SÉQUENCE 1 : AUTOUR DE SOPHOCLE

I BIOGRAPHIE DE SOPHOCLE

  1. 1 dramaturge admiré, 1 citoyen respecté. Il incarne pour ses contemporains le type même de l'homme heureux.

  1. Repères biographiques : Sophocle naît à Colone (bourg situé à une dizaine de stades – soit 18 Km- d'Athènes), vers 495 AVANT JC. Il est de pure race athénienne . C'est donc un privilégié de l'époque : richesse, bonne éducation et une carrière à la fois politique, militaire et religieuse. Il est élu « stratège » deux fois. Le stratège était plus qu'un chef militaire (l'équivalent d'un général), c'était surtout le premier magistrat de la cité. Sa fonction était politique. Il prendra part avec le plus grand chef militaire de l'époque, Périclès, à l'expédition militaire contre l'île de Samos. Il se voit aussi conférer des charges religieuses. Dans le cadre de la démocratie athénienne toutes ces distinctions signifient qu'il est reconnu, estimé, respecté par ses concitoyens.

  2. C'est aussi un dramaturge de talent : à 27 ans il remporte le concours des Grandes Dionysies (fête printanière en l'honneur de Dionysos où l'on jouait les trilogies des concurrents) alors que son rival était le grand Eschyle, son aîné de 30 ans.

  3. C'est un auteur prolifique (le Hugo des tragiques grecs...). On estime qu'il a dû écrire 123 tragédies. Comme il a gagné 26 fois le concours des Grandes Dionysies (vous multipliez par 3), ce sont 78 pièces qui ont été couronnées de succès. Mais il ne nous reste plus de lui que 7 tragédies et desfragments d'un drame satirique, tous difficiles à dater. De toute façon, cette datation n'aurait pas grand intérêt dans la mesure où l'oeuvre de Sophocleporte sur la condition humaine, sur des mythes, par définition intemporels, plus que sur des faits d'actualité.

II L'OEUVRE TRAGIQUE DE SOPHOCLE

  1. Son originalité :

  1. Les pièces de Sophocle

III Conclusion





I L'ORIGINE DU THÉÂTRE À ATHÈNES

C'est Athènes qui a inventé le théâtre (tragédie et comédie). Le mot théatron vient du verbe theomai qui signifie « regarder » puis « être spectateur de théâtre ». Le théâtre est avant tout le lieu du spectacle. Il tient une place essentielle dans la vie de la cité, dans ses deux dimensions, religieuse et civique.

  1. Sa fonction religieuse

  1. Sa fonction civique

II L'ORGANISATION DES SPECTACLES

  1. L'organisation des concours tragiques

  1. le théâtre

  1. les acteurs

III LA STRUCTURE TRAGIQUE

  1. L'alternance dialogue/chant

  1. plan type de la composition d'une tragédie



CONCLUSION

La tragédie grecque est un spectacle total qui unit la musique, la danse, le chant et la parole ; c'est à la fois une institution civique et une institution religieuse. Sophocle a beaucoup renouvelé le genre en donnant une plus grande complexité à l'intrigue, innovation pour laquelle il avit besoin du 3ème acteur qu'il est le premier à avoir utilisé. Le genre tragique est un genre très codifié. Il repose sur deux procédés dramaturgiques essentiels, selon Aristote (Poétique, XI) : la péripétie (retournement de l'action qui prend un sens contraire à celui qu'elle avait) et la reconnaissance : cas particulier de retournement qui conduit de l'ignorance à la reconnaissance. Oedipe Roi illustre parfaitement à la fois la structure tragique et les idées de Sophocle sur l'homme et son rapport au monde.







La spécificité du genre théâtral réside dans sa capacité à représenter le réel (voir une action jouée par des acteurs donne l'illusion d'assister à un événement humain véritable). En cela il se distingue des genres antérieurs et notamment de l'épopée qui évoque des actions et des personnages à travers le récit (cf. Homère). D'après Aristote, le genre dramatique accomplit l'objectif de la création littéraire qui doit être l'imitation du réel, imitation qu'il appelle mimésis.

Le théâtre est en même temps considéré dès l'Antiquité comme un spectacle total (il touche au minimum la vue et l'ouïe) qui introduit le spectateur dans un autre monde, le monde de l'illusion théâtrale.

Sollicité par la représentation, le spectateur éprouve devant la force du malheur auquel il assiste une intensité d'émotion qui doit le conduire à se purifier de ses passions et de ses peurs. C'est une des fonctions de la tragédie, la catharsis. On peut se demander si celle-ci ne s'intègre pas elle-même dans un questionnement politique et philosophique.

I LA CATHARSIS

La tragédie se propose de donner au spectateur la possibilité d'une véritable libération morale, par le spectacle des passions et des malheurs qu'elles entraînent.

  1. Susciter la terreur et la pitié

Pour Aristote, les sentiments provoqués par le spectacle des souffrances des personnages relèvent essentiellement de la terreur et de la pitié. Les spectateurs sont émus et saisis d'horreur devant la déchéance dans laquelle sont plongés les personnages : on voit par exemple la double découverte d'Oedipe, à la fois parricide et incestueux.

Le spectacle de ces maux est d'autant plus poignant que le malheur est effectivement représenté sur scène. Oedipe arrive sur scène les yeux crevés (il porte un masque sanguinolent), Créon, dans Antigone, tient dans ses bras le cadavre d'Hémon, son propre fils. Les faits représentés sont donc terribles et terrifiants. Ils donnent le sentiment du tragique.

Les paroles des personnages du choeur viennent l'intensifier et l'amplifier de façon à ce que l'horrible se combinant au tragique, le spectateur soit ému par les maux qui frappent les personnages et qu'il éprouve pour eux pitié et compassion. Comme le théorise Aristote (1 siècle après Sophocle) « il faut qu'indépendamment du spectacle, l'histoire soit ainsi faite qu'en apprenant les faits qui se produisent, on frissonne et on soit saisi de pitié devant ce qui se passe. »

L'horreur du spectacle n'est pas une fin en soi, les faits n'ont de valeur que s'ils sont intégrés au spectacle, commentés par les personnages et le choeur qui mettent l'accent sur la vulnérabilité et les failles de ces héros, rois ou demi-dieux, qui en deviennent dès lors de simples humains. Le spectateur peut donc s'identifier à eux.

Le spectateur se projette dans le personnage tragique. Il vit à travers le héros ce qui existe en lui-même à l'état latent. Ce faisant il n'a plus besoin de passer à l'acte pour exprimer ses propres pulsions (colère, violence...) et il s'en libère. C'est ce qu'Aristote appelle la catharsis.

    2. L'organisation de la représentation

Une des causes de la naissance du sentiment tragique réside dans l'organisation de l'intrigue. Les faits s'enchaînent de façon inéluctable sous l'effet de la fatalité, si bien qu'on en arrive à plaindre les personnages tout en les admirant pour leur courage dans cette épeuve qui les dépasse. Par exemple, Antigone meurt de façon poignante. L'émotion que suscite cette mort ne vient pas du seul événement en lui-même, mais de l'enchaînement des faits qui l'ont précédé et de l'acceptation de l'héroïne face à la fatalité.

En outre, le spectacle est organisé de telle sorte que les faits révèlent peu à peu le carctère des personnages. C'est là que réside précisément l'art du dramaturge, là que s'exprime son originalité. Par exemple Sophocle puise dans un fonds mythique connu des spectateurs (ils connaissent Homère, et même s'ils ne le connaissent pas, ces mythes sont représentés, sur des objets quotidiens, les vases par exemple). Tous les Athéniens savent d'avance le destin d'Oedipe ou d'Electre. L'art de susciter l'émotion repose sur le travail que fait le dramaturge sur le récit mythique. Son travail consiste à individualiser les personnages, à donner une consistance à leur caractère pour renouveler l'intérêt du spectateur et nourrir son émotion. Par exemple, Sophocle nous montre Electre se lamentant sur la fausse nouvelle de la mort de son frère Oreste. Le personnage en est rendu plus émouvant.

    3. Le plaisir esthétique

Aristote insiste sur cette dimension et il en fait même une des conditions de la catharsis. Le spectateur assiste avec plaisir à la représentation du meurtre, de la violence et du malheur. Pour Aristote, c'est que ces événements sont transposés dans une oeuvre d'art et que le spectateur garde à l'esprit qu'il s'agit d'un spectacle.

Les conditions de la représentation permettaient de garder cette distance entre le spectacle et le réel. L'éloignement de la scène, les masques et les costumes, typés en fonction des personnages, de leur rôle, le nombre restreint d'acteurs pour incarner tous les personnagfes ne permettaient pas de donner l'illusion du réel. Ce qui primait, ce n'était pas la vraisemblance du spectacle mais le plaisir esthétique et l'émotion (terreur et pitié) suscités chez les spectateurs. Les émotions sont à la fois une composante du plaisir tragique , mais elles sont aussi le moyen d'opérer en soi une véritable purification de ses propres passions.

Si elle s'interroge sur l'hmain, la tragédie questionne aussi sur sa place dans la société, sa relation au pouvoir et sur le thème de la justice. Les spectacles tragiques sont donc foncièrement liés au fonctionnement de la cité, c'est-à-dire à l'unité poiltique de la Grèce antique.

    II TRAGÉDIE ET QUESTIONNEMENT POLITIQUE

  1. Un spectacle civique

    Nous avons vu que la cité organisait les spectacles et payait les acteurs tandisqu'un archonte finançait le choeur ( Ce que devait faire le chorège, c'était recruter et payer le choeur ainsi qu'un joueur de flûte, prévoir les masques, les costumes et la réception à la fin du concours) et qu'un jury de citoyens désignait le dramaturge vainqueur des concours tragiques.

    La cité était en outre elle-même représentée par le choeur qui, généralement, incarnait le peuple. Que ce soient les matelots de Salamine dans Ajax, les marins achéens dans Philoctète, les jeunes filles de Trachis dans les Trachiniennes, les vieillards de Thèbes dans Oedipe Roi et Antigone ou les vieillards de l'Attique dans Oedipe à Colone, le choeur exalte toujours par ses chants les valeurs civiques et religieuses. On le voit dans les prières qu'adresse le choeur d'Antigone à Dionysos ou dans ses louanges à la cité. On le voit aussi dans Oedipe à Colone quand le choeur loue la cité athénienne et en rappelle les deux divinités tutélaires : Athéna et Poséïdon.

    Plus largement, à travers ses pièces, Sophocle se livre à une véritable réflexion sur le pouvoir.

  2. Une réflexion sur la démocratie et la justice

    Dans les tragédies de Sophocle, les personnages mis en scène, comme Créon, Oedipe ou Agamemnon appartiennent à une société aristocratique à laquelle Athènes, à l'époque de Sophocle, vient de mettre fin. L'abolition de la tyrannie, c'est-à-dire de la concentration du pouvoir dans les mains d'un seul, le tyran, date de 510 av. JC. Si les pièces de Sophocle mettent en scène des tyrannoi, c'est pour dénoncer ce type de pouvoir qui comporte le risque de l'abus (cf. l'hybris d'Oedipe) et d'oubli des règles religieuses (cf. Créon dans Antigone, refuse la sépulture à Polynice). D'autres personnages incarnent l'idéal démocratique. C'est par exemple le cas d'Hémon, dans Antigone. Lorsque Créon, son père, abuse de son pouvoir royal pour contourner une règle religieuse, il le critique vertement. On peut retenir son argument, maxime démocratique idéale « il n'est pas de cité qui soit le bien d'un seul ».

    Le devoir de tout homme, dans l'univers de la tragédie, est de respecter la loi religieuse (loi non écrite qui permet à toute société humaine de rester véritablement juste – c'est-à-dire pas seulement légale). S'ils ne s'y conforment pas, les hommes font acte de démesure (=hybris) et sont désavoués par la collectivité puis punis apr les dieux. Quelques exemples de lois religieuses : l'interdiction de l'inceste ou du meurtre. Créon, par exemple, en refusant que soient rendus les honneurs funéraires à Polynice et en ordonnat qu'Antigone soit enterrée vivante est injuste, à la fois impie et inhumain. Ces manifestations d'hybris se retournent contre lui avec la mort d'Hémon : les dieux sanctionnent la démesure humaine.

    De ce côté là, l'oeuvre de Sophocle ne reflète pas l'évolution de la pensée grecque qui, avec Périclès et l'avènement de la démocratie, tend vers plus de rationnalité (et donc un détachement par rapport à l'existence de l'influence des dieux dans la vie humaine). Mais on peut remarquer que la dernière pièce de Sophocle, Oedipe à Colone, accorde une plus grande place à la justice humaine. Par exemple, Thésée accueille sur son sol Oedipe, malgré la souillire qu'il incarne. Thésée pardonne donc à Oedipe avant même que les dieux n'accordent à ce personnage le repos de l'éternité. Peut-être y a-t-il là une évolution de la pensée de l'auteur qui, en accordant une plus grande confiance à l'homme et à son jugemùent rationnel se fait l'écho de l'évolution politique d'Athènes au Vème siècle av JC. Les hommes prennent part à cette justice autrefois laissée au pouvoir des seuls dieux.

    Conclusion

    Les pièces de Sophocle constituent une réflexion fondamentale sur l'homme dans son rapport aux dieux, à la justice et au pouvoir.

    La représentation des excès, des souffrances et des malheurs permet au spectateur de prendre une distance par rapport à ses propres passions et de s'en libérer. C'est là une fonction essentielle de la tragédie qui explique les modifications que le dramaturge peut faire subir au mythe fondateur.

    « Le mythe héroïque en lui-même n'est pas tragique, c'est le poète tragique qui le rend tel. Les mythes comportent certes, en aussi grand nombre qu'on le voudra, ces transgressions dont se nourrissent les tragédies : l'inceste, le parricide, le matricide, l'acte de dévorer ses enfants, mais ils ne comportent en eux-mêmes aucune instance qui juge de tels actes comme celles qu'a créées la cité, comme celles qu'exprime à sa façon le choeur. Partout où l'on a la chance de connaître la tradition où s'est exprimé le mythe, on constate que c'est le poète tragique qui boucle le cercle qu'est la tragédie. Il en est ainsi chez Sophocle. L'Oedipe d'Homère meurt sur le même trône de Thèbes, ce sont Eschyle et Sophocle qui en ont fait un aveugle volontaire et un exilé (...) Le héros se sépare donc de la cité qui le juge, et, en dernière instance, les juges seront ceux-là même qui attribuent le prix au vainqueur du concours tragique, le peuple assemblé au théâtre. » expliquent Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet dans Oedipe et ses Mythes.







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SÉQUENCE 4

OEDIPE : DU MYTHE À SOPHOCLE

I QU'EST-CE QU'UN MYTHE ?

Il existe de nombreuses définitions du mythe. Selon Pierre Grimal, spécialiste de la question c'est « un récit se référant à un ordre du monde antérieur à l'ordre actuel et destiné à expliquer une loi organique de la nature des choses. » Dictionnaire de mythologie gréco-romaine. Voyez aussi les définitions qui se trouvent en photocopie dans votre cours sur Supplément au Voyage de Bougainville et dans votre édition Bibliothèque Gallimard.

  1. L'origine des mythes

    Un mythe ne possède pas de date de naissance précise pas plus que d'auteur défini. Il remonte en général à la préhistoire, avant l'invention de l'écriture (avant le 20ème siècle av JC). Le mythe est un récit oral transmis de génération en génération. Chacun peut l'enrichir de ses idées et de ses commentaires. On ne peut attribuer la création du mythe à un seul individu. Quant à nous, nous ne connaissons les mythes que par leurs versions littéraires, plus élaborées et plus tardives.

  2. Les temps du mythe

    Un mythe relate toujours un événement passé qui s'est produit dans les premiers âges du monde. Le temps du mythe est différent du nôtre ; il met en scène des dieux et des héros, des animaux et des forces magiques. Il existe deux temps du mythe :

    * un temps pré-histoprique (l'orthographe est importante) : un événement relaté implique une lutte contre les dieux ou fait intervenir des êtres fabuleux (ex. : cyclopes, centaures, sphinx...)

    * un temps historique : les êtres humains apparaissent, avec des noms propres et une destinée individuelle, dans un état organisé; parfois ils font référence à des réalités historiques (la guerre de Troie par exemple a vraiment eu lieu, les archéologues en ont retrouvé les traces) mais compètement transformées.

    Dans les deux cas, la temporalité du mythe nous renvoie à un monde antérieur à celui des lecteurs (ou spectateurs) qu'on ne peut pas situer chronologiquement de façon précise. Il ne s'agit pas pour autant de n'importe quel passé, de n'importe quel événement. Il y a toujours la présence de sacré, de surnaturel dans le mondes des hommes. Pour reprendre la formule de J. Scherer, le sacré « résulte de l'invasion du divin dans une apparence humaine » Dramaturgies d'Oedipe. En ce la il se sépare du conte ou de la fable, qui eux-aussi se situent dans un temps antérieur indéfini (« il était une fois... »), parce que le conte et la fable n'impliquent pas obligatoirement la présence du mystère divin.

