1er cours QUESTIONS POUR TESTER LA CONNAISSANCE DU PARATEXTE DES FABLES DE LA FONTAINE (éditions Gallimard, collection Bibliothèque Gallimard)
Répondez à ces questions DE MÉMOIRE puis corrigez en relisant le paratexte pp.5-21. Si vous avez plus de 15/26, vous maîtrisez une partie importante du contexte historique et culturel du XVIIème siècle. Il ne vous reste plus qu'à vous renseigner sur les courants du classicisme et du baroque (leçon très bien faite dans le Nouvelles Pratiques du Français. Apprendre en particulier le tableau récapitulatif des caractéristiques de ces deux courants opposés). Je mets en jaune les questions les plus importantes.
Quel est l'emblème personnel de Louis XIV ? /0.5
Définir les termes suivants : l'étiquette, la bourgeoisie de robe, la noblesse de robe, la noblesse d'épée, le lever du roi, la « montre », le mécénat, l'épopée. /2
Comment les auteurs et les artistes en général gagnaient-ils leur vie au XVIIème siècle ? Touchaient-ils des droits d'auteur? /1
Qui sont Chapelain, Fouquet, Colbert, Esope et Phèdre? /2.5
Depuis quand (approximativement) la famille de La Fontaine appartient-elle à la noblesse?/0.5
Que se passe-t-il pour La Fontaine aux dates suivantes : 1641,1657,1663, 1672, 1684, 1693 ?/3
Présentez les oeuvres suivantes : L'Astrée, Le Songe de Vaux, Les Contes, Discours à Mme de La Sablière./2
Vrai ou Faux ? (justifiez) /4
les Fables, comme les Contes sont écrits en vers libres
les oeuvres de La Fontaine font toutes une satire de la religion
en latin, fabula signifie « histoire d'animaux »
traditionnellement la fable est à la fois une allégorie et un apologue
La Fontaine est le premier grand fabuliste français, il s'inspire de trois styles de fables différents, lesquels ? /3
Sur combien de temps s'étalent la rédaction et la publication des Fables de La Fontaine ? De quelle date à quelle date (approximativement)? /1.5
Quand sont publiés les six premiers livres des Fables, par qui sont-elles illustrée, à qui sont-elles dédicacées ? /1.5
Quand sont publiés les livres sept, huit et neuf ? Comment s'appelle le texte qui, au début, joue le rôle d'une préface ? Qui en est la dédicataire ? /1.5
Quand est publié le douzième livre, qu'a-t-il de commun et de différent avec les précédents ? /2
Quels sont les deux pôles (ou types de discours) de la fable ? /1
2ème cours FABLES DE LA FONTAINE : LA CIGALE ET LA FOURMI
Lisez le corpus de textes suivants et répondez aux questions. Celles-ci sont faites pour vous mener d'abord à la lecture analytique de deux textes et d'une image du corpus et ensuite à pouvoir répondre à des questions d'entretien. Ces lectures analytiques concernent les documents surlignés en jaune.
Corpus :
La cigale et la fourmi, livre p.94
La cimaise et la fraction, livre p.298
La galcie et la mifour, livre p.302,
La cigale, Jean Anouilh, Fables. (voir ci-dessous)
La cigale et la fourmi gravure de Grandville (1838) livre p.299
La cigale et la fourmi, gravure de Gustave Doré (1868) livre p.303 + photocopie
Texte 1
La Cigale et la Fourmi
La Cigale, ayant chanté
Tout l'été
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit
morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier
famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui
prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
« Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'Août, foi d'animal,
Intérêt et principal. »
La Fourmi n'aest pas prêteuse :
C'est là son moindre défaut.
« Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
Vous chantiez ? J'en suis fort aise :
Eh bien ! Dansez maintenant. »
La Fontaine (1621-1695), « La Cigale et la Fourmi » Fables, 1668-1693.
Texte 4 : La cigale
La cigale ayant chanté
Tout l'été,
Dans maints casinos, maintes boîtes
Se trouva fort bien pourvue
Quand la bise fut venue.
Elle en avait à gauche, elle en avait à droite,
Dans plusieurs établissements.
Restait à assurer un fécond placement.
Elle alla trouver un renard,
Spécialisé dans les prêts hypothécaires
Qui, la voyant entrer l'oeil noyé sous le fard,
Tout enfantine et minaudière,
Crut qu'il tenait la bonne affaire.
« Madame, lui dit-il, j'ai le plus grand respect
Pour votre art et pour les artistes.
L'argent, hélas! n'est qu'un aspect
Bien trivial1, je dirais bien triste,
Si nous n'en avions tous besoin,
De la condition humaine.
L'argent réclame des soins.
Il ne doit pourtant pas, devenir une gêne.
À d'autres qui n'ont pas vos dons de poésie
Vous qui planez, laissez, laissez le rôle ingrat
De gérer vos économies,
À trop de bas calculs votre art s'étiolera.
Vous perdriez votre génie.
Signez donc ce petit blanc-seing2
Et ne vous occupez de rien. »
Souriant avec bonhomie,
« Croyez, Madame, ajouta-t-il, je voudrais, moi,
Pouvoir, tout comme vous, ne sacrifier qu'aux muses3! »
Il tendait son papier. « Je crois que l'on s'amuse »,
Lui dit la cigale, l'oeil froid.
Le renard, tout sucre et tout miel,
Vit un regard d'acier briller sous le rimmel.
« Si j'ai frappé à votre porte,
Sachant le taux exorbitant que vous prenez,
C'est que j'entends que la chose rapporte.
Je sais votre taux d'intérêt.
C'est le mien. Vous l'augmenterez
Légèrement, pour trouver votre bénéfice.
J'entends que mon tas d'or grossisse.
J'ai un serpent pour avocat.
Il passera demain discuter du contrat. »
L'oeil perdu, ayant vérifié son fard,
Drapée avec élégance
Dans une cape de renard
(Que le renard feignit de ne pas avoir vue),
Elle précisa en sortant:
« Je veux que vous prêtiez aux pauvres seulement... »
(ce dernier trait rendit au renard l'espérance.)
« Oui conclut la cigale au sourire charmant,
On dit qu'en cas de non-paiement
D'une ou l'autre des échéances,
C'est eux dont on vend tout le plus facilement. »
Maître Renard qui se croyait cynique
S'inclina. Mais depuis, il apprend la musique.
Jean Anouilh (1910-1987) « La cigale », Fables, 1967 et 1973.
Questions :
I Pour une lecture analytique de « la cigale et la fourmi » de La Fontaine
Pour l'introduction : Quelle place tient « la cigale et la fourmi » dans le recueil ? Quel rôle cela lui donne-t-il ?
Réponse = 1ère fable du 1er livre (publication : 1668) -> rôle d'introduction, mise en place du pacte de lecture
Présentation de La Fontaine (classicisme : imitation des Anciens + satire de la cour, et plus généralement - cf autres moralistes classiques, par exemple La Rochefoucauld - , satire des défauts humains) Présentation des Fables : c'est l'oeuvre de toute une vie : publication en plusieurs étaes 1-6 : 1668 7-11 dix ans plus tard et 12 ème livre 1694, un an avant sa mort).
La célèbre fable « LaCigale et la fourmi » (cf. utilisation dans les pubs Perrier je crois) est la 1ère fable du 1er livre. Elle est précédée de trois textes en prose et d'un en vers. Le premier texte en prose est une épître adressée à Monseigneur le Dauphin, âgé alors de 7 ans, à qui sont dédicacées les Fables. Suivent une préface et une biographie d'Esope. L'épître à Monseigneur le Dauphin revient sous une forme plus ludique et en vers. Après tous ces longs discours, le lecteur trouve enfin ce qu'annonçait le titre : une fable, où des animaux allégoriques font réfléchir les hommes à leurs défauts : « la cigale et la fourmi ».
LECTURE
[VOUS DEVEZ TENIR COMPTE DE LA PROBLÉMATIQUE DONNÉE PAR LE CORRECTEUR. EN IMAGINANT QU'IL VOUS AIT DONNÉ CELLE – CI
Quelle est la morale de cette histoire d'animaux ?]
Il n'est pas anodin que La Fontaine ouvre son premier recueil par une fable sans moralité, « La cigale et la fourmi » et qu'il choisisse un thème qui servait de support aux exercices scolaires de rhétorique. Par cet écart manifeste il offre ainsi d'emblée un exemple « d'innutrition » (cf. idéal de La Pléïade, Du Bellay, 16ème siècle) : son texte s'inspire de divers modèles qu'il renouvelle à sa façon. Dès l'Antiquité grecque (Homère, Platon, Théocrite), la cigale représente le poète insouciant, oublieux des contingences matérielles et voué à la précarité ; la fourmi se situe au contraire du côté des réalités élémentaires et de la prudence. Mais alors qu'Esope condamnait la négligence (et prenait le parti de la fourmi) La Fontaine ne tranche pas. Quelle est alors « la morale » de cette histoire d'animaux ? Autrement dit, comment l'interpréter ?
ANNONCE DU PLAN { I UN RÉCIT VIVANT POUR ÉVEILLER L'IMAGINATION ET LA RÉFLEXION DU LECTEUR} pas forcément nécessaire avec cette problématique
II LE SENS DE L'ALLÉGORIE ANIMALE
III LA COMPLEXITÉ DE LA MORALE DE LA FABLE
Pour une première partie : comment progresse le récit dans la fable ? (étude du schéma narratif, des temps))
- La Fontaine propose une fable courte qui ne comporte ni morale ni exposé didactique. L'entrée en matière est directe : le personnage de la cigale est présenté et le thème du récit introduit. La plupart des fables de La Fontaine respectent le schéma narratif, comme dans les contes (cf. p.126 analyse de La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf) Au début, on devrait donc avoir la situation initiale à l'imparfait descriptif, comme c'est le cas par exemple au début de La mort et le bûcheron p. 36-37. Mais on ne voit aucun imparfait dans le récit. Pour présenter la situation initiale le plus rapidement possible La Fontaine utilise un verbe d'état au passé simple « se trouva ». Ce verbe a la même valeur descriptive que l'imparfait. Il présente la condition de départ du personnage. On revient deux vers plus loin sur cette situation dans la phrase nominale « Pas un seul morceau / De mouche ou de vermisseau ». L'avantage du verbe utilisé par La Fontaine (« se trouva ») est qu'il comporte une valeur aspectuelle de conséquence. La situation de la cigale est le résultat logique de la vie qu'elle mène. Cette vie (passée) est exposée laconiquement dans l'analepse (= flashback) « ayant chanté tout l'été » (participe passé à valeur causale).
- Quel est l'élément perturbateur qui déclenche l'histoire ? La décision de demander secours « à la fourmi sa voisine ». On remarque l'utilisation d'un verbe d'action (rend le récit plus vivant), et de deux verbes de parole qu'il est intéressant de comparer « crier famine » v7 et « priant de lui prêter/Quelque grain pour subsister ». Tous les deux nous acheminent vers le dialogue entre la cigale et la fourmi qui occupe la deuxième moitié du poème et constitue le temps fort de la scène (pause dans le récit, laisse la place à une théâtralisation qui humanise davantage les animaux). Mais le premier est beaucoup plus fort que le second. C'est une forme d'atténuation typique de l'écriture classique.
-les péripéties sont constituées par les répliques des personnages : 1 Demande de la cigale avec promesse 2 Question ironique de la fourmi (elle sait très bien ce que faisait la cigale) 3 Réponse innocente e la cigale 4 Reprise ironique de ses paroles par la fourmi et réponse définitive
- la situation finale est suggérée par la chute du poème : retour à la situation initiale avec un espoir en moins d'en sortir. Cette situation finale n'est pas décrite.
On voit donc à quel point l'économie du récit est grande. C'est la sobriété classique cf. Livre X fable XIV « Discours à Monsieur de La Rochefoucauld « les ouvrages les plus courts/ Sont toujours les meilleurs. En cela j'ai pour guides / Tous les maîtres de l'art, et tiens qu'il faut laisser / Dans les plus beaux sujets quelque chose à penser »
Comment la versification souligne-t-elle les péripéties et la chute de l'histoire ?
- Généralement, dans les Fables, La Fontaine utilise le vers irrégulier (= le vers libre) (= il utilise l'hétérométrie). La variété métrique souligne les péripéties de l'histoire (cf.analyse de la grenouille qui veut devenir aussi grosse que le boeuf p;74-76). Mais dans « la Cigale et la Fourmi » seul un vers n'a pas le même mètre que les autres. Toute la fable est en heptasyllabes sauf le deuxième vers qui ne comporte que trois syllabes.
- Pour souligner les péripéties et la chute de l'histoire La Fontaine a utilisé d'autres ressources, notamment la caractérisation opposée des deux personnages. C'est plutôt cela que souligne la versification.
Comment se révèle peu à peu le caractère des personnages ? (étude de la caractérisation des personnages par leur description, par leur comportement et par leur dialogue).
- L'opposition des deux personnages est déjà présente dans le titre. D'emblée, les deux personnages n'existent que comme un couple d'opposés dont le lecteur ne peut pas ignorer les caractéristiques principales (comme le loup et l'agneau, ou le chat et la souris). La fourmi est travailleuse, organisée elle ne se laisse pas prendre ses « économies » contrairement à l'écureuil par exemple ; quant à la cigale, elle passe l'été à chanter. Tout oppose ces deux insectes.
- La cigale est caractérisée par un adjectif « fort dépourvue » : La Fontaine ne nous trace pas de portrait de la cigale, en décrivant sa situation il nous laisse nous l'imaginer progressivement, physiquement et moralement, à partir de ses actes et de ses paroles. La fourmi elle, est victime du portrait moral ironique que fait d'elle l'auteur « La Fourmi n'est pas prêteuse : / C'est là son moindre défaut » (être prêteuse est le dernier défaut dans lequel pourrait tomber la fourmi, elle est tellement avare, il n'y a aucun risque !)
- Le dialoge des deux personnages montre que la cigale est galante, son vocabulaire est recherché, elle fait des répliques étoffées (5 vers contre 3 pour la fourmi). Mais ses paroles révèlent qu'elle est une inconsciente et qu'on ne peut pas se fier à ses promesses : « foi d'animal »= ironique de la part de l'auteur, « cette emprunteuse » est un féminin burlesque. On sent au contraire que rien ne peut faire changer d'avis la fourmi. Si elle prête attention aux propos de sa voisine, ce n'est pas par humanité mais pour l'occasion qui lui est donnée d'exercer son ironie et de mettre en valeur son pouvoir :antiphrase « j'en suis fort aise », impératif.
Comment la versification souligne-t-elle la progression de cette révélation?
La versification contribue à opposer les deux personnages. Recherche dans les vers attribués à la cigale « Nuit et jour à tout venant / Je chantais, ne vous déplaise. » ( rythme ternaire, enjambement, harmonie des sonorités). La fourmi au contraire est laconique et ironique « Vous chantiez ? J'en suis fort aise / Eh bien ! Dansez maintenant. » (rythme binaire, pas d'enjambement).
Qu'en concluez-vous sur l'art qu'a La Fontaine de raconter et de mettre en scène de façon vivante et poétique des animaux symboliques ?
La Fontaine a l'art de raconter et de mettre en scène des animaux qui incarnent des types humains. Le récit est vivant, sa rapidité fait travailler en même temps notre imagination et notre réflexion. La première étape de cette réflexion est de comprendre quels types humains sont représentés allégoriquement par la cigale et la fourmi.
Pour une deuxième partie :
A quels types humains peut-on rapporter la cigale et la fourmi ?
Présence de majuscules (Cigale et Fourmi) signale allégorie (donner définition précise) Quels types humains sont représentés allégoriquement par la cigale et la fourmi?
- Pour le modèle de La Fontaine, Esope, les deux animaux ne représentent que des types moraux opposés. Le hanneton ancêtre de la cigale est imprévoyant et inconséquent. La fourmi au contraire sait raisonner et prévoir (en période d'abondance elle prévoit la pénurie et elle sait aussi prévoir l'attitude future du hanneton). Elle incarne la prudence.
Esope « La fourmi et le hanneton » « Par un jour d'été, une fourmi errant dans la campagne glanait du blé et de l'orge qu'elle mettait de côté pour s'en nourrir à la mauvaise saison. La voyant faire, un hanneton s'étonna de la trouver si dure à la tâche, elle qui travaillait à l'époque même où les autres animaux oublient leurs labeurs pour jouir de la vie. Sur le moment, a fourmi ne dit rien. Mais plus tard, l'hiver venu, quand la pluie eut détrempé les bouses, le hanneton affamé vint la trouver pour lui quémander quelques vivres : « Ô hanneton ! » lui répondit alors la fourmi, « si tu avais travaillé au temps où je trimais et où tu me le reprochais, tu ne manquerais pas de provisions aujourd'hui. » De même quiconque en période d'abondance ne pourvoit pas au lebdemain connaît un dénuement extrême lorsque les temps viennent à changer »
- Dans la fable de La Fontaine les deux animaux incarnent non seulement des types moraux mais aussi des types sociaux opposés : d'un côté l'économe (bourgeois essentiellement au XVII ème siècle, cf. persos de Molière) de l'autre l'artiste. Cette symbolique existait déjà dans l'Antiquité grecque (Platon, Théocrite) : la cigale est le poète insouciant, oublieux des contingences matérielles et voué à la précarité
De quoi leur confrontation est-elle l'allégorie ?
La confrontation de ces deux types humains a des significations multiples.
- Sur le plan de l'éthique : quel est le secret du bonheur : faut-il vivre au jour le jour (= « carpe diem » des épicuriens) sans se préoccuper de l'avenir ? Peut-on s'adonner au loisir (musique, danse, poésie...), ou faut-il au contraire sacrifier les plairs immédiats pour s'assurer du lendemain ? Faut-il travailler sans cesse comme la fourmi ? Faut-il se montrer généreux comme la cigale « je chantais A TOUT VENANT » ou juste (et égoïste)comme la fourmi (logique et indifférence de sa réponse finale).
- Sur le plan social : que vaut la condition d'artiste (dépendance, précarité mais aussi beauté et plaisirs irremplaçables) ? Quelle place ont-ils dans la société (qui leur procure de quoi vivre afin qu'ils soient libres d'exercer leurs talents ?) On peut remarquer que le dialogue des deux personnages est vide d'argumentation (contraire d'Anouilh) : la pauvreté n'a aucun argument pour se défendre et la richesse égoïste aucune raison pour se justifier : intervention ironique de l'auteur v 15-16 disqualifie la fourmi
Dans quelle tradition s'inscrit La Fontaine en choisissant ce mode d'argumentation ?
« innutrition » La Fontaine imite les Anciens (Racine fait pareil dans ses tragédies cf. p.76-77)) en les réinterprétant à sa manière. Ici il s'inscrit dans la tradition de l'apologue. Il a choisi pour sa première fable un sujet banalement donné aux écoliers de l'époque (eux aussi faisaient des sujets d'invention...). Apologue = récit à visée argumentative : morale implicite ou explicite. Raisonnement inductif : le fabuliste part d'un cas particulier pour établir une règle universelle. Le récit est fictif et allégorique (def. p.314)
Quel est l'intérêt de ce mode d'argumentation?
Le récit n'est pas une anecdote plaisante et gratuite, il sert à développer une thèse de façon plaisante. Plaire est la grande règle des classiques : c'est le meilleur moyen pour remporter l'adhésion du lecteur.
Quel est l'intérêt de la versification ?
Les vers permettent une mémorisation plus facile. La « leçon » de la fable passe donc facilement.
Pour une troisième partie :
En fait, La Fontaine utilise les Anciens comme cautions théoriques, il les imite de façon très libre. Souvent, non seulement la moralité est implicite, mais en outre elle semble secondaire par rapport au récit et à la mise en scène des personnages (comme dans les dessins animés).
y a-t-il une moralité dans cette fable ?
Réponse pp. 130-132.
Quelle est la morale de cette fable, à votre avis ?
Donnez votre réponse personnelle. Ma réponse : La Fontaine est un moraliste mais pas un moralisateur, il laisse le lecteur faire son propre choix, il lui apprend à peser le pour et le contre, à ne pas tomber dans les ornières du sens commun. Lire les Fables, c'est en quelque sorte débattre avec lui sur des problèmes épineux et découvrir peu à peu une réponse personnelle. Pour moi, il faut être généreux et ouvert d'esprit comme la cigale ; un grain de folie ne fait pas de mal et l'espérance est une vertu sans laquelle la vie ne vaut rien. Mais il ne faut pas être aussi naïve que la cigale et il faut penser à s'assurer le nécessaire sans quoi on tombe sous les quolibets et l'indifférence des égoïstes qui n'ont que l'accumulation de leurs richesses en tête. La véritable prudence (cf. Aristote Ethique à Nicomaque, bonne lecture pour l'année de Terminale !!!) est l'art de dépasser les extrêmités contraires (le courage dépasse et la témérité et la lâcheté). C'est d'ailleurs ce qu'a fait La Fontaine tout au long de sa vie. Il a été une cigale plus maligne que les fourmis...
En quoi la fable « la cigale et la fourmi » permet-elle de confirmer ce que disait La Fontaine à propos de ses Fables dans sa préface (p.29) : « L'apparence en est puérile, je le confesse ; mais ces puérilités servent d'enveloppe à des vérités importantes ». Puérilité : fable // fabuleux, histoires d'animaux qui parlent et raisonnent comme des humains (// contes, dessins animés). D'ailleurs, les Fables ont été écrites (au moins les premières) pour un enfant, le Dauphin (fils de Louis XIV). Vérité importantes : la morale complexe de cette histoire.
Pour une conclusion :
(ouverture)
montrez que « la cigale et la fourmi » pourrait servir d'exemple confirmant la critique faite par Rousseau sur les Fables de La Fontaine (texte intégral p.23) « On fait apprendre les fables de La Fontaine à tous les enfants, et il n'y en a pas un seul qui les entende. Quand ils les entendraient, ce serait encore pis ; car la morale en est tellement mêlée et disproportionnée à leur âge, qu'elle les porterait plus au vice qu'à la vertu ».
Cette histoire n'est pas si simple à comprendre. On la fait réciter à l'école primaire mais les enfants ne sauraient pas forcément expliquer la morale implicite et complexe de cette fable : il faut en connaître le contexte et mener une réflexion sur plusieurs plans en même temps. Comme le dit Rousseau... Le pire est l'influence subversive que peuvent exercer les fables pour un esprit qui ne les comprend qu'à demi. Un enfant qui comprendrait que la fourmi ne vaut pas mieux que la cigale, finalement, ne tomberait-il pas dans un mépris à la fois du travail et de la société ? Cce danger est plus visible encore dans « le loup et l'agneau » ou « le loup déguisé en berger ».
-II Pour une lecture analytique de « la cigale » d'Anouilh
Pour l'introduction : Anouilh, écrivain du milieu du XXème siècle est connu comme dramaturge, notamment pour une belle pièce très étudiée à l'école, Antigone (1944). Qui sait qu'il est aussi un fabuliste ? Dans « l'avertissement hypocrite » qui sert de préface à ses Fables publiées en deux temps, 1967 et 1973, il affirme que ce livre « n'est que le plaisir d'un été », « un livre vite refermé et vite oublié ». Ses fables semblent effectivement n'être que des exercices de style ludiques et leurs morales sont souvent fort peu morales. C'est le cas par exemple de « la cigale », réécriture parodique de la célèbre fable « la Cigale et la Fourmi » de La Fontaine, écrivain du classicisme dont les écoliers apprennent les fables par coeur. A première lecture la visée de l'auteur est de montrer ses talents rhétoriques, et de nous amuser en renversant la morale de l'histoire : la cigale n'est plus la pauvre artiste qui émeut le lecteur mais une star cynique, avide d'argent. Mais n'a-t-il pas aussi, comme tout fabuliste qui se respecte, la volonté de nous faire réfléchir sur l'hypocrisie et la modernité ?
NB plusieurs problématiques possibles. N'oubliez pas que celle que vous devez traiter, c'est celle que le correcteur vous donne et que c'est en fonction d'elle que vous devez élaborer le plan.
Un exemple de problématique : Quelle est la visée implicite d'Anouilh dans cette réécriture de « la cigale et la fourmi de La Fontaine ?
Pour une première partie : Titre : La visée d'Anouilh est de pasticher La Fontaine
NB définition : Hatier « pratique d'écriture qui consiste à imiter, dans une intention ludique, un texte-source tiré de l'oeuvre d'un écrivain reconnu » « L'imitation porte sur le style. Contrairement à l'apocryphe, le lecteur sait que l'auteur imite et qui il imite. » comment progresse le récit dans la fable ? (étude du schéma narratif, des temps). Comment la versification soulignent-elle les péripéties et la chute de l'histoire ? comment se révèle peu à peu le caractère des personnages ? (étude de la caractérisation des personnages par leur description, par leur comportement et par leur dialogue). Comment la versification souligne-t-elle la progression de cette révélation? Qu'en concluez-vous sur l'art qu'a Anouilh de pasticher La Fontaine ?
Pour une deuxième partie : Titre : La visée d'Anouilh est de parodier La Fontaine
NB définition : c'est une forme de réécriture qui implique que l'imitateur ait une distance critique (la plupart du temps par le biais de l'ironie, de la satire) par rapport à sa source. Le cas extrême de la parodie est la caricature. Ce procédé a été très utilisé au 18ème siècle par les Lumières pour faire passer leurs critiques sans être attaquables puisque leur procédé était pris pour un jeu.
Qu'ont de commun et de différent la cigale de La Fontaine et celle d'Anouilh ? Quels animaux allégoriques apparaissent ou disparaissent de La Fontaine à Anouilh ? Quels types humains représentent-ils ? A partir de cette évolution, peut-on dire que notre perception du métier d'artiste et de l'idéal auquel il est associé, est retournée ? Peut-on dire qu'Anouilh engage de façon implicite un débat sur les artistes avec La Fontaine et l'idéal qu'il a véhiculé ? Peut-on dire qu'implicitement Anouilh accuse La Fontaine, et la société qui l'a pris comme maître à penser, de manquer de lucidité ? Trouvez des stars des années où ont été publiées ces fables qui pourraient servir d'exemples, de modèles humains pour l'hypocrisie que représente cette cigale. Peut-on dire que'Anouilh utilise ses talents de dramaturge et de poète pour faire une satire des artistes ?
Pour une troisième partie : Titre : La visée d'Anouilh est de nous faire réfléchir sur un problème de société et d'éthique impliquant les artistes
De quand date l'institution des droits d'auteur des artistes (réponse : fin 18ème siècle, c'est Beaumarchais qui en a été le plus fervent défenseur, y compris à travers des personnages comme Figaro dans le Barbier de Séville) ? De quelles dificultés cette invention a-t-elle libéré les artistes (réponse : de la misère et des pressions liées au mécénat ou aux pensions royales, La Fontaine connaissait bien ce problème) ? Quelles nouvelles difficultés cette invention a-t-elle créé ? (réponse : l'absence de désintéressement, le cynisme et l'hypocrisie et enfin, la censure économique, c'est-à dire la dépendance dans laquelle sont les artistes vis-à-vis de ceux qui peuvent les financer, ce problème a été souvent soulevé, en particulier par Bernard Cantat chanteur de Noir Désir) ? Quel nouvel acteur (humain et non animal!) apparaît dans la chute de la fable ? A partir de là, formulez de façon claire la morale implicite de cette fable. En quoi peut-on parler de pessimisme ?
Pour une conclusion : On comprend mieux le titre qu'Anouilh a donné à sa préface « avertissement hypocrite » après avoir explicité le sens d'une de ses fables. Il est hypocrite dans la mesure où il affirme que ce livre « n'est que le plaisir d'un été », « un livre vite refermé et vite oublié » ; en effet nous avons vu que sa visée réelle n'est pas simplement de faire une démonstration ludique de ses talents. En réalité, il mène une réflexion sur les artistes et sur l'hypocrisie bien plus profonde qu'il n'y paraît à la première lecture. Réécrire, pour lui, c'est aussi remettre en question, interpréter et critiquer. En cela il a saisi l'intérêt essentiel des fables de La Fontaine qui lui-même réécrivait Esope (VI ème siècle av JC, grec) Phèdre (I er siècle ap. JC, latin) et les fables orientales. L'intérêt est de reprendre « les outils » de ceux qui nous ont précédé pour prolonger leur réflexion au lieu de la répéter mécaniquement. C'est ce que nous devrions faire quand nous étudions un texte. Nous ne devrions pas seulement nous soucier des figures de style, du contexte littéraire et de la rigueur du plan, mais aussi penser au sens profond des textes et être capables de poursuivre la réflexion de leur auteur. C'est d'ailleurs ce que Montaigne et les humanistes attendaient de l'éducation, qu'elle nous laisse « une tête bien faite, plutôt que bien pleine ».
III Pour un commentaire comparé de « la Cigale et La Fourmi » de La Fontaine et « La cigale » d'Anouilh
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Ceci est la version HTML du fichier http://www.eduscol.education.fr/D0056/05_sujet5.pdf. |
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Commentaire (séries technologoiques)
Vous ferez un commentaire comparé des textes A et C à partir du parcours de lecture suivant :
Comparez la progression du récit dans ces deux textes.
Comparez la place que la cigale occupe dans les deux fables et le portrait qui est fait d'elle.
Critères d'évaluation
Le commentaire propose une étude comparative des textes A et C (les fables de La Fontaine et d'Anouilh), exercice explicitement prévu par le BO régissant les nouvelles épreuves.
Si, dans les séries technologiques, le commentaire est guidé par un parcours de lecture, l'élève n'en doit pas moins faire un effort pour organiser son étude en adoptant un plan à l'intérieur de chacune de ses deux réponses. Dans le cas particulier du commentaire comparé, ce plan de réponse peut suivre deux méthodes :
- L'élève étudie successivement les deux textes en fonction de l'axe de lecture qui lui est proposé par la consigne. Cette démarche est acceptable dans la mesure où il ne se borne pas à une juxtaposition de remarques indépendantes, mais apprécie chaque texte relativement à l'autre, en établissant des liens et en soulignant des contrastes de façon explicite. Ici, une copie qui ne verrait pas en quoi Anouilh se réfère à La Fontaine et en quoi il s'en distingue, au moins
pour l'essentiel, devrait être noté sans complaisance.
-L'élève élabore un plan, même modeste, qui lui permet de comparer les deux textes selon différents critères, chaque critère faisant l'objet d'une partie. Dans la mesure où les critères retenus sont appropriés, ce souci d'organisation doit être valorisé.
Proposition de corrigé
1. Comparez la progression du récit dans ces deux textes.
La Fontaine propose une fable courte, qui ne comporte ni morale ni exposé didactique, le seul commentaire qui marque une pause dans la progression du récit se résumant à deux vers (15 et 16). En revanche, Anouilh rédige un texte plus développé et décomposé en quatre étapes.
Dans les deux cas l'entrée en matière est directe (en quelques vers rapides le personnage de la cigale est présenté et le thème introduit). Anouilh réécrit la première phrase de La cigale et la fourmi : à la reprise des deux premiers vers bien connus succède une transposition inversant la situation de la cigale (voir notamment l'opposition « dépourvue / pourvue ».
A partir de l''opposition "dépourvue / bien pourvue" le schéma est identique : la cigale va voir la fourmi / le renard. Mais la visée de la requête s'inverse (demande de biens / demande de placement de biens).
Les poèmes diffèrent en ce que celui de La Fontaine est vide d'argumentation alors que celle-ci est très développée dans le texte d'Anouilh : La Fontaine veut montrer que la pauvreté n'a aucun argument pour se défendre et la richesse égoïste aucune raison pour se justifier (les vers 15 et 16 prouvent que La Fontaine condamne aussi la fourmi), alors qu'Anouilh ironise sur les ressources de ruse que le renard banquier déploie pour gagner de l'argent au détriment de l'artiste aussi bien que sur la froide rationalité de la cigale prête à toutes les cruautés par appât du gain.
Les deux fables progressent vers des conclusions symétriques : chez La Fontaine, la cigale est éconduite, chez Anouilh le renard s'incline.
2. Comparez la place que la cigale occupe dans les deux fables et le portrait qui est fait d'elle.
Dans un premier temps, l'élève peut étudier la place de la cigale à un triple titre :
- dans le titre ;
- dans la progression du récit et dans la signification de la fable ;
- dans son rapport à l'autre personnage.
Dans un deuxième temps, l'élève peut montrer comment les deux portraits sont symétriques : pauvreté / richesse ; candeur / cynisme ; transparence / duplicité.(voir par exemple « la voyant entrer l'oeil noyé sous le fard / Tout enfantine et minaudière » et « Vit un regard d'acier briller sous le rimmel » ; les verbes à connotation autoritaire : « J'entends Je veux Je sais » placés en début de vers opposés à « la priant » chez La Fontaine ; la cruauté qui rend terrifiant son « sourire charmant ».
IV Pour une lecture analytique de l'illustration de « la cigale et la fourmi » de La Fontaine par Gustave Doré
Pour l'introduction : On a oublié aujourd'hui le sens qu'avait le mot « illustration » en Ancien Français, comme par exemple dans le titre de l'essai de Du Bellay, chef de file de La Pléïade au XVI ème siècle (cf. cours Montaigne) Défense et illustration de la langue française publié en 1549. En Ancien Français, illustrer voulait dire « rendre célèbre ». Cette signification est uniquement du registre soutenu aujourd'hui. Pour nous, l'illustration est, au sens propre, un dessin qui accompagne l'histoire pour permettre au lecteur de mieux se l'imaginer, et au sens figuré, un exemple qui accompagne le propos pour permettre au récepteur de mieux le comprendre grâce à une représentation concrète de l'idée exprimée. Cela donne à l'image un rôle secondaire : ce qui est important c'est le texte. Nos yeux glissent, se reposent sur l'illustration sans faire l'effort de vraiment la LIRE. Pourtant quand on regarde les illustrations des Fables de La Fontaine , auteur classique du XVII ème siècle par Gustave Doré, célèbre dessinateur de l'époque romantique (XIX ème siècle : 1868), on s'aperçoit que l'iconographie n'est pas seulement servante de l'écrit : elle a un intérêt propre et développe une interprétation originale de la fable. Il y a une sorte de dialogue entre le texte et l'image, les deux méritent d'être lus. On le voit nettement dans l'illustration de « La Cigale et la Fourmi » : en effet, Doré représente les animaux allégoriques de La Fontaine par des femmes. Il en donne une vision plus réaliste. La « cigale » a aussi une allure romantique. Doré prend des libertés pour « illustrer » les Fables de La Fontaine.
Ptq : NB plusieurs problématiques possibles. N'oubliez pas que celle que vous devez traiter, c'est celle que le correcteur vous donne et que c'est en fonction d'elle que vous devez élaborer le plan.
Un exemple de problématique : en quoi consiste l'originalité de l'illustration de la fable « La Cigale et la Fourmi » par Gustave Doré ?
Pour une première partie : Titre : une transformation réaliste de l'allégorie animale
le système allégorique de La Fontaine
« La cigale et la fourmi » appartient aux fables animalières. Elles ne constituent qu'un tiers des deux cent quarante fables écrites par La Fontaine mais ce sont elles sont les plus connues. En général, on croit que toutes les fables de La Fontaine utilisent comme personnages des animaux symboliques. La Fontaine lui-même encourage cette impressio. D'abord il qualifie ses fables de « puérilités » (Préface du premier recueil, dédicacée à Monseigneur le dauphin, un enfant). Ensuite il choisit dans le titre le terme de « fables » (et non d'apologue, plus sérieux tout de même) ; or la fable est un genre merveilleux qui fait appel à l'imaginaire ;: on accepte d'emblée que des animaux parlent et révèlent des points communs avec les hommes, tant et si bien que les leçons qu'ils nous livrent peuvent aussi bien s'appliqer aux hommes. La cigale et la fourmi ont des caractéristiques spécifiquement animales (la cigale a besoin de « grain » de « mouche » ou de « vermisseau » pour se nourrir) et des caractéristiques spécifiquement humaines « La fourmi n'est pas prêteuse /C'est là son moindre défaut ». Le but est de créer un couple d'opposés; d'un côté la fourmi représente l'avarice bourgeoise (ou paysanne), de l'autre la cigale représente les artistes inconscients qui dilapident leur bien sans se soucier du lendemain. La Fontaine exploite avec brio ce système allégorique : des expressions polysémiques renvoient aussi bien au monde animal qu'humain (polysémie de « chanter » répété trois fois, ouvrant et clotûrant la fable), il efface la séparation entre animaux et humains.
Le but est de transposer la leçon délivrée par les animaux dans le monde humain : « Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons / Ce qu'ils disent s'adressent à tous / Je me sers d'animaux pour instruire les hommes » (A Monseigneur le dauphin)
Ce système crée un monde fabuleux où tout est possible : c'est le pays des contes (cf. Alice au pays des Merveilles).
La transformation réaliste de Doré
Doré fait une illustration originale. Contrairement aux autres illustrateurs de La Fontaine (comme Grandville, par exemple), Doré détruit l'allégorie animale de La Fontaine. Il représente pourtant fidèlement les types humains par des personnages féminins nettement caractérisés.
- par les objets qui leur sont liés : La cigale est représentée par une jeune femme portant une guitare symbolisant sa condition d'artiste. Le chant ne peut guère être montré par un autre objet qu'un instrument d'accompagnement. Le plus courant de ceux-ci, le plus aisément transportable est la guitare. Le choix de Doré est vraisemblable. Son dessin est réaliste. La fourmi, elle, est représentée par une femme qui tricote. Elle se tient sur le seuil de sa maison; à gauche, on aperçoit un balai et une hache planté sur une bûche. Ces éléments rappellent le travail. La position des aiguilles, dans sa main, montrent que cette femme ne cesse pas de travailler, même en parlant. On retrouve le type humain décrit implicitement par le choix de « la fourmi » par La Fontaine : les fourmis sont disciplinées et travaillent tout le temps. La scène est centrée sur le face à face des deux femmes.
- par leur habillement et leurs caractéristiques physiques : la fourmi est une jeune et jolie femme, elle porte une robe (ou un manteau ?) longue et traînante, ce qui est plus luxueux que pratique. Cette robe doit être gracieuse, on aperçoit le haut de son dos nu, recouvert par un long châle aux franges soulignant sa frêle silhouette. Des boucles d'oreille, quelques mèches folles, une chevelure brune bouclée et attachée en haut par une simple barrette lui donnent, avec sa guitare, l'apparence d'une belle gitane. La tête basse, elle semble honteuse devant la cigale. Celle-ci est plus haut, surélevée par les deux marches du seuil. Sa robe est recouverte d'un tablier, elle porte aussi un châle, beaucoup plus court que celui de la cigale mais bien plus haut aussi. On ne voit que sa gorge. On voit ses chaussures (ou chaussons) : sa robe est avant tout faite pour être pratique. Au bout d'un long ruban pend une grosse paire de ciseaux. Elle est coiffée d'une cornette noire sous laquelle ses cheveux clairs sont bien tirés. Pas une mèche ne dépasse.La tête penchée vers la fourmi, bouche fermée, elle semble dédaigneuse.
La neige dessinée en abondance en arrière plan, permet de deviner ce qui rend honteuse la fourmi (elle demande de l'aide pour subsister pendant l'hiver) et dédaigneuse la fourmi (elle pense que la cigale n'a que ce qu'elle mérite : elle n'avait qu'à travailler à l'époque des moissons, au lieu de se livrer aux plaisirs du chant (lié, pour une femme visiblement seule, aux plaisirs de l'amour).
Quelle morale suggère ce dessin ? Quel parti nous fait prendre Doré : celui de la femme travailleuse et avare ou celui de la belle artiste insouciante ? Comment Doré a-t-il interprété la morale implicite de la fable de La Fontaine ?
Il me semble qu'il prend le parti de la cigale plutôt que de la fourmi. Nous pouvons le voir en étudiant le registre de l'illustration.
Pour une deuxième partie : Titre : un changement de registres
Le réalisme du dessin est au service du registre pathétique. On plaint la gitane plus qu'on ne la condamne, et par conséquent, c'est « l'avarice » de la fourmi qui est à blâmer avant tout.
pathétique et tristesse dans l'illustration de Doré
Dans son illustration de la fable, Doré a ajouté des personnages qui soulignent le pathétique de la scène. La fourmi est accompagnée de deux charmants enfants. Un petit garçon habillé avec un petit costume et une sorte de chapka ainsi qu'une petite fille habillée comme sa maman, mais sans châle ni cornette, et tenant dans ses bras une poupée sont spectateurs du face à face. Ils viennent visiblement d'être arrachés à leurs jeux. Ils sont entre les deux femmes. Le regard apitoyé, la bouche ouverte, pour la petite fille, ils contemplent la cigale. On dirait que, contrairement à leur mère, ils la comprennent et veulent l'aider. Ces deux enfants symbolisent la part d'innocence de l'humanité. Ils représentent le lecteur confronté au dilemme de la fable de La Fontaine. Qui faut-il condamner ? Aucune des deux femmes n'a complètement raison. Elles sont toutes deux dans l'excès. En moraliste classique qu'il est, La Fontaine, lui, prône la mesure, une attitude raisonnable. Doré accentue le pathétique de l'histoire, il cherche à sensibiliser l.e lecteur aux difficultés de la condition d'artiste en particulier et de la condition humaine en général.
La gravure est en effet assez sombre, la nature n'est pas rassurante, les branches du chêne en arrière plan à droite, le pied de vigne au premier plan à gauche sont très tourmentés. Le décor est couvert de neige. On sent que la mort est omniprésente : c'est la perspective qui s'offre à la gitane , si on suit la ligne gauche-droite (= sens de la lecture de l'image : hache -> gitane -> chemin dans le noir). En effet au bout de cette ligne, on aperçoit une personne courbée qui porte un fagot de bois et qui tient par la main un enfant. Ils s'enfoncent dans la noirceur du chemin qui plonge sous les branchages. Ce détail peut nous faire penser à une autre illustration pathétique de Doré, celle de « La mort et le bûcheron ».
Le sentiment provoqué chez le lecteur de l'image est plus la tristesse, la pitié pour la cigale et pour les personnes fragilisées par leur condition sociale, que la moquerie. Doré a donc changé le registre de la fable qu'il illustre.
ironie, satire et gaieté dans la fable de La Fontaine
En effet, la fable de La Fontaine est satirique : il utilise l'ironie pour provoquer la moquerie. Par exemple il signale dans une simple parenthèse son mépris pour la fourmi « la Fourmi n'est pas prêteuse : / C'est là son moindre défaut » (litote ironique). Il ne nous fait pas rire plutôt sourire. Le ton des fables de La Fontaine est la gaieté (cf. livre p.83). Doré, lui, au contraire a rendu la scène triste et pathétique ; son dessin est typique du romantisme qui prend ses distances vis-à-vis de la retenue classique.
Pour une troisième partie : Titre : une interprétation romantique de la situation de l'artiste
l'incompréhension de la société
La femme qui travaille au foyer pour entretenir sa famille et possède une maison ainsi que ce qu'il faut pour vivre mais refuse de le partager, représente la société bourgeoise. Ses valeurs sont celles du travail, de la propriété privée et de l'individualisme. Pour cette société, l'artiste est une menace : il ne possède que son talent, son travail semble un jeu, et il est toujours prêt à partager ce qu'il a. Il donne une image inquiétante du monde adulte aux enfants. Il risque de les pervertir en les éloignant des valeurs bourgeoises. L'artiste est incompris et exclu, d'emblée, de ce monde pour qui il ne peut être qu'un étranger (d'où le choix de la gitane). C'est la vision romantique de la condition de l'artiste (cf. Baudelaire l'Albatros) Baudelaire : la condition de l'artiste pour un romantique
le sentiment de révolte contre la société et de sympathie pour l'artiste incompris
Le point de vue sous lequel est dessinée la gravure montre que l'artiste prend le parti de la cigale. On a le point de vue d'un passant invisible qui se serait arrêté sur le chemin, avant d'arriver à hauteur de la maison, et qui surprend la scène. On voit les personnages en pied, ce qui souligne leur inégalité (sociale). De plus la bourgeoise est de face alors que l'artiste est de profil. Cette position met en valeur sa beauté et sa fragilité. Elle en apparaît plus mince et la vue de profil cache son visage de manière à ce qu'on imagine son expression touchante d'après la pitié contenue dans le regard des enfant. Inversement, le visage de la bourgeoise est mis en lumière, ce qui renforce l'impression égoïste et inhumaine qu'elle dégage. Le point de vue des enfants sur la gitane permet de rapprocher encore davantage le lecteur de l'artiste, et de provoquer en lui plus de pitié.
Le lecteur est pris à parti, la visée de Doré est de lui rendre sympathique l'artiste et antipathique la bourgeoise et ainsi, de créer un sentiment de révolte à l'égard de cette société insensible à la misère et à la beauté.
Pour une conclusion : Illustrer une oeuvre, c'est l'interpréter. Doré a choisi de faire une transformation réaliste de l'allégorie animale, de passer du registre satirique au registre pathétique afin de nous donner la vision romantique de la condition de l'artiste. C'est une illustration intéressante, mais on peut se demander si Doré (et les romantqieus) ne manquent pas de lucidité sur les artistes. Anouilh nous montre combien ils peuvent être plus « bourgeois », au sens péjoratif du terme, que les bourgeois... Avarice, insensibilité devant la misère, hypocrisie et cynisme deviennent les attributs de la cigale dans la parodie que fait Anouilh de la fable de La Fontaine. Qui sont les artistes, aujourd'hui ? Leurs chansons pour défendre certains idéaux sont-elles honnêtes et crédibles? Ou n'est-ce qu'un thème porteur pour se donner à peu de frais une image positive et gagner plus d'argent et plus de pouvoir ?
IV Pour des questions d'entretien
Quelle est la visée des auteurs qui ont parodié La Fontaine ?
Formulez brièvement la « morale » que l'on peut tirer de chacune des fables composant ce corpus.
Ces « morales » de fables vous paraissent-elles correspondre à ce qu'on appelle communément la morale (« c'est-à-dire une théorie de l'action humaine en tant qu'elle est soumise au devoir et a pour but le bien»)
1Trivial : bas, vulgaire.
2Blanc-seing : document vide ou incomplet que l'on signe, qui donne donc le pouvoir à son bénéficiaire de le modifier librement.
3Sacrifier aux muses : s'adonner à l'art.
LECTURE ANALYTIQUE : LES OBSEQUES DE LA LIONNE
lect analytique linéaire : Les obsèques de la lionne
Une information intéressante (merci Lydia et bravo pour l'orthographe impeccable de ce mail...)
« j'ai trouvé un site sur le vocabulaire de la poésie avec des explications http://pedagogie.ac-aix-marseille.fr/disciplines/francais/fran/auteursfr/vocpoesi.htm et ça A l'air bien alors si vous voulez l'afficher sur votre site »
Autres sites à consulter pour travailler et réviser le français au lycée :
LECTURE ANALYTIQUE LES OBSEQUES DE LA LIONNE
UN EXEMPLE DE PLAN PAR
I L'art de la fable
1 l'utilisation des animaux
convention de la fable, un déguisement commode pour s'abriter de la censure, c'est un masque transparent dans ce cas précis.
La Fontaine mêle les deux mondes ( humain / animal )
la femme du lion : antre v13 rugir v 16 ongles v36 (mis pour griffes) -> la mise à mort à une connotation sauvage
des sentiments humains allusions à l'étiquette, au protocole, les animaux sont stéréotypés.
2 les interventions du narrateur dans le récit
La Fontaine se permet d'interrompre le récit pour une longue parenthèse qui est une digression
il ne se fait aucune illusion sur le comportement des courtisans, ce sont des machines sans scrupules (note 4), il se moque des courtisans
(17 à 24) une sorte de confidence au lecteur. très forte rupture avec le récit marqué par le pronom personnel je -> désinvolture de La Fontaine qui mène sa fable comme il l'entend.
Satire des courtisans (grâce à l'antithèse au chiasme et à d'autres procédés) rendu tel par l'usage de la cour
Les hommes sont des automates sans personnalité marionnette du roi
Pour La Fontaine les courtisans sont inférieur aux animaux
La Fontaine animalise les courtisans par des métaphores et il humanise les animaux -> anthropomorphisme contraire de réification (décrire les humains comme des animaux)
autres type d'intervention
v11 clin d'oeil au lecteur allusion à une expérience commune : enterrement princier moquerie sur l'empressement
v14 "temple" =Eglise correspondance
v25 interpellation (il prend à témoin le lecteur)
v30 à 32 Le serf est présenté comme un illetré victime de son manque de culture
3 la composition théâtrale et poétique de la fable
théâtralisation et dramatisation
l'essentiel est dit en 5 vers (25 à 30) -> le noeud de l'action
le dialogue est concentré dans la deuxième partie du récit, il est prédominant à la fin, la lionne parle par la voix du cerf discours direct à l'intérieur du discours direct v44
indirectement la lionne qui a causé son malheur va le "sauver"
La Fontaine en virtuose les ressources de la versification, nombreuses diérèses
v19 et 20 il fait rimer "être" et "paraître"
à la fin du récit "puni" rime avec "ami" cela permet de lier le récit et la morale
discours et récit sur le même vers 49
Dans le début de la fable l'octosyllabe très régulier, très lent pour renforcer l'impression des obsèques
II La Satire
1 la satire des courtisans (servilité, hypocrisie)
dévalorisation par les métaphores animales "des singes"
ironie de La Fontaine v16 Messieurs + étiquette v10
2 cruauté et méchanceté = le flatteur
calomnie un innocent (diffamation) " ne pleura point" -> "soutint qu'il l'avait vu rire"
le flatteur est prêt à faire tuer un innocent juste pour être récompensé
microcosme = un pays
monde ravagé par les vices, cruauté de la reine dont les crimes sont impunis
3 satire de la religion (de la crédulité des gens, des superstitions)
appariton miraculeuse de la reine, un éloge du mensonge ce qui rend la morale immorale
Il conseille de suivre l'exemple du serf :
CONCLUSION Le rôle de La Fontaine est juste de peindre les moeurs de son temps comme un miroir de la société il conteste les vices et les déplore
La morale généralise
si on se base sur la vie de La Fontaine on peut remarquer qu'il a été un courtisan mais il n'a pas abandonné Fouquet après son arrestation
Cette fable peut être considérée comme l'éloge des fables dans une société dominée par la violence.
La fable enseigne une pensée supérieure elle ne peut être comprise que par ceux qui peuvent décoder un langage métaphorique.
LECTURE ANALYTIQUE Le laboureur et ses enfants