

    *Montaigne récuse la définition commune de l'amitié (définition floue selon laquelle l'amitié serait le lien qui permet d'unir les hommes, quelle que soit cette union : on parlait d'amitié aussi bien pour les rapports entre parents qu'entre collègues de travail ou...) tournure péjorative « ce que nous appellons ordinairement...ce ne sont que ».

    * Il définit la véritable amitié par opposition à cette amitié commune.

    * Il utilise toujours le même argument pour opposer ces deux visions de l'amitié. Pour être véritable une amitié doit être désintéressée. Elle ne peut donc pas être due à « l'occasion » ou à la « commodité ». Elle se moque des avantages matériels qu'elle peut comporter. Il est donc naturel que tout soit partagé entre de véritables amis.

    *Pour décrire le désintéressement et la nécessité toute spirituelle qui lie les amis Montaigne utilise les mêmes métaphores dans toutes les versions (métaphore de la couture, métaphore filée du mélange)

    *Il recourt aussi toujours au même exemple illustratif : une anecdote personnelle, son amitié avec La Boétie

  3. Un style toujours emphatique

    *Utilisation de métaphores mélioratives (champ lexical de l'alchimie « mélange universel » « quintessence », champ lexical de l'expérience religieuse « je ne sais quelle force inexplicable et fatale, médiatrice de cette union » [on dirait une description du Saint Esprit]« par quelque ordonnance du ciel » « se plonger et se perdre dans la volonté » [utilisé pour l'abandon à la Providence Divine])

    * Beaucoup de répétitions, de redondances « se mêlent et se confondent, d'un mélange » « pourquoi je l'aimais...parce que c'était lui, parce que c'était moi » « force inexplicable et fatale, médiatrice de cette union » « rien qui nous fût propre ni qui fût sien ou mien »

    *Beaucoup d'énumérations et de gradations « Ce n'est pas une spéciale considération, ni deux, ni trois, ni quatre, ni mille » hyperbole !!!

    *Usage abondant d'intensifs « un mélange si universel » « si pris, si connus, si obligés » « rien dès lors ne nous fut si proche que l'un à l'autre » « tant de précautions » « rien qui nous fût propre »




I ÉVOLUTION DE LA PENSÉE ET DU STYLE

  1. Les « farcissures »

  2. Changement de type de texte

  3. Une vision de l'amitié de plus en plus mystique