  3. Les types de mythes

    Il existe deux types de mythes:

    * le mythe est totalement religieux : il se présente comme une explication de la création de l'univers (par exemple, pour les Grecs, la paternité et la maternité du ciel, des Montagnes et de la Mer étaient attribuées à Gaïa, cense avoir enfanté sans l'aide d'un homme. Il est théogonique (ou il est une thégonie) (récit qui explique la naissance (gon) des dieux (theo) ) et/ou cosmogonique (récit qui explique la naissance du monde (cosmo))

    * le mythe décrit une réalité plus humaine mais qui reste mystérieuse, objet de croyances comme la mort, la part de destin, de hasard, de liberté dans chaque existence ou objet ou de tabous comme l'inceste.

    Le récit mythique accumule des faits souvent extraordinaires, tenus pour concevables parce qu'ils se passent dans un temps reculé, mystérieux et prestigieux.

  4. La fonction du mythe

    Le mythe n'est pas romanesque : son but n'est pas de créer du sudpense et de la vraisemblance. Pourtant il était tenu pour vrai par les peuples auquel il s'adressait et qui partageaient les croyances qu'il portait. Dans le mythe règne cette idée que rien n'est faux, ni contradictoire, ni anormal bien qu'il ne soit pas forcament rationnel.

    Un mythe, par-delà les siècles, est fait pour toucher la sensibilité, la conscience humaine. L'histoire racontée personnalise en une aventure singulière une émotion, une interrogation ou un comportement commun à tous. Tout mythe possède une forte charge affective. Le mythe ne vit que par l'emprise qu'il exerce sur ses lecteurs ou sur ses auditeurs.

    La fonction du mythe n'est pas seulement le plaisir de raconter une histoire captivante mais surtout de donner une explication du monde, des phénomènes naturels, humains etc.

II LA LÉGENDE D'OEDIPE EST-ELLE UN MYTHE ?

    La légende d'Oedipe remonte à un passé lointain et renferme tous les éléments constitutifs d'un mythe.

  1. Le sacré y intervient

    Certes sa part est restreinte mais on sait que l'oracle de Delphes intervient deux fois dans la légende d'Oedipe (une fois pour annoncer à ses parents que leur fils tuerait son père et coucherait avec sa mère et l'autre fois - Créon est le messager de cette nouvelle, sur laquelle s'ouvre a tragédie – pour dire que la cité de Thèbes ne peut être sauvée de la peste que si le tueur du roi Laïos est vengé.

  2. Le mythe d'Oedipe relève des deux types de mythes évoqués plus haut

    Il relève du mythe anté-historique : la référence au sphinx (lion ailé à tête et buste de femme) renvoie à un état primitif et légendaire du récit où les dieux et les monstres cohabitent avec les hommes.

    Il relève du mythe historique : la mention de villes réelles comme Thèbes et Corinthe, la présence d'une organisation politique solide (la monarchie) renvoie à des réalités historiques qu'ont peut situer dans la chronologie de l'histoire grecque.

  3. Le drame d'Oedipe soulève des questions fondamentales

    Oedipe ne sait rien sur lui-même, sur ses origines, sur ses actes (il se croit libre et maître de son destin, et en fait il en le jouet). Nous sommes, de par notre situation existentielle, devant les mêmes questions, aussi anciennes et éternelles que l'homme : que savons-nousde nous-mêmes ? Pouvons-nous vraiment répondre à l'exigence inscrite sur le fronton du temple de Delphes « connais-toi toi-même »? Sommes-nous libres ? Quel rôle jouent le hasard et la fatalité ?

  4. La légende d'Oedipe a subi de nombreuses réécritures

    Sénèque (latin, I er siècle après JC) Corneille (1659) Voltaire (1718) Gide (1930) ont écrit chacun un Oedipe différent, Cocteau l'a repris en le changeant considérablement dans La Machine Infernale (lecture conseillée), Henri Bauchau a réécrit la légende d'Oedipe en y projetant l'expérience de la déportation (Cocteau et Bauchau méritent vraiment d'être lus).

    Oedipe n'intéresse pas que les écrivains : à la fin du XIXème siècle, Freud (1856-1939) a vu dans la destinée d'Oedpe une image de la condition humaine en général (cf. complexe d'Oedipe). Pour lui la pièce de Sophocle ne met pas en scène d'abord le mécanisme de la fatalité mais plutôt celui du dévoilement de la (douloureuse) vérité derrière les (convenables) apparences.

III OEDIPE AVANT SOPHOCLE

Sophocle n'a pas créé la légende d'Oedipe, même si l'on ne connaît pas vraiment les emprunts, car trop de documents manquent. Si la base est constante, de nombreuses variantes existent.

  1. Les premiers textes : Homère (VIIème av JC)

    La source la plus ancienne est celle d'Homère (2ème moitié du VII ème siècle). Dans l'Odyssée, Ulysse, aux Enfers, rencontre l'ombre de Jocaste. Différence importante avec la version de Sophocle : après découverte de la vérité Oedipe,loin d'être aveugle et exilé, continue à régner sur Thèbes. Aucun enfant né de l'inceste n'est mentionné. Oedipe meurt au combat. Pourtant il n'a pas vécu heureux car il a fini sa voie dans un perpétuel remords.

  2. Les premiers textes : Eschyle (525-426 av JC)

    Eschyle a consacré une trilogie à la légende d'Oedipe : Laïos, Oedipe, Les Sept contre Thèbes. Nous n'avons plus que cette dernière pièce. Eschyle, lui, insiste sur la faute originelle de Laïos (qui a aimé – nous dirions violé – le jeune Chrysippos, fils de son hôte) dont la descendance est maudite. Il insiste sur la fatalité qui pèse sur Oedipe et parle de sa cécité.

  3. Les premiers textes : Euripide (480-406 av JC)

    Contemporain de Sophocle, il a aussi composé une tragédie intitulée Oedipe, mais il n'en reste qu'un fragment. D'après ce fragment, ce n'est pas Oedipe lui-mle qui se crève les yeux, mais les serviteurs de Laïos, sans doute pour venger leur maître.

Conclusion : Sophocle n'a pas créé la légende d'Oedipe, mais en utilisant les éléments du mythe, il a su créer une oeuvre à part, qui tranche sur celle de ses prédecesseurs. A l'intérieur du cadre fixe de la légende, le dramaturge peut agencer les événements à sa guise, en ajouter d'autres ou en supprimer, modifier leur signification : c'est le propre des réécritures, leur nombre et leur diversité met en valeur la richesse du mythe.



La tragédie fait alterner la voix individuelle des acteurs avec le chant collectif du choeur. Ce dernier est présent dans l'espace théâtral sur l'orchestra où se trouve l'autel (thymélé) de Dionysos.

Dans la parodos, le choeur entre solennellement en achantant sur un rythme de marche (ces chants s'appellent les péans) et prend sa place autour de la thymélé. Il occupe cette place pendant toute la représentation, soit qu'il se tienne immobile, soit qu'il évolue autour de l'autel, dans un sens ou dans l'autre.

I QUI EST LE CHOEUR ?

  1. La composition du choeur

    Il s'agit des quinze choreutes qui forment un personnage collectif, anonyme. Ils peuvent être des marins (comme dans Ajax et Philoctète), des jeunes femmes (comme dans Les Trachiniennes et Electre), ou encore des vieillards (comme dans Antigone, Oedipe Roi et Oedipe à Colone); dans Oedipe Roi, les vieillards de Thèbes sont témoins du drame.

  2. Le choeur sur la scène

    Le choeur est masqué, costumé « mais les choreues portent, comme les hoplites (=fantassins) de la cité, un uniforme : le chef de choeur lui-même (le coryphée),intermédiaire obligatoire entre les héros et les choreutes, ne se distingue pas par son costume. Au contraire, les masques et les costumes des acteurs sont individualisés (Jean Pierre Vernant/Paul Vidal-Naquet : Oedipe et ses Mythes. La séparation avec les acteurs se fait tant par le costume que par la place du choeur sur l'orchestra. Mais on a peu de renseignements sur l'évolution du choeur et le type de musique présenté. On sait que tous les mouvements des choreutes sont les mêmes.

  3. Les interventions du choeur

    ils enterviennent dans :

II QUEL EST LE RÔLE DU CHOEUR ?

  1. Proximité avec les personnages

    Dans Oedipe Roi, le choeur est loyal à Oedipe, il respecte les strices lois religieuses. Ce sont des vieillards simples et naïfs, qui utilisent un langange familier et complice. Même frappé d'horreur devant l'enchaînement monstrueux qui suit la révélation, à aucun moment il ne cesse de s'identifier au héros (cf. dernier stasimon)

  2. Le choeur comme conseiller

    Le coryphée annonce généralement l'entrée des personnages, il renseigne les personnages sur ce qui vient de se passer et conseille les héros. Dans Oedipe Roi, le choeur intervienrt directement dans l'action dès son entrée en scène, comme les autres personnages. Il réagit aux nouvelles et aux événements qui viennent tout juste de se produire. C'est en réponse à sa demande que le roi s'engage dans la poursuite du meurtrier, pour délivrer la cité de la peste. Il commence par poser une question sur le sens de l'oracle que vient de rapporter Créon, au lieu de donner des indices complémentaires sur son identité et la situation dramatique de Thèbes. L'unique souci du choeur, c'est de sauvegarder la ville et les hommes.

  3. Le choeur comme témoin impuissant

    Le choeur ne joue pas de rôle clé dans l'intrigue : elle pourrait se dérouler sans lui. Le choeur assiste impuissant aux événements qui constituent le tragique de l'histoire. Il réagit sur le mode lyrique aux événements. Il commente les événements et apparaît comme une sorte d'intermédiaire entre les grands héros et les spectateurs. C'est à lui que revient de maintenir constamment en eux la tension de la terreur et de la pitié. Il a donc un rôle essentiel, malgré son apparente inutilité : catalyser la catharsis.

    III LE CHOEUR : UN PERSONNAGE SYMBOLIQUE

  1. Le représentant des valeurs collectives

    Le choeur incarne les valeurs religieuses, civiques et morales partagées par les spectateurs. C'est une sorte de conscience morale collective qui invite l'homme à la pondération, au respecte des dieux et de la cité « Dieu est ma sauvegarde et le sera toujours. » Il condamne l'homme orgueilleux, atteint de démesure. C'est lui qui donne la « morale » de l'histoire d'Oedipe : « gardons-nous d'appeler un homme heureux, avant qu'il ait franchi le terme de sa vie sans avoir subi un chagrin ».

  2. Le représentant des spectateurs

    Le choeur réagit toujours en simple mortel, non en héros tragique. Il est le premier spectateur du drame et se montre tour à tour choqué, perdu, ému par ce qui est représenté sur scène. Il est le prmier à réagir devant ce qui se passe, à exprimer ses émotions. La situation, gràace à ses interventions , est amplifiée, dramatisée.

    S'il ne communique pas ses émotions aux spectateurs, du moins, le choeur exprime-t-il leur réaction dans les moments les plus pathétiques de l'action.

    Il invite le spectateur à méditer sur le sens d'une histoire exemplaire « Ayant ton sort pour exemple, ton sort à toi, malheureux Oedipe, je ne puis pas juger heureux qui que ce soit parmi les hommes. »

    Conclusion

    Le choeur apparaît comme une sorte de médiateur entre les acteurs et le public. Il est à la fois plus proche des héros (conseils, partage des souffrances) et proche du public par les valeurs qu'il oncarne et qu'il défend. Dans ce rôle de médiateur, le cheour amplifie les deux ressorts de la tragédie antique, tels qu'Aristote les a définis : la terreur et la pitié.

    Le coryphé a toujours le mot de la fin et souvent ses propos ont la forme de proverbes exprimant des lieux communs. En concluant sur une vérité générale et non sur l'émotion d'un destin individuel, le texte se clôt sur un retour à la raison et à la réflexion après la pitié et la compassion , sur un retour à l'apaisement après la catastrophe (péripétie finale qui précipité le héros tragique dans le malheur) : « la particularité tragique du héros se fond dans une vérité collective, susceptible d'être partagée par tous » (Romain Lancrey-Javal, Commentaires sur Oedipe Roi.



Les représentations théâtrales reposent sur une codification de l'espace et du pemps. La tragédie représente le dénouement d'une crise et implique donc un resserrement du temps, ainsi que le précise Aristote dans sa Poétique. De même, l'espace tragique est celui e la scène, le proskenion, sur laquelle évoluent les acteurs. Or si le temps tragique est un temps resseré et l'espace tragique un espace restreint, le dramaturge fait éclater ces limites en créant par le récit un espace plus vasre, un passé et un futur qui balancent les héros entre bonheur et malheur.

I LE TEMPS

  1. La représentation d'une crise

    Aristote dans la Poétique suggère que « la tragédie essaie autant que possible de tenir dans une seule révolution du soleil ou de ne guère s'en écarter ». Si les auteurs grecs n'ont pas toujours tenu compte de cette recommandation, pour ce qui est de Sophocle, l'unité de temps est une des constantes de ses pièces. Dans Oedipe Roi, l'action de la pièce est concentrée dans n temps restreint et la durée du spectacle équivaut partiquement à la durée supposée de l'action. Les crimes ont donc déjà été commis et la vérité se dévoile inéluctablement dans une série d'affrontements ponctués par les plaintes du coryphée et du choeur. La détresse n'en est que plus foudroyante. Dans Antigone, au début de la pièce, l'aube des lève sur Thèbes; à la fin de la pièce, le jour s'achève avec la mort d'Antigone, d'Hémon et d'Eurydice. La structure est la me dans Electre et Ajax.

    Le resserrement temporel s'exlique par le fait que la tragédie représente le moment décisif du dénouement d'une crise, d'un drame commencé auparavant. Dans Antigone, après un rappel des malheurs légués par Oedipe et des édits promulgués par Créon interdisant d'accorder des funérailles à Polynice, Antigone se prépare à l'action : sa décision est déjà prise : elle va aller à l'encontre de l'édit de son oncle. L'intensité dramatique dépend intimement du resserrement du temps.

  2. Temps et destin

    Ajax déclare « oui, le temps, dans sa longue, interminable course, le temps fait voir ce qui restait dans l'ombre, tout comme il cache ce qui brillait au jour. » La tragédie opère de fréquentes analyses pour expliquer le poids qui pèse sur les personnages au moment où ils apparaissent sur scène. De nombreux récits émaillent les pièces de Sophocle : ils permettent de révéler au personnage tout ce qui est déjà joué. Les héros tragiques pensent marcher vers le futur, alors qu'ils accomplissent en fait ce qui a déjà été tracé. Les personnages tragiques sont donc les héritiers d'un passé évoqué par les récits et ce passé influe sur le futur des personnages. Tirésias évoque ainsi le malheur qui attend Créon s'il paersiste dans sa sévérité. Les récits permettent donc de dilater le temps de la tragédie. Ils éclairent le prrésent à la lumière du passé et montrent combien est sombre et funeste l'avenir des héros tragiques.

  3. L'irréversibilité du temps

    Le temps de la tragédie est un temps fatal ; il condut le héros vers la « catastrophe » (= bouleversement) finale qui caractérise le dénouement de la tragédie. Les héros sont engagés dans une course contre la montre, course dérisoire, car toujours paerdue d'avance. Nul ne paut échapper à son passé, nul ne peut effacer ce qui a été fait ou dit. Oedipe a tué son père et épousé sa mère comme il le lui avait été prédit; il le découvre peu à peu, selon les « péripéties » chères à Aristote. Les péripéties sont en fait des coups de théâtre, des « renversements de situation qui inversent l'effet des actions », où le personnage apparaît comme le jouet du temps et du destin. Ainsi un messaqger vient d'annoncer à Oedipe que Polybe est mort, Oedipe se croit sauvé, mais en même temps, il lui révèle que Polybe n'est pas son vrai père, seulement son père adoptif. Le berger qui arrive ensuite et qui a sauvé Oedipe autrefois lui révèle toute l'horreur de sa situation.

    Cette reconnaissance aui, toujours selon Aristote fait passer le personnage de « l'ignorance à la connaissance » est programmée dès les premières lignes de la tragédie et si le couperet tarde à tomber à cause des péripéties il n'en tombe pas moins.

    Le temps apparaît donc comme inexorable; les oracles ont fixé, semble-t-il, le cours de la destinée humaine et nul ne peut échapper à ce qui a été écrit. Thésée, dans Oedipe à Colone, déclare à Oedipe « je sais que je suis un homme et que, pas plus que toi, je ne dispose de demain ».

    Le temps de la tragédie est celui du destin; il est marqué par l'inéluctabilité, la concentration, puisqu'en un jour, le héros retrace l'ensemble (ou une partie) de son existence.

II L'ESPACE

    Le traitement de l'espace obéit aux règles de la trag »die. L'espace scénique n'est qu'une partie de l'espace évoqué dans la pièce

  1. L'espace scénique

    Les tragédies de Sophocle sont orécédées de didascalies qui précisent le décor de l'action. Pour Antigone, Oedipe Roi et Electre, c'est un palais royal ; dans Les Trachiniennes, c'est une maison, dans Philoctète une grotte, dans Ajax, une baraque de campement et dans Oedipe à Colone, c'est à la campagne. Ces lieux sont indiqués grâce à la skénè, baraque de fond de scène qui servait de décor. La porte centrale symbolisait l'accès au palais, ou à l'intérieur de la maison, les portes latérales symbolisaient l'accès à la cité ou à la campagne. Il n'est pas besoin d'un décor sophistiqué; les paroles des personnages se chargent d'évoquer l'apparence des lieux et l'imagination des spectateurs réussit très bien à se les représenter.

    Les espaces représentés ont généralement un sens. Le plais roal signifie le pouvoir tandis que les espaces représentés dans Ajax et Philoctète ne sont que des é&tapes sur le chemin du retour vers la terre natale après la guerre de Troie.Toutefois, l'acion de la tragédie ne se limite pas à l'espace scéniqe visible (c'est-à-dire au proskenion). Par les récits, les personnages évoquent d'autres lieux: dans Antigone, il est par exemple question de la plaine où gît Polynice.

    Répétons-le, l'espace tragique ne se limite pas à l'espace représenté. C'est d'autant plus vrai que les morts violentes qui caractérisent le genre tragique sont rarement représentées sur scène. Si Ajax se suicide sur scène, Clytemnestre est tuée par Oreste à l'intérieur du palais et on ne voit son cadavre ensanglaté qu'après. Le meurtre de Laïos, comme la mort de Jocaste font l'objet d'un récit. La mutilation d'Oedipe n'est pas montrée sur scène, seul un masuqe sanglant symbolisera son geste.

  2. espace des hommes et espace sacré

    Certaines tragédies mettent en scène des lieux scrés et articulent l'action tragique autour de cette présence du sacré. Dans Oedipe à Colone, Oedipe se trouve à proximité d'un bois consacré aux Euménides; en tant que criminel, il constitue une souillure dans ce lieu sacré, mais en tant que suppliant, il peut y entrer et y être accueilli. Il est commun de faire allusion aux autels, aux oracles où sont rndus les cultes des dieux et cela même fait écho à la fonction religieuse de la tragédie et aux sources d'inspiration des auteurs tragiques. Le sujet de leurs pièces est en effet emprunté aux mythes et à l'épopée, des récits où le monde des dieux et le monde des hommes fonctionnent en parallèle et où les dieux interviennent dans le monde des hommes :Athéna apparaît dans Ajax, Héraclès à la fin de Philoctète.

    La coexistence de l'humain et du surnaturel n'avait rien de choquant pour les spectateurs du temps de Sophocle (5ème s av JC), habitués à la présence du religieux dans de nombreux aspects de leur vie. Le culte des dieux, les prières et les espaces sacrés tenaient une place importante dans leur quotidien. La nature elle-même était l'expression du divin.

    L'organisation même des théâtres grecs, à ciel ouvert, permettait une communication avec le sacré, avec le paysage environnant et donc avec les dieux.

    Conclusion

    La tragédie grecque n'était pas soumise, contrairement à la tragédie française classique (cf. Phèdre, Racine), à la règle des trois unités. Les dramturges usaient du temps comme bon leur semblait. Mais Sophocle découvrit l'intérêt de l'unité de temps et de lieu, en particulier dans Oedipe Roi, et, si l'on peut dire, respecta avant l'heure cette règle de base des classiques (17ème siècle ap.JC).



La

I LE HÉROS TRAGIQUE

II LA FIGURE DU ROI

    les

    Conclusion

    Le

Nombreuses sont les femmes qui apparaissent dans les tragédies de Sophocle. Sur les sept tragédies conservées, trois ont pour titre le nom de l'héroïne : Antigone, Electre et Les Trachiniennes. A l'exception de Philoctète, toutes les tragdies mettent en scène deux ou tois femmes. La liste des héroïnes de Sophocle est abonda nte. Quelle vision le dramaturge nous donne-t-il de la condition féminine dans ses tragédies ? Quel rôle leur assigne-t-il ?

I LA CONDITION FÉMININE

  1. Sujétion et dépendance

    Dans la société grecque, la femme ne participe pas à la vie politique. N'ayant pas le droit de vote, elle n'est pas considérée comme un citoyen. Si l'homme règne sur la vie politique, la femme est cantonnée à la vie domestique. Cette nette séparation des sexes se manifeste dans l'organisation me de la maison (oikos, la racine d'un mot courant pour nous : l'économie) où les femmes vivent dans un appartement séparé de celui des hommes, le gynécée.

    Les femmes n'ont pas à intervenir dans les affaires des hommes « la parure des femmes c'est le silence » dit Sophocle dans Ajax, la femme dit « je comprends, je me tais, et il s'en va seul ». Ismène explique à Antigone « Rends-toi compte d'abord que nous ne sommes que des femmes : la nature ne nous a pas faites pour luter contre des hommes ». Cette soumission de la femme à l'homme caractérise la condition féminine; si un homme rompait cette norme sociale, il s'en trouverait raillé cruellement. Ainsi Créon blâme Hémon lorsque celui-ci défend la cause d'Antigone « Ah ! Fi, quelle bassesse ! Se mettre aux ordres d'une femme ! (...) Tu es l'esclave d'une femme : cesse donc de me fatiguer. » Dans ces circonstances, la femme se définit par ses fonctions de mère et d'épouse.

  2. Filles, mères et épouses

    La douleur d'Antigone, lorsqu'on la conduit au tombeau, c'est de mourir sans avoir été mariée. « Je n'aurai connu ni le lit nuptial, ni le chant d'hyménée; je n'aurai pas eu, comme un autre, un mari, des enfants grandissant sous mes yeux ». Le mariage, s'il n'est pas (précisément) nécessairement promesse de bonheur, est du moins un élément qui garantit la subsistance, voire la survie des filles.

    Oedipe, par ses malheurs, fait basculer Antigone et Ismène vers un même destin déplorable :  « Qui, dès lors, vous épousera ? Personne, ô mes enfants, et sans aucun doute vous faudra-t-il vous consumer alors dans la stérilité et dans la solitude » C'est d'ailleurs ce qui arrive : dans Oedipe à Colone, Antigone accompagne son père sur son chemin d'exil et partage ses misérables conditions de vie.

    L'autre visage de la femme tel qu'il apparaît dans les tragédies, c'est celui de la mère. Déjanire et Eurydice incarnent ces épouses et ces mères viscéralement attachées à leurs enfants.

    La maternité définit souvent la raison d'être des femmes au point qu'Eurydice se tuera à l'annonce de la mort de son fils et qu'Antigone avoue qu'elle n'aurait pas agi ainsi qu'elle l'a fait si elle avait été mère : « Si j'avais eu des enfants, si c'était mon mari qui se fût trouvé là à pourrir sur le sol, je n'eusse certes pas assuré cette charge contre le gré de ma cité ». Le seul personnage qui s'écarte complètement de ce modèle féminin est Clytemnestre, épouse meurtrière et mère indifférente; elle mourra sous les coups de son fils vengeur.

  1. et l'amour dans tout cela

    Le sentiment amoureux, ou du moins l'attachement à une femme, est peu considéré dans les pièces de Sophocle. Une femme peut être attachée à son époux au point de se sacrifier pour lui, comme Déjanire, ou bien vouloir le faire comme Tecmesse « si c'est là ton souhait, souhaite alors que je meure avec toi. Pourquoi vivrais-je, si tu meurs ? » En revanche, l'attachement à une femme est vécu par les hommes comme un signe de faiblesse « Non, mon enfant, ne va jamais, pour le plaisir que peut te donner une femme, perdre la raison. » En fait, les femmes apparaissent plutôt soumises au désir masculin. Elles sont épousées ou délaissées, protégées ou condamnées au gré des décisions des hommes. Par exemple, Déjanire a été gagnée par Héraclès à l'issue d'un combat, mais le héros, lassé de son épouse, choisit une nouvelle femme, Iolé, qu'il ramène chez lui sans vergogne.

    La vision que nous donne Sophocle de la condition féminine dans la Grèce antique est assez proche de la réalité. Toutefois, le rôle des femmes dans les pièces, est assez inédit, car le dramaturge a accordé à ses personnages une place étonnamment moderne.

II LE RÔLE DES FEMMES DANS LES TRAGÉDIES

  1. Les instruments du destin

    Les personnages féminins ont rarement un rôle de premier plan. Toutefois le destin se sert souvent d'elle pour accomplir les prédictions des oracles. Leur fonction est imposée dans la progression de l'intrigue. Déjanire, sans le savoir, accomplit l'oracle qui menaçait Héraclès, alors qu'elle même se réjouissait de le voir revenir sain et sauf. Elle a été sans le savoir, l'instrument de la vengeance du centaure et l'auxiliaire du destin. Jocaste collabore avec le destin, en promettant sa main à qui délivrerait Thèbes de la sphinge et en révélant peu à peu le passé d'Oedipe et donc les rouages de sa destinée (cf.2ème épisode). Le passage est lourd d'ironie tragique puisque l'argument présenté à Oedipe pour le soulager et le disculper est en fait ce qui lui fait soupçonner un crime. Il en est de même lorsqu'elle explique qu'il ne doit pas redouter l'inceste. Toute ses tentatives pour freiner l'enquête d'Oedipe s'avèrent vaines et elle ne peut empêcher la vérité d'éclater.

  2. Des femmes « viriles »

    Les personnages féminins de Sophocle ont un courage masculin. Electre entend venger son père assassiné par Clytemnestre. Elle ose défier l'autorité d'Egisthe et armer le bras de son frère, Oreste, contre leur mère. Antigone, elle aussi, remet en cause le pouvoir de Créon; elle lui tient tête et invoque les lois divines, en critiquant l'aveuglement de Créon et son pouvoir tyrannique. Elle assume son destin avec courage et détermination « Ton choix est fait : la vie ; et le mien, c'est la mort », dit-elle à Ismène, dans le deuxième épisode.

    Mais son sens du devoir et sa volonté sont doublées par la tendresse et un regret de la vie qui n'en donnent que plus de poids à son sacrifice. Déjanire, même si elle ne fait pas partie de ces héroïnes qui bravent avec courage le monde des hommes, n'hésite pas à faire le choix de la mort plutôt que celui d'une vie dans le déshonneur. « Vivre en femme décriée est un sort intolérable lorsque l'on tient avant tout à montrer que l'on a du coeur » (4ème épisode).

  3. Le jeu des contrastes

    De même que certaines pièces sont construites en dyptique (des affrontements verbaux entre deux personnages) de même on dirait que l'on retrouve cette structure dans la personnalité des héroïnes placées sur la scène. Sophocle a souvent représenté deux personnages aux caractères opposés pour soutenir la tension dramatique. On a par exemple les duels entre Ismène et Antigone, ou entre Chrysothémis (soeur d'Electre) et Electre. Ces jeux d'opposition, on peut les généraliser à l'ensemble des pièces car les tragédies de Sophocle nous présentent des personnages fort différents : des jeunes filles vierges : Antigone, Ismène et Electre, des épouses inquiètes : Déjanire, des femmes mûres : Jocaste. A toutes ces femmes s'oppose Clytemnestre, l'épouse meurtrière et la mère indifférente et tyrannique. Tous ces visages de la femme témoignent d'un véritable approfondissement de la psychologie des personnages féminins hérités des mythes de l'épopée.

    Conclusion

    S'il est vrai que la société, tout comme les traditions littéraires antérieures, n'accordait qu'un rôle de second plan aux femmes, les tragédies de Sophocle leur confèrent une pace et un rôle étonnamment moderne. Leur noblesse et leur grandeur d'âme les rendent tour à tour émouvantes ou admirables, elles en acquièrent parfois un satut d'héroïne qui les place au rang des autres héros tragiques, masculins